référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-04/msg00114.html
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A chacun son epine! Serge Ouaknine



Cher Pierre Francois Gagnon

Je reponds a votre dernier cri. Vous semblez souffrir. Pour la premiere
fois a travers vos missives je percois votre fragilite. Voyez-vous nous
voulons TOUS etre aime'. Et le drame de l'Internet est qu'il fonctionne a
la vitesse de nos desirs intimes. Un tel acteur a un malaise existentiel et
ne ne sachant pas comment rejoindre le triomphe de ses actions percoit des
forteresses insurmontables du cote des diplome's ou de ceux dont le
discours critique pourrait juger sa performance.  Un tel autre fait corp et
ame avec tel auteur au point de partir en duel avec son village entier,  un
tel autre desespere que nul ne reponde a sa propre passion pour la
puissance elucidative des ecrits theoriques et s'eclipse avec dignite....
Certains ne comprennent pas la theorie, il leur faut de constants exemples
et des descriptions de faits et il y mettront, ensuite, leurs jugements.

Votre serviteur par exemple, en ce moment, veut gagner de l'estime en
gagnant votre etre par un effort de perspicacite. En toute intelligence, il
y a une volonte de puissance et de jouissance. Helas, si vous n'avez pas
cede' a l'intelligence du coeur - comme on dit la puissance met le feu,
parfois s'en apercoit et, de repenti,r cherche une sortie honorable...
Tenez, moi, par exemple,  suis un incorrigible adolescent, je me  precipite
sur cette  plus-value immediate que donne notre reseau, la magie internet
est ma perdition, je vous le confie, mais quelle pouvoir que  d'aller dans
le logis de l'autre, son officine, son ordinateur portable et de lui
murmmurer dans le creux des yeux: Hello j'existe!!!

Le Email c'est de l'Amour instantatne'. C'est le coup de foudre ! Et comme
vous savez on ne demande pas a l'autre son avis. La passion s'aveugle, ne
tient pas en place, car il n'y a aucun ecart entre le desir et son objet...
Comment ca, je le veux et il/elle  n'est pas immediatetement disponible, d
etoute fulgurce reciproque! Mais, comme vous le savez aussi, le coup de
foudre ce n'est pas toujours l'amour. C'est la passion. La projection d'une
image de nous memes dans l'autre ou encore une image de l'autre que nous
croyons etre "identique" a notre attente... INTERNET c'est encore plus
vicieux que le FAX. C'est de l'amour sur notre propre ecran. C'est
l'interface de nos limites. Qui a dit que la peau etait ce que nous avions
de plus profond? Non, nos ecrans sont nos nouvelles peaux. Avec ou sans
couleurs.

Vous entrez sans frapper. Et parfois vous frappez. Alors qu'est-ce que
frapper juste et qui, en plus, soit frapper vrai?
Peut-etre l'apprentissage d'une certaine distance. Ce que vous n'avez pas
encore mais au fil des lettres, je sens, je constate que vous comprenez les
consequences de vos precipitations  au coeur de votre desir. Je parle de
vous mais c'est moi-meme que j'expose. Je vous ressemble mais je n'ai pas
le meme style, ni la meme histoire, ni les memes attentes etc et ect ecte .
Comme vous, j'ai si hate d'etre lu que je ne filtre pas ma prose, j'envois
mes textes avec des coquilles...tant mon coeur a hate d'etre aime' de
l'autre cote' de l'ecran... Aussi, je comprends le silence des autres. On
les ennuie avec notre demande qui depasse la notice bibliographique ou la
traduction d'un gallicisme, ou d'un anglicisme ou d'une chambre a louer...
Mais ces "specialistes" nous pompent le reseau,  avec leurs reponses qui ne
nous disent pas qu'ils nous aiment...

Internet ressemble de plus en plus au *Balcon* de Jean Genet ( un must
incontournable de notre siecle). Cette piece ou chacun va au bordel pour
refaire, le simulacre non -- de sa sexualite palpable-- mais de ses
aspirations ou metaphorisations de la quete de soi -- dan sdes roles
impossibles dans la vrai vie...Du coup, l'identite est un fantasme fixe' a
un certain moment de la course du temps en tel ou tel principe, image,
idee, personnage etc. Aussi, les fgures de juge, eveque, general du
"Balcon", sont semblables a tous les internautes theoriciens, scenographes,
bibliothecaires, acteus, antiquaire, professeur emerite, etudiant en quete
de merite... etc etc etc
Le theatre accumule les aspects de nous les plus sublimes et les plus
desatreux, car c'est de NOUS  dont il s'agit: humanite' de tous azimuts.
Nous ecrivons pour nous survivre dans la lecture d'autrui.

