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SÉMINAIRE «LES POUVOIRS DE L'INFANTILE».doc Louise Grenier



Title: Lit 902E-10 Groupe de recherche

POUR INFORMATION SEULEMENT : SÉMINAIRE D'ANNE ÉLAINE CLICHE, PROFESSEUR AU DÉPARTEMENT D'ÉTUDES LITTÉRAIRES DE L'UQAM ET MEMBRE DU GEPI


Lit 905J-10 Textes et psychanalyse

Lit 848Z-10 Théories du sujet

prof: Anne Élaine Cliche : cliche.anne_elaine@uqam.ca

Automne 2008 Mardi 18 h – 21 h

 

 

Les pouvoirs de l’infantile.

Rêve, psychose et création

 

Je dois dire que si j'avais quelque chose à conseiller comme livre d'introduction à celui qui doit être un psychiatre ou un psychanalyste d'enfants, plutôt que n'importe lequel des livres de Monsieur Piaget, je lui conseillerais de commencer par lire Alice au pays des merveilles, car il saisirait effectivement cette chose dont j'ai les meilleures raisons de penser, étant donné ce  qu'on sait de Lewis Carroll, que c'est quelque chose qui repose sur la profonde expérience du jeu d’esprit de l'enfant, et qui effectivement nous montre la valeur, l'incidence, la dimension du jeu de non sense comme tel.[1]

 

Problématique:

Nous travaillerons dans ce séminaire les pouvoirs de l’infantile à l’œuvre dans l‘écriture et la création. L’infantile, dans la logique freudienne, n’est plus réductible à une période de la vie, mais constitue aussi un trait de l’inconscient et du sexuel. Il convient donc de le différencier de l’enfance vécue bien qu’il en provienne directement. L’infantile est en quelque sorte, du début à la fin de l’œuvre de Freud, une formation immémoriale ; institution préhistorique où se composent et se tissent le tracé du fantasme et celui du réel advenu. Il faut donc distinguer, de là, la réalité de l’enfance de la vérité de l’enfance. C’est avec la notion de « vérité historique » que Freud en affirme la constructibilité. L’infantile désigne dès lors un temps qui ne passe pas. Âge immémorial et pérenne qui résiste à l’historicité ; âge libre, créateur, savant, fou et poète. Âge de la fureur du pulsionnel, de la démesure, du divin. Âge de la croyance en la toute-puissance du Réel (et des pensées), en l’existence des mots-choses à portée de mains et de voix.

À la différence du mémorable et du souvenir d’enfance, l’infantile désigne cette intensité d’investissement, cette zone d’ombre et de silence qui entoure les souvenirs et en fait saillir les contours (dans les souvenirs-écrans). L’infantile serait en quelque sorte le revers du mémorable, non disponible à une remémoration spontanée. On comprend qu’il puisse être au service de la création des formes et des représentations du sujet, de la sublimation en tant qu’elle concerne un objet inédit… à retrouver.

Nous pourrons d’abord découvrir le statut de l’infantile dans l’autobiographie de Freud — L’interprétation du rêve — comme la causalité même du rêve, ce qui s’éprouve comme actuel, intime, premier, originaire et corporel, et qui reste obstinément autre, étranger, omniprésent.

L’essence de l’humanité dans ce qu’elle a de plus profond et d’éternel, que le poète escompte réveiller en règle générale chez ses auditeurs, ce sont ces motions qui s’enracinent dans le temps de l’enfance devenu plus tard préhistorique. Derrière les souhaits capables de conscience et échappant à toute objection de la part de celui qui est sans patrie [puisqu’il dort], font irruption dans le rêve les souvenirs d’enfance réprimés et désormais non permis, et c’est pourquoi le rêve, que la légende de Nausicaa [dans L’Odyssée] objective, vire régulièrement en angoisse (IR, 286). 

 

L’infantile, dira encore Freud, partage ce caractère d’indestructibilité avec tous les actes psychiques inconscients. « Ceux-ci sont des voies frayées une fois pour toutes, qui ne sont jamais désertées [...]. Pour me servir d’une comparaison : il n’y a pour eux d’autre sorte d’anéantissement que pour les ombres du monde souterrain dans L’Odyssée, qui s’éveillent à une vie nouvelle dès qu’elles ont bu du sang (IR, 607). »

 

 

 

L’infantile, temps de l’autoérotisme, de l’invention de la relation à l’objet, soulève des enjeux de jouissance, de sexuation. Âge de la magie et des mythes, âge de la théorie, c’est aussi celui des déchaînements pulsionnels qui projettent dans le monde les images du corps : creuser des trous, s’enfouir, s’élever, voler, se laisser choir, se balancer, suçoter, mordre, crever, arracher, jeter ; l’exploration du sadisme y est inséparable du masochisme et de l’angoisse du corps morcelé. L’inconscient comme l’infantile, dira encore Freud « a affaire au mal ».

