référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1995-03/msg00031.html
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Marius, Le Cid, Les Belles-soeurs... (fwd) BOURASSA ANDRE G



A la demande de Neil Bishop:

---------- Forwarded message ----------
Date: Mon, 13 Mar 1995 12:51
Un incident technique m'empeche de poster ce message directement a
QUEATRE : aussi vous serai-je bien reconnaissant
de bien vouloir l'y diffuser.  D'avance, merci. - Neil Bishop

Je poly-poste, pour une fois, dans l'espoir que le partage d'une
experience dans l'enseignement d'un cours de theatre pourra interesser
quelques membres tant d'APFUCC-L que de BALZAC-L et de QUEATRE : toutes
mes excuses aux personnes abonnees a plus d'un de ces forums.

Le cours: FRAN 3501, sert d'introduction au theatre de langue francaise,
ou plus precisement aux textes dramatique..
La classe consiste en une trentaine de personnes (dont 26 femmes)
dont l'experience en matiere de theatre francophone consiste, dans la
plupart des cas, de la lecture d'une piece du 17e dans un cours-survol.

Pris d'"introductionite", j'ai d'abord presente un survol de l'histoire
du theatre et ensuite une introduction a la semiotique theatrale
(introductions dont l'un des buts etaient de laisser a la classe
le temps de lire les pieces au programme). Mon intention etait
que, suite a ces introductions, on lirait les pieces a la lumiere de la
semiotique theatrale. Expres, je n'ai pas aborde dans l'ordre
chronologique les six pieces au programme, mais dans l'orre qui suit:
Marius, Le Cid, Les Belles-soeurs, Antigone, Le mariage de Figaro, En
attendant Godot.

Inclure _Marius_ m'a semble un pari, car ce n'est pas une oeuvre
particulierement canonisee. Si j'ai decide d'inclure cette piece et meme
de commencer par elle, ce fut par le souci pedagogique d'offrir a la
classe, surtout en debut de trimestre (janvier), un texte qui leur
serait bien accessible et qui meme leur ferait plaisir (ces dernieres
annees, j'avais peut-etre valorise un peu beaucoup, au gout des
apprenant-e-s, le cote theorisant, au
depens de ce "principe du plaisir" sans lequel pourtant l'enseignement
perd de son efficace). Or, toute la classe s'est
enthousiasmee pour _Marius_. Les raisons? Surtout cette esthetique de la
representation qui leur est familiere, ces problemes de jeune couple qui
le leur sont tout autant, et sans doute encore ces sirenes de bateaux,
ces histoires de navigations et toute cette ambiance de port de
mer (Saint-Jean de Terre-Neuve l'etant tout autant que Marseille).
Les etudiante-e-s ont particulierement pris plaisir a etudier, dans
leurs travaux, les differentes formes du comique (de gestes, de langage,
de costume, etc.).

Ce choix de commencer par _Marius_ m'avait ete suggere par la difficulte
que maint-e-s etudiant-e-s avaient dit avoir eprouve a lire un piece du
17e dans le cours survol suivi en 2e annee.
C'est donc seulement apres cette piece
"facile" de Pagnol que nous nous sommes tournes vers _Le Cid_. Or, _Le
Cid_ suscita a peu pres le meme enthousiasme que _Marius_. Quand j'ai
demande a la classe d'ecrire une composition sur, soit Marius, soit Le
Cid, environ 55 % ont opte pour _Marius_, 45 % pour _Le Cid_. Resultat
heureux, si l'on considere qu'au debut du cours, bon nombre redoutaient
fort d'etudier une piece du repertoire classique.

_Le Cid_ a plu a la classe pour des raisons qui tantot different
beaucoup de celles qui, a leurs yeux, faisaient le charme de _Marius_,
tantot leur sont semblables. Parmi ces dernieres, l'histoire d'amour
s'avere encore operatoire. Mais parmi les differences, on peut constater
que le comportement de Rodrigue et de Chimene a plu a bon nombre de
membres de la classe precisement dans la mesure ou ces deux personnages
leur semblent placer tres haut une valeur autre que l'amour. Avoir un
ideal autre que l'amour romantique semblait une bien belle chose aux
yeux de plusieurs membres de la classe, qui ont regrette que de telles
attitudes ne se trouvent plus (plus precisement, plusieurs etudiantes
ont exprime le regret que des Rodrigues, ca n'existerait plus, selon
elles toujours). (Je crois avoir compris que leur experience de la vie
leur avait deja fait croiser quelques Marius, par contre). Bref, c'est
peut-etre le caractere non-representationnel de Rodrigue et de Chimene
qui a plu a la classe, alors que c'est le caractere representationnel de
_Marius_ qui les avait seduits.

Bon, c'est assez pour aujourd'hui, pardonnez cette longueur. Des
_Belles-soeurs_ je dirais seulement qu'une etudiante m'a declare: "C'est
sur, cette piece-la n'a rien de comique!" Peut-etre que l'univers social
represente est trop peniblement semblable a ce que vivent bon nombre de
vraies famille dans ces parages pour laisser emerger les aspects
comiques de cette piece qui pourtant fait souvent rire tant a la lecture
qu'a la representation, a ce que j'ai pu observer. On y reviendra,
peut-etre.

Neil Bishop
Departement d'etudes francaises et hispaniques
Memorial University of Newfoundland