Voyez-vous, Pierre-Francois, j'ai le sentiment que vous etres passe' a
cote' de quelque chose a un moment ou le "courage"  ou "l'opportunite'" a
manque' pour faire des choix. Que le choix a failli sous l'exces de vos
attentes. Egare' dans l'exces d' effets d'autrui sur votre esprit. Je sais
ce dont je vous parle.J'en suis atteint. On ne finit jamais de ce
decoloniser. Autant qu'on a du mal a quitte' l'image qui nous a blesse' et
dont nous avons reve' ressembler et dont on voulait tant... Et puis, au fil
des ans et des douleurs, un inconnu qu evous croisez vous dit froidement,
"Vous souffrez d'une blessure d'orgueil, une blessure d'amour propre....
Elle emprisonne votre relation a l'autre."
C'est vite expedie' n'est-ce-pas ? Et la citation anodine commence son
travail... Nous avons tous vecu plus ou moins cette faillite -- et nous
n'en sommes  pas tous morts.

Les arts m'ont aide' a mieux vivre et a survivre. J'ai une gratitude
infinie pour Schubert et pour Mozart - et pour la lumiere de Jerusalem a
cinq heures du soir quand la fraicheur du desert vient se meler a la nuit
montante, et la Seine a cinq heures quand elle renvoie un soleil argente'
sur l'ile St-Louis... et le poeme "A la cinqo de la tarde" de Garcia Lorca
qui bat la mesure de toutes nos pertes...et le visage de Massacio - a
l'interieur de sa vaste fresque de l'Apotre Pierre et d'Adam et Eve
chasse's du Paradis, a la Chapelle Santa Maria del Carmine a
=46lorence...Masacio a cinq heures du soir, quand plus aucune lumiere solair=
e
ne vient frapper la fresque... Et le Parthenon a cinq heures si triste et
si imperturbable de tant de touristes agites, grisatre dans son air
pollue'... Et mes etudiants a cinq heurs sont si beaux et si fragiles quand
ils sortent de leur cours, quand ils croient avoir touche' le coeur battant
de l'acteur ou de l'actrice en  eux, et si decourage's le lendemain a cinq
heures quand ils comprennent que tout doit etre recommence'...

Tous ces soupirs amoureux sont inscrits en silence dans le silence des
internautes... Alors pourquoi brailler de facon si ostentatoire... Pour
etre aime a toutes les cinq heures du monde et sans aucun decalage horaire
de Reykiavik a Valparaiso..., d'Helsinki a Stanford...
Il faut voir cet eclat de l'oeil de Masacio qui est si contemporain depuis
cinq siecles que nos raclures langagiere sont friables a cote de cette
intemporalite' qui defie notre regard.  L'art peut nous apprendre a moderer
notre ego pour la jouissance meme de cet ego. Et tous ces discours
sceniques de cette fin de siecle dans lesquels j'ai appris a lire mon
propre chaos et que j'entend dans toutes vos lettres, et c'est ce soupir la
qui n'a pas rencontre' l'autre qui me force a vous ecrire. En ces phrases
trop  longues et qui se perdent dans la multiplicite inacheve'e de
l'univers. Moi, je reve d'un dieu musicien qui rendrait diaphane le corps
d=E9sirant des actrices et des acteurs...

Nous avons tous la peste. En tous cas une epine. Il faut une vie pour
effacer la cadence  d'avoir ete'. Car nous lisons le monde a travers nos
bequilles professionelles, de praticien ou de teoricien  masque's -- non de
nos idees-- mais de nos experiences affectives. Chaque invective  est une
histoire imcomprise, une blessure subie, une attente qui ne peut plus
reflechir ...