De là, nous verrons comment cette notion permet de rendre compte de certaines écritures, mais aussi du rapport à la folie et à l’acte de création.

 

Méthode

Il s’agit donc de lire Freud pour découvrir les modalités de sa pensée et la rationalité particulière qu’elle impose. Il s’agit aussi de se mettre à l’écoute de l’énonciation et de la jouissance à l’œuvre dans l’écriture de certains textes littéraires. Chacun de ces textes sera ouvert et analysé en première partie de séance par un ou deux étudiant(e)s, pour entamer la discussion. Chacun(e) est tenu(e) de participer à la discussion en préparant les rencontres par la lecture des textes de manière à apporter, au moment opportun, une contribution pertinente et soutenue à la réflexion.

 

 

Évaluation :

Exposés sur les lectures théoriques et littéraires (15 min)..................................       20%

Participation aux discussions     .........................................................................   15%

Problématique (écrite) présentée en classe ......................................................      10%

Travail final portant sur un texte littéraire  ...........................................................     55%

 

 

 

Corpus :

 

Freud, S.     L’interprétation du rêve, Œuvres complètes IV (1899-1900), PUF 2003 [2].

                   Trois essais sur la théorie sexuelle [1905] Paris, Gallimard, Folio (COOP)

                   L’homme aux loups. À partir de l’histoire d’une névrose infantile [1918], Paris                         PUF, Quadrige, 1990. (COOP)

 

Comtesse de Ségur, Les malheurs de Sophie [1859], Paris, Casterman. (COOP)

                                         

Gustave Flaubert,  Bouvard et Pécuchet [1880], Paris, Garnier-Flammarion, édition avec

       dossier, 1999.

                   ou Paris, Gallimard, Folio.

 

Lewis Carroll, Les aventures d’Alice au pays des merveilles. Alice’s Adventures in

       Wonderland [1865], Paris, Pocket Bilingue, 2007. (COOP)

 

Victor-Lévy Beaulieu, Un rêve québécois [1970], Œuvres complètes T.7, Éditions Trois-

       Pistoles, 2005.

 

Réjean Ducharme, Dévadé, Paris, Gallimard, Folio, 1990. (COOP)

 

Marguerite Duras, La pluie d’été, Paris, Gallimard, Folio, 1990.

 

 

Recueil de textes en vente à la COOP UQAM.

Bibliographie

 

Abraham, N., Torok, Maria

et Derrida, Jacques,        Cryptonymie : le verbier de l'Homme aux loups, Paris, Aubier-

                                          Flammarion,1976.

 

Cliche, Anne Élaine,        Le désir du Roman (Hubert Aquin, Réjean Ducharme), Montréal, XYZ,

                                           1992.

                                      Poétiques du messie. L’origine juive en souffrance, Montréal, XYZ,

                                           2007.

 

De Certeau, Michel,         Histoire et psychanalyse entre science et fiction, Paris, Gallimard,

                                           «Folio»,1987

 

Deleuze, Gilles,               Logique du sens Paris, Minuit, 1969. (Sur Lewis Carroll)

 

Didier-Weill, Alain,          Les trois temps de la Loi, Paris, Seuil, 1995.

 

Freud, Sigmund,             Inhibition, symptôme, angoisse, Paris, PUF,1951.

                                      Freud présenté par lui-même, Paris, Gallimard, 1984.

                                      Sur la psychanalyse (Cinq conférences), Paris, Gallimard, 1991.

                                      Vue d'ensemble des névroses de transfert. Un essai

                                           métapsychologique, Paris, Gallimard,1986.

                                      Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF,1973.

                                      Nouvelles conférences d'introduction à  la psychanalyse, Paris,

                                           Gallimard,1984.

                                      «Analyse avec fin, analyse sans fin», Résultats, idées, problèmes II, P                                               PUF, 1989.

Gardiner, Muriel (Éd.)      L'Homme aux loups par ses psychanalystes et par lui-même,

                                          Paris, Gallimard, 1981.

 

Kofman, Sarah,               L'Enfance de l'art, Paris, Payot, 1970.

