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Re: Les fuseaux de Sganarelle Guy Spielmann



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> Il s'agirait donc, si nous acceptons de suivre Capron sur ce terrain, d'une
> plaisanterie de Moliere ramenant au premier plan, dans le langage lui-meme,
> la fonction corporelle qui est au centre de son esthetique, comme une
> recente discussion sur le reseau nous l'a amplement demontre. Alors que
> Sganarelle veut nous faire entendre que le vin emetique jouit d'une grande
> reputation, les spectateurs du XVIIe siecle entendaient, sous les mots
> maAladroits qu'il utilise, une allusion grossiere aux fonctions
> intestinales. Le sens second s'est probablement perdu au XIXe siecle,
> puisque Littre, qui sert de reference a tous les autres lexicographes,
> n'est deja plus sensible a la plaisanterie. L'analyse de Capron, si elle me
> parait probante, laisse neanmoins la porte ouverte a d'autres propositions.
> Il me semble personnellement que la direction ouverte par Max Vernet, qui y
> voit une allusion a la mort, meriterait egalement d'etre suivie. Les
> fuseaux de Sganarelle ont-ils fini de bruire?
>

On ne peut que rester pantois devant de passage etourdissant des Parques
aux petarades du Roi-Soleil, mais force nous est de constater que, dans
le cas de la comedia dell'arte, le souffle de la muse---le
*flatus*---prend parfois des formes qui nous surprennent... La fameuse et
tres breve plaisanterie scatologique de Sganarelle demontrait deja le
phenomene de glissement de la commedia a Moliere, glissement double
puisqu'il y a d'abord une textualisation du jeu corporel, puis un
decalage metonymique et euphemique. La commedia, on le sait, ne se
privait pas de mettre en scene des lazzi fondes sur le fondement (si
j'ose dire), ainsi que ce qui pouvait y entrer ou en sortir dans le cadre
de la pratique medicale. Nous revenons par la aux sources vives de la
farce et, notons-le, du carnaval; sur la couverture de *Carnaval, la fete
a l'envers* (Gallimard "Decouvertes"), on voit ainsi deux lurons costumes
en fous se livrer a une etrange pratique qui consiste a tenir un
partenaire la tete en bas, chacun petant au visage de l'autre.L'acte se
voit ainsi ritualise, qui constitue une sorte d'extreme dans la violation
flagrante du tabou des fonctions corporelles.Chez Moliere, il n'en
subsiste donc qu'un signe linguistique, deforme de surcroit pour
mieux brouiller les pistes. Admirables efforts pour continuer a signifier
le corps a travers un jeu de miroirs semiotiques!

Merci a Apostolides et Capron pour ces eclaircissement.


G.S.
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