référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-03/msg00044.html
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Petits conseils d'un spectateur DR ROGER D BENSKY



Ayant eu la bonne fortune de passer deux semaines dans le milieu
theatral a Paris pour un projet d'etudes et d'ecriture avec Jorge
Lavelli, je me permets de signaler a ceux qui auront l'occasion de
s'y rendre dans les semaines a venir trois nouveaux spectacles
remarquables qui ne manqueront pas de faire couler de l'encre :

1/  A La Colline, que dirige encore Lavelli, dans une mise en scene
de Jacques LASSALLE, l'ancien administrateur de la Maison de Moliere,
une piece injustement delaissee de l'auteur viennois Hugo von
Hofmannsthal, s'intitulant L'HOMME DIFFICILE. C'est la, avec son Dom
Juan, une mise en scene maitresse d'un artiste de la scene que les
manipulations politiques et plumitives ont failli chasser du theatre
et qui prend ici une revanche eclatante, avec dans les roles
principaux Andrzej Seweryn, Oceane Mozas et Hughes Quester. L'oeuvre
date du lendemain de la premiere guerre mondiale et met aux prises
une societe vaniteuse et frelatee et un homme que l'indicible de
l'horreur meurtriere a detache des masques existentiels, tout en lui
rendant perilleux le vertige de l'amour. La melancolie de Lassalle,
matine d'une etonnante justesse de ton dans l'ironie, s'allie avec
une finesse, une science du rythme et une delicatesse dont l'epoque
nous a deshabitues.

2/ Au Theatre du Vieux Colombier, devenu annexe de la Comedie
Francaise, MITHRIDATE, oeuvre un peu ecartee de Racine, dans une mise
en scene de Daniel Mesguich. On y retrouve, toujours avec la meme
puissance de subversion epistemologique, de ritualisme ironique, une
spatialite entierement mentalisee qui cree l'envoutement. Ajoutons
que la maitrise de la proferation fait du vers racinien un instrument
de chamanisme litteraire.Nous sommes pris dans la speleologie occulte
des ames.

3/ Enfin, pour inaugurer son mandat comme Directeur du Theatre de
l'Odeon, Georges Lavaudant propose un ROI LEAR qui constitue un des
spectacles les plus remarquables de ces dernieres annees et qui est
une synthese ou une somme de sa trajectoire de metteur en scene. A
l'oppose de son Hamlet ou il s'etait enferme dans une proposition
dramaturgique inutilement compassee, le Lear que je viens de voir a
un souffle de fete barbare a la hauteur du projet d'Artaud------enfin,
d'un Artaud deleste de ses superstructures ideelles et reduit a
l'essentiel : une chair traversee par des paroles de flamme. En meme
temps, Lavaudant, par le recours a la derision du music-hall et a une
distanciation moins brechtienne que surreelle dans la representation
du Fou, ne cesse de ramener la tragedie a une immanence ludique qui
est de caractere eminemment jouissif. A voir ABSOLUMENT.

Bien Amicalement

Roger-Daniel Bensky


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End of QUEATRE Digest 211
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