                                      Un métier impossible. Lecture de « Construction en analyse »,

                                           Paris, Galilée,1983.

Kremer-Marietti, Angèle,  La symbolicité, Paris, PUF, 1982.

Lacan, Jacques,              Le séminaire: Livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la

                                           technique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1978.

                                      Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse,

                                               Paris, Seuil, 1973.

Tous les séminaires de Lacan sont disponibles sur Internet : gaogoa.free.fr/SeminaireS.htm

(L’Homme aux loups 1951-1952)

 

Leclaire, Serge,              Psychanalyser, Paris, Seuil, Points, 1968.

                                      Démasquer le réel. Essai sur l’objet en psychanalyse, Paris,

                                           Seuil, Points, 1971.

                                      On tue un enfant. Un essai sur le narcissisme primaire et la

                                           pulsion de mort, Paris, Seuil, Points, 1975.

Milner, Jean-Claude,       Les Noms indistincts, seuil, 1983

                                      L'Amour de la langue, Seuil, 1978.

Montrelay, Michèle,         L'ombre et le nom. Sur la féminité, Paris, Minuit,1977.

Obholzer, Karin,              Entretiens avec l'Homme aux loups, Paris, Gallimard,1981.

Poissonnier, Dominique,  La pulsion de mort de Freud à Lacan, Paris, Erès, 1998.

Pommier, Gérard,            Les corps angéliques de la postmodernité, Paris, Calmann-

                                           Lévy, 2000

Pontalis,, J.-B.                Ce temps qui ne passe pas, Paris, Gallimard, Folio essais,1997.

Rey, Jean-Michel,           Parcours de Freud, Paris, Galilée, 1974.

                                      Des mots à l'œuvre, Paris, Aubier-Montaigne, 1979.

                                      Le matériau freudien, Paris, Ramsay,1987

Schneider, Michel,          Blessures de mémoire, Paris, Gallimard, 1980.

Schneider, Monique,       « Père ne vois-tu pas...? » Le père, le maître, le spectre dans

                                           L'interprétation des rêves, Paris, Denoël,1985.

Schur, Max,                    La mort dans la vie de Freud, Paris, Gallimard, “Tel”,1975.

Sibony, Daniel,               L'Autre incastrable, Paris, Seuil, 1975

                                      Le nom et le corps, Paris, Seuil, 1974.

                                      Jouissances du dire, Paris, Grasset, 1985.    

Collectif,                        L’enfant, Paris, Gallimard, Folio essais, 1979/2001

Revues

Che Vuoï ?                     « De l’infantile », n° 20, 2003.

Voix et images                « Rêver l’enfance. Psychanalyse et littérature », n°73, Automne 1999.

Le Trimestre psychanalytique,              n°1, 1997, « Les embarras des psychanalystes

                                                           devant le cas de l'Homme aux loups ».

Revue française de psychanalyse         n°35, 1971 (Consacrée à l'Homme aux loups.)

 

Dictionnaires

Laplanche, Pontalis,             Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, P.U.F., 1967.

     Chemama, Roland,          Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Larousse, 2007.

 

Sur Lacan :                   

Assoun, Paul-Laurent,     Lacan, Paris, PUF, Que sais-je ?, 2003.

 

Cottet, Serge,                  Freud et le désir du psychanalyste, Paris, Navarin, 1982.

 

Dor, Joël,                       Introduction à la lecture de Jacques Lacan, Paris Denoël, 2 vol.

                                          1985 ;1992.

 

Julien, Philippe,               L’étrange jouissance du prochain. Éthique et psychanalyse,

                                          Paris, Seuil,1995.

                                      Pour lire Jacques Lacan, Paris, Seuil, Points, 1985 [1995]

 

Lapeyre, M./Sauret, M.-J.,   Lacan, le retour à Freud, Paris, les essentiels Milan, 2000.

                                     

Le Gaufey, Guy,              L’incomplétude symbolique. De rené Descartes à jacques

                                          Lacan, Paris, EPEL, 1991.

 

Porge, Éric,                    Jacques Lacan, un psychanalyste. Parcours d’un

                                          enseignement, Paris, Érès, 2000.

 

Vanier, Alain,                  Lacan, Paris, Les Belles Lettres, 2003.



[1] Jacques Lacan, Le Séminaire Livre VI, Le désir et son interprétation (inédit), séance du 21 janvier 1959.

[2] Dans le recueil de textes en vente à la coop UQAM.

 

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