référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00041.html
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     Conversation       

Molierrances DR ROGER D BENSKY



Au risque de tomber a quatre fers dans le superfetatoire et de
devenir pleonastique au dela du raisonnable, je voudrais dire
amicalement a David Trott que l'essentiel de mon intervention sur nos
Moliere-errances n'est pas dans une quelconque collusion entre langue
et sens, et moins encore dans la suggestion que le personnage est
depossede de la signification. Plutot, ce que j'ai essaye de faire
passer, c'est l'experience de base de tout comedien, a savoir que
lorsqu'il y a doublage exact du texte entre deux partenaires, il ne
peut y avoir redondance d'intentionnalite ludique, sinon le jeu se
vide de sa raison d'etre, qui est dans la differenciation, non point
dans la prolongation du meme.  C'est pourquoi j'ai insiste sur le
rapport paradoxal ( Dieu merci ) et dynamisant entre le LOCUTOIRE et
le PERILOCUTOIRE.  Le personnage X reprend exactement les vocables,
les phonemes, proferes par le personnage Y, mais en les recomposant
psychiquement et affectivement, suivant sa facon unique de voir et de
connaitre. C'est aussi pour cette raison que j'ai dit que le meme ne
doit jamais engendrer l'identique. Point n'est besoin de se refugier
exclusivement dans les micro-contextes ou X ou bien Y se trouve
sciemment depossede de la signification qu'il croyait posseder, bien
que de toute evidence ce cas de figure se presente assez souvent. Il
suffit que deux personnages partageant quelque enjeu ( un "en jeu ")
se retrouvent en meme temps sur le plateau pour que le decalage de
sens se love virtuellement dans le dialogue. Dans le cas de Moliere,
ce qui rend cela comique, dans la plupart des cas, c'est que le
decalage d'interpretation frole constamment la rupture semantique,
voulue ou involontaire. Les memes mots ne veulent guere dire les
memes choses, le rapport d'adequation entre le mot et la chose tombe
en ruine et le perilocutoire l'emportera sur le locutoire au grand
dam du locuteur en chef, qui sera cahote d'aporie en aporie. Non pas
parce qu'il doit mettre en bouche des paroles ou des sens qui ne sont
pas  a lui, mais parce que, en tant que de-lire de chair il fait une
de-lecture qui lui coutera cher...... Voila. A toutes fins meta-
ludiques.
Amicalement

R.-D. Bensky


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