référence : http://listes.cru.fr/arc/cese_liste/1999-09/msg00000.html
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[CESE_LISTE:2] TAON - FAX Martin Poirier



       LE TAON-FAX (NO 53 - 9 SEPTEMBRE 1999)
       PRIÈRE D'AFFICHER ET DE FAIRE CIRCULER 

       (LE TAON-FAX EST UN BULLETIN D'INFORMATION PUBLIÉ
       PAR LA CHAIRE D'ÉTUDES SOCIO-ÉCONOMIQUES DE L'UQAM)




L’ÉDUCATION PUBLIQUE AU BORD DU GOUFFRE:
DES ENJEUX BEAUCOUP PLUS SÉRIEUX QU’ON NE LE CROIT

(par Martin Petit)

Le mardi 31 août dernier, deux textes figurant à la une du Devoir
abordaient les enjeux actuels du système d’éducation sans toutefois toucher
au réel problème de fonds: la privatisation lente mais certaine de
l’éducation publique.

Paule Des Rivières se devait de souligner ce fait incontournable: la
rentrée scolaire dans une école publique coûte de plus en plus cher aux
parents. Elle soulignait également que même si cette facture augmente
d’année en année, on assiste à une baisse dramatique des services
essentiels. Que ce soit les services professionnels aux élèves en
difficultés, le manque flagrant de livres autant dans les classes que dans
les bibliothèques, la facturation parentale touchant la surveillance des
enfants le midi ou celle du transport scolaire, le constat demeure
identique: les compressions des dernières années du gouvernement «
[mettent] en péril l’école publique ». Cette déclaration partagée de la
part de la Centrale de l’enseignement du Québec et de la Fédération des
commissions scolaires, deux organisations très souvent rivales, nous
démontre l’ampleur de la problématique.

L’IMPASSE DES PLUS DÉMUNIS

Pour sa part, Jean Pichette soulignait que pour les plus démunis, soit 50 %
des familles de la Commission scolaire de Montréal et 42 % des familles de
la Commission scolaire English Montreal, la rentrée ressemble à un
cul-de-sac dont l’issue se bloque lorsqu’on y entre. Il ajoutait «
qu’environ 6 000 enfants bénéficient de mesures alimentaires » faute de
recevoir à la maison leurs trois repas par jour. C’est dire la pauvreté qui
sévit dans les écoles publiques. On sait depuis fort longtemps que cette
pauvreté influence inévitablement les résultats scolaires de ces enfants.
Peu importe la situation financière des parents, ceux-ci « reçoivent des
comptes qui varient de 90 $ à 325 $ par année [par élève] pour la
surveillance de leurs enfants ou pour le transport par autobus à l’heure du
dîner. » (1). 

Et Pauline Marois, anciennement à l’éducation, de réaffirmer « l’égalité
des chances » et « la gratuité » dans les modifications qu’elle a apportées
à la Loi sur l’instruction publique en 1997. Quelle hypocrisie!
Et la comparaison avec les États-Unis?

M. Pichette soulignait également que la dépense par élève dans les
commissions scolaires du Québec était de 5 472 $ l’an dernier. En comparant
ce montant tiré des Indicateurs de l’éducation - édition 1999 publié par le
ministère de l’Éducation avec les sommes allouées ailleurs au Canada et aux
États-Unis, montants figurant directement sous celui du Québec en page 27
du document, on comprend mieux la situation. À part les provinces
canadiennes de l’atlantique, le gouvernement du Québec est celui qui
investit le moins par élève dans les commissions scolaires. Aux États-Unis,
ce montant était de 7 979 $ par élève tandis que la moyenne canadienne sans
le Québec était 5 731 $. M. Pichette aurait pu ajouter qu’aux États-Unis,
après la privatisation de la gestion de plusieurs écoles publiques, la
dépense gouvernementale par élève est passée de 6 720 $ à 7 979 $ (une
augmentation de 1 259 $) (2) entre 1993-1994 et 1998-1999 et que, pour la même
période, le Québec diminuait ses versements de 332 $ par élève.

Depuis plusieurs mois, les journalistes n’hésitent pas à comparer le
système fiscal canadien ou québécois avec celui des États-Unis afin de
réclamer des baisses d’impôt au moment même où il faudrait réinvestir
autant en santé qu’en éducation. Le gouvernement actuel sait trop que le
milieu des affaires a besoin de prouver l’inefficacité des services publics
afin de proposer la privatisation de ces services. Et la meilleure façon de
rendre un service inefficace, c’est de lui couper les vivres à l’endroit
même où le système en a le plus besoin.

Bonne rentrée quand même!



Notes:
1. AMIOT, Marie-Andrée, Le transport et la surveillance font grimper la
facture, La Presse, 21 août 1999.
2. Cette situation s’observe dans presque tous les cas de privatisation
puisque les entreprises privées doivent réaliser des bénéfices afin de
contenter leurs actionnaires.


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