référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00036.html
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Redondance et Aporie DR ROGER D BENSKY



Toujours porteur, le questionnement de David Trott fait reflechir :
Voici, a toutes fins utiles  :

1/   Mettant entre parentheses les improvisations, les scenarios  a
virtualites multiples au choix du public et le Happening, toute
proferation sur scene est en soi une redondance------redondance
occultee par rapport a la preexistence d'un texte ecrit. C'est
pourquoi on dit que l'acteur REPETE son role avant que de le jouer
pour de bon. Ce que l'on prononce devant le public est memorise, est
deja de l'ordre de la memoire :  des PAROLES EN AMONT, mais a
differencier en aval. ( Notion qui ne clot pas, loin s'en faut, le
debat anterieur sur l'alterite intime de cette memoire, mais ce n'est
pas sur cette piste-la que je vous entraine ).

2/   Cela dit, lorsqu'il y a redondance intra-textuelle ( B. repete
exactement les mots de A.), la reprise lexicale est seulement
redondante sur le plan formel. Comment cela ? Parce que, sur scene,
le locutoire, pour employer le langage des semioticiens, genere
immediatement, peremptoirement, le perilocutoire ( la reaction
ludique et existentielle ), qui altere les mots repris par une
intention, une dissociation, ou une alchimie nouvelles. Sinon, le JEU-
------comme lorsqu'on dit d'une porte qu'elle a du jeu, qu'elle ferme
mal, qu'elle fait grincer ses gonds-------le jeu, donc, s'etiole, se
sclerose et meurt. On continue a parler et a gesticuler, mais la
cause est perdue et  le spectateur songe au dernier metro. Au theatre,
le meme ne doit jamais generer l'identique. Les miroirs sont
toujours en voie de brisure.

3/ Quant au comique molieresque en general, je crois qu'il serait
tout aussi instructif de pister les instances dramaturgiques d'aporie
et de dessiner la courbe de leurs rebondissements. Le protagoniste du
grand Poquelin est un DELIRANTqui se retrouve, tout comme la victime
de Scapin, le cul dans le sac.....de ses lubies indecrottables.
Parfois ce sac rejoint un autre, abyssal, comme l'est l'enfer ou
sombrera Dom Juan et ou s'evanouiront sous nos regards meduses gages
et gageures. La Redondance ( amoureuse ) y prendra fin.

Bien cordialement

Roger-Daniel Bensky



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End of QUEATRE Digest 179
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