référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00038.html
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Re: Redondance et Moliere James Gaines






Je suis tout a fait d'accord avec les observations de David Trott, ainsi que=
=20
MM Marteinson, Ouakine, et Bensky, quant a la redondance
qu'ils ont trouvee chez Moliere.  Leurs remarques sur les references a la=20
tradition italienne sont fort justes.  Il ne faut pas negliger, pourtant,=20
une autre sorte de redondance metatheatrale tres chere a ce dramaturge, soit=
=20
les allusions au repertoire non-molieresque de la troupe.  Dans un essai=20
publie par Kentucky Romance Quarterly en 1985 (32, pp. 245-54), j'ai trace=
=20
plusieurs exemples de cette sorte de references dans Dom Juan, qui renvoie=
=20
souvent au Menteur de Pierre Corneille.  Il serait tres interessant de voir=
=20
une etude de Scapin qui utiliserait une methodologie pareille, surtout en=20
tenant compte des acteurs qui jouent des roles ayant des apports et des=20
fonctions similaires au sein de la "constellation" comique constituee par=20
une juxtaposition repetee.  Y a-t-il des Scapins avant la lettre dans les=20
pieces que la troupe a representees en province ou pendant les premieres=20
annees a Paris, voire meme des echanges du genre Scapin-Octave? =20

James F. Gaines    Southeastern Louisiana University









>Merci a Peter Marteinson, a Serge Ouaknine et a Roger-Daniel Bensky pour
>leurs penetrantes reponses au questionnement sur la redondance chez=
Moliere.
>Leurs propos genereux, riches et varies font avancer la reflexion sur le
>langage dans le theatre francais de l'epoque des FOURBERIES DE SCAPIN.
>
>Pour P. Marteinson, la redondance a des fins purement communicatives serait
>=ABune multiplicite d'enonces qu'emet un seul esprit figurativise par un=
seul
>acteur...=BB. En d'autres mots, =ABB. repete exactement les mots de A.=BB,=
pour
>emprunter la formule de R-D Bensky qui situe le langage d'un acteur=
scenique
>par rapport a l'acteur textuel qu'il incarne, ou bien le langage d'un=
acteur
>qui dit "fidelement" le texte d'un auteur. L'essentiel de cette situation
>d'enonciation semble etre au moins un certain degre de =ABcollusion=BB (S.
>Ouaknine), non du corps a la langue mais de la langue au sens.
>
>La ou les effets comiques de la redondance se font sentir, c'est au moment
>ou le spectateur percoit un ecart entre le langage d'un personnage et un
>sens qui ne vient pas de ce meme personnage: =ABil faudrait que le=
personnage
>soit percu comme articulant une signification qui n'est pas a lui, voire
>comme emettant une articulation qui n'est pas la sienne. Il ne parle pas en
>son propre nom, et ouvre donc la bouche pour d'autres raisons.=BB (P.
>Marteinson)  Pour S. Ouaknine,
>c'est un decentrement du langage qui renvoie ailleurs, a ce qu'il appelle
>=ABun hors scene du dire=BB : =ABMoliere (...) essaie de demeurer dans la
>convention de la centralite' de la parole en essayant de lui faire avouer
>autre chose...=BB=20
>
>En m'excusant aupres de MM. Marteinson, Ouaknine et Bensky de toute
>deformation et simplification de leur pensee, je cherche a l'appliquer au
>corpus molieresque d'ou sont parties mes premieres questions.   =20
>=20
>        1) Le discours d'Octave dans la premiere scene des FOURBERIES
>(=AB...que mon pere revient?.... Qu'il arrive ce matin meme?....Et qu'il
>revient dans la resolution de me marier?....Avec une fille du seigneur
>Geronte=BB) releverait donc de la communication "simple", alors que les
>repliques en echo de Sylvestre (=AB...Ce matin meme,,,,Du seigneur
>Geronte....=BB) seraient "comiques".
>
>        2) La scene de repetition de Scapin qui prepare Octave aux=
reproches
>de son pere (I, 3), serait "comique" parce que Scapin "articule une
>signification qui n'est pas a lui" (=ABImaginez-vous que je suis votre pere
>qui arrive... 'Comment! pendard, vaurien, infame, fils indigne d'un pere
>comme moi, oses-tu bien paraitre devant mes yeux, apres tes bons
>deportements....'=BB). Elle serait en outre "theatrale" pour tout=
spectateur
>reconnaissant "verticalement" ce discours comme emanant de la tradition
>italienne des reproches de Pantalone a son fils "ingrat".
>
>        3) Est-ce qu'on ne pourrait pas appliquer les memes criteres au DOM
>JUAN qui a ete evoque a plus d'une reprise dans vos reponses?  Les discours
>mutliples et varies de Sganarelle ont ete finement analyses par Patrick
>Dandrey (Moliere ou l'esthetique du ridicule), qui relie l'eloge du tabac
>(I, 1) a la tradition des operateurs et la presentation delirante des
>bienfaits de la creation (V, 2) a la tradition classique de l'eloge
>paradoxal. Dandrey resume en faisant allusion a "...l'usage frequent que
>fait Moliere du pseudo-encomium dans tout DOM JUAN" (p. 177). Une partie du
>comique du discours de Sganarelle viendrait de nouveau, de son articulation
>de significations "pas a lui".
>
>
>David Trott
>=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=
=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=
=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D
>David Trott                             t=E9l bureau 905-828-5497
>=C9tudes Fran=E7aises                       t=E9l. r=E9s. 416-484-9172
>Coll=E8ge Erindale                        trott@epas.utoronto.ca
>Universit=E9 de Toronto
>
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