rťfťrence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1995-01/msg00031.html
     Chronologie       
     Conversation       

Re: travestissement/XVIIIe et XIX s. BOURASSA ANDRE G



> 
> M'interessant au phenomene du travestissement au theatre, je suis 
> confronte a un certain probleme.  Les theoriciennes et theoriciens 
> consultes (en majorite des Anglais et des Etats-uniens) semblent 
> affectionne la Renaissance anglaise. Par contre, c'est le domaine 
> quebecois qui m'interesse (tous siecles confondus).  Outre Beaudoin 
> Burger et Laflamme-Tourangeau (_Activite theatrale au Quebec_ et 
> _L'Eglise et le theatre_), y aurait-il d'autres references significatives 
> sur ce sujet?
> 
> Andre Levasseur
> m242520@er.uqam.ca
>
Andre
Il y avait des femmes de theatre dans l’entourage du gouverneur 
Frontenac: les soeurs Marie et Elizabeth Derome, de meme que 
Francoise-Marie Jacquelin de La Tour (voir Eugene Benson & Leonard W. 
Conolly, _The Oxford Companion to Canadian Theatre, Toronto, O.U.P., 
1989, p.4).
Le cas de jeunes gens jouant des roles de femme est rapporte par 
plusieurs sources.
Du cote francophone, cette pratique semble courante chez les Jeunes 
Messieurs Canadiens. Un premier cas est connu d’apres une protestation de 
Joseph-Francois Perrault, un acteur qui dit refuser de jouer dans une 
piece ou les roles de femmes sont tenus par des hommes; voir sa lettre du
13 decembre 1781 citee par John Hare, “Le Theatre quebecois des origines 
a 1930”, dans Rene Dionne, _Le Quebecois et sa litterature_, Sherbrooke, 
Ed. Naaman, A.C.C.T., 1984, p.220.
Le fait est rapporte de nouveau rapporte a propos des memes Jeunes 
Messieurs (incorpores cette anne-la en “theatre de societe”) par la 
protestation d’un “censeur”, le grand-vicaire de Montreal, dans une
lettre de novembre 1789 a son eveque ou il condamne cette pratique. Un 
resume de la lettre a paru dans le _Rapport de l’archiviste de la 
Province de Quebec_ en 1947, p. 114; c’est elle qui est citee par Jean 
Laflamme et Remi Tourangeau, _L’Eglise et le theatre au Quebec_, Montreal, 
Fides, 1979, p.84.
Le fait se produit egalement chez les anglophones. Il est d’abord 
rapporte a propos du New Theatre fonde a Quebec par des acteurs venus de 
Boston, Noble Luke Usher et son epouse d’origine francaise, Harriet de 
l’Estrange Usher. Ces derniers avaient ete charges de creer un circuit 
dans la “Province of Quebec” par John Bernard, un acteur anglais alors 
codirecteur du Boston Theatre. Un cas de travestissement est rapporte 
avec mepris (“despictably low”) par un voyageur anglais, John Lambert, 
qui l’a observe a Quebec a l’automne de 1808, peu avant de s’embarquer 
pour Londres (John Lambert, _Travels through Lower Canada and the United 
States of North America, in the Years 1806, 1807, 1808_, London, Gillet, 
1810, vol.1, p.300).
Un acteur, musicien et historien du theatre, l’Americain Charles Durang, 
qui vint jouer pour les Usher au Montreal Theatre et au New Theatre de 
Quebec en 1810 (il est ne en 1796!), rapporte qu’un officier britannique 
fit une colere du haut de sa loge de spectateur parce que les poignards 
utilises dans _Macbeth_ etaient des couteaux de cuisine, que tous les 
roles sauf celui du heros avaient ete interpretes par des doublures, que 
le role de Lady Macbeth avait ete joue par un jeune homme et que la 
musique de la farce de fin de soiree etait fredonnee par les comediens au
lieu d’etre jouee par des musiciens. Voir ”The Philadelphia Stage: from 
1749 to 1841”, _Sunday Dispatch_ (Philadelphie), 19 novembre 1854, p.1,
c.4; il existe un microfilm du journal, de meme qu’une edition 
photocopiee du spicilege de l’auteur chez University Microfilms, Ann 
Arbor, s.d..
Le travestissement n’est pas toujours du meme cote. Quand son mari quitta 
le New Theatre de Quebec et retourna a Boston, madame de l’Estrange 
Usher, qui etait la veritable signataire du bail d’apres ce qu’en 
rapporte John Bernard dans ses memoires, remplaca _The Beaux Stratagem_ 
par _The Belles Stratagem_, le 6 novembre 1809, et tint elle-meme le role
titre de George Barnwell, dans la piece du meme nom, le 19 fevrier 1810 
(_Quebec Mercury_, 30 octobre 1809, p.350, et _Gazette de Quebec_, 15 
fevrier 1810, p.3).
Andre Bourassa, 18 janvier 1995.