référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00052.html
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Redondance BOURASSA ANDRE G



Je vous transmets cette autre intervention de Barry Russell qui n'a
toujours pas, a cause d'une technicalite, d'acces direct a QUEATRE.
Bon debat, Andre G. Bourassa

---------- Forwarded message ----------
Date: Sat, 17 Feb 1996 17:12:59 +0000
From: Barry Russell <barry@sol.brookes.ac.uk>

D. Trott parle d'une "mefiance du textuel au nom de la vitalite
scenique." G. Spielmann nous demande si le theatre "reste forcement,
quelque part, un simulacre." R. Bensky parle de "la virtualite d'un
inconnu qui ne peut avoir lieu que dans l'intensite et la fougue du
present." Quoi de themes passionants! Nous voici a la recherche d'un
principe vital au sein du phenomene theatral, ce qui marquerait la
difference entre le theatre vivant (anglais: "live theatre", valeur
incontestable parmi les gens de theatre) et quelque chose d'autre,
moins vivante peut-etre, representee par le contenu purement textuel
d'une piece.

Il y a quelques annees je donnais des cours de theatre en Angleterre.
Chaque semaine nous assistions a un spectacle different, et ensuite
nous discutions de ce qu'il y avait eu d'interessant. Nous faisions
habituellement la distinction entre plusieurs objets: la piece, la mise
en scene, et la representation qu'on venait de voir. Il me sembla (et
je vous offre cette observation pour contribuer a la problematique
conceptuelle) que nous ne voyions en fait que ce troisieme objet, la
representation. La mise en scene nous echappait, car elle etait un
objet virtuel qu'on ne voyait pas _sui generis_, mais seulement a
travers une seule representation. La piece nous echappait encore plus,
car nous ne la voyions qu'a travers deux voiles, celle de la mise en
scene particularisee et celle de la representation de cette mise en
scene. Et ainsi de suite: nous pouvions discuter le genre auquel
appartenait telle piece, non pas en croyant qu'une piece tragique nous
offrait la cle a la tragedie entiere, mais en admettant que toute
piece tragique illuminait le genre dont elle etait representative sans
le definir dans sa totalite. J'insistais (pas tous les jours, bien
entendu) sur ces deux procedes: d'abord, reconnaitre qu'il n' y a eu
qu'une seule actualite concrete, c'est a dire la representation a
laquelle nous assistions; ensuite, qu'en tant que queteurs, nous
devions chercher a travers cette actualite de deviner les objets
virtuels (mise en scene, piece, genre theatral) qu'elle
cachait/revelait.

Or, l'achevement de la commedia dell'arte au XVIIe siecle me semble
extraordinaire, dans l'histoire du theatre, justement parce que les
comediens ont insiste, eux, sur la primaute de la representation dans
le schema creatif. L'attitude francaise etait tout a fait differente.
La forme ecrite d'une piece y constituait le centre du schema. Comme
nous le voyons apres l'expulsion des comediens italiens de Paris en 1697,
l'importance du texte s'inscrivit dans la loi avec l'instruction de
1701 au lieutenant general de police que les comediens ne devraient
representer "aucune piece nouvelle qu'ils ne vous l'ayent auparavant
communiquee" (Melese, _Le Theatre et le public_, 1934, 79).
Heureusement il y avait aux foires des theatres ou l'on continuait a
jouer, plutot qu'a re(-)presenter.


Barry Russell, Visiting Fellow, School of Languages
Oxford Brookes University, Oxford OX3 0BP (UK)
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Tel:     +44 1865 483722       Fax: +44 1865 483791
Email:   barry@sol.brookes.ac.uk
(CANADA) http://www.er.uqam.ca/nobel/c2545/index.html
(UK)     http://www.brookes.ac.uk/schools/sol/index.html


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