référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-03/msg00000.html
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Re: Les fuseaux de Sganarelle Pierre Force



Le message de notre jeune collegue Paulin Capron (dont j'ai, soit dit en
passant, beaucoup admire l'intervention au dernier MLA a Chicago) me
parait tres perspicace. J'abonderai donc dans son sens en notant que les
termes fuseaux et fusees sont, au dix-septieme siecle, largement
synonymes: tant Charron que Madame de Sevigne parlent de "fusees a
demeler", de "fusees du grand devidoir du destin" (les Parques).
Inversement, il parait tout a fait raisonnable que fuseaux puisse
signifier fusees au sens de projectile bruyant et eblouissant. Une
enquete rapide sur les occurrences du mot fusee au sens de projectile
montre que le mot est associe, plus encore qu'a l'idee d'eblouissement ,
a l'idee de bruit et de fracas: rien d'etonnant, donc, a ce que le vin
emetique fasse "bruire ses fuseaux". Quant aux fusees comme dejections,
je precise que le mot peut s'appliquer aussi aux vomissements: dans le
Telemaque travesti, Marivaux parle d'un personnage qui "jette des fusees
de la bouche aussi loin que d'ici a la porte". Double sens, donc: le sens
obvie de fusees bruyantes et petantes, qui prepare la fin de la piece, ou
Dom Juan disparait dans un feu d'artifice d'Enfer, et le sens obscene de
fusees comme dejections corporelles fracassantes, sens actualise un peu
plus loin a la scene 5, comme le fait remarquer Paulin Capron. Les
fuseaux de Sagnarelle n'ont pas fini de bruire.
Pierre Force
Columbia University


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