Je deviens moralisant, et je vous ennuie deja,  sinon que je cherche dans
la langue l'image vraie qui peut forcer votre attention... Plus jeune,
j'avais d'enormes complexes devant les specialistes. C'est que je croyais
dans mon innocence que la culture etait quelque chose qui s'ajoutait.
Puisque je croyais que la connaissance ultime etait d'essence divine, les
hommes avaient recueilli des miettes innombrables... et Dieu se gagnait au
pas de courses des musees, des theatres, des livres theoriques et des
galeries,... Comme une pyramide qui vous domine, comme un sphynx qui vous
soumet.. Un chateau de savoirs et d'avoirs. C'est pour cela que je suis
devenu un praticien. Pour connaitre par la bulle transparente de mes
experiences. Je n'ecris pas d'etre diplome' mais pour desembuer mes
pratiques...

Nous avons tous une epine dans le coeur. C'est nous meme, toujours  que
nous dechiffrons a travers la plume, les treteaux, la page ou la toile du
peintre. Ce qui est universel ce n'est pas ce que nous disons ou entendons
mais notre effort a dechiffer notre propre nuit intime, celle que nous
renvoie le travail de l'oeuvre de celui qui, par elle, en a fait le
chemein.

Celui qui fait ce voyage "au bout de la nuit" commet aussi des exces. Car
la peur est le vice de la meconnaissance.

Vous dites des conneries sur Celine. J'en suis fautif. Je fus le premier a
dire ( moi juif) que malgre ses raclures antisemites - sa langue est
eloquente.  Savez-vous que Celine a entretenu une correspondance tres
chaleureuse avec un ecrivain juif israelien et dont je possede les
photocopies. Allez comprendre les paradoxes des etres. L'exces dans la
metaphore finit par eteindre le reel. Dans son ecriture publique, il
s'emporte contre  l'impurete de l'Europe et dans l'intimite il tenait des
propos pro-sioniste... Allez-donc comprendre les contradictions des =EAtres.
Celine n'a pas incendie' l'Europe comme le peintre rate'...  que vous
devinez. C'est ainsi que Brecht appelait Hitler, par derision...quand il
parle  de l'Allemagne " avant que le peintre ne prenne le pouvoir"...

De quel effet enorme faut-il s'emparer pour vouloir effacer out un  peuple
dit "temoin"... Quel reve malade d'eternite n'est-ce-pas, qu'elle "fureur
sacre'e"...et  qui prenait des cours d'art dramatique pour mieux subjuguer
son public...Il a  des mots qui blessent non seulement de ce qu'il sont
mais de l'intention dissimule'e qui les porte. Voyez ou mene le besoin de
reconnaissance d'un " mauvais peintre"... Il a des sous-textes, dans les
compliments,  plus terribles que des injures, irreparablement. Croyez
toujours les menaces formule'es des politiciens, jamais leurs promesses.

La demesure de la forme dont nous abusons presque tous ( je salue ici la
modestie lumineuse de Spielman et de Russel)  peut commettre des ravages.
Il y a des mots plus meurtriers que des coups. Parce que les mots ne sont
pas des idees mais des gestes. Moliere, que j'aime de plus en plus, l'avait
si bien compris. Aussi il nous faudrait redescendre de nos promontoires et
je ne parlerai pas de "caquet" mais de glosseries abusantes.... Degonfler
nos beaudruches.

Il y a ceux qui ne disent rien mais ecoutent, certains me le disent, se
protegent, se cultivent ou attendent. Certains ecrivent et on ne leur
repond pas...et ils de'-esperent. C'est que l'espoir vit de l'Oreille de
lautre, de l'Attente.
L'ecoute est l'espoir ontologique de la parole.
Les oeuvres comme nos lettres sont des bouteilles jetees a la mer.
Internet, un vaste un ocean de bouteilles qui se croisent au gre des
courants...Et nous "surfons", en brisant des bouteilles, en en faisant
couler. Nous glissons sur l'ecume en meconnaissant la mer...

Tremblay nous a excite' un peu, car Queatre reside au Quebec et c'est bien
legitime d'avoir a parler de son voisin surtout quand il prend le soin
d'ecrire votre histoire... encore une fois, d'autres ecrivent, interrogent,
nourrissent et on ne leur repond pas. QU'est-ce que la voix d'un "tenor"?
Dites moi? Savoir frapper fort? Frapper haut? Frapper bas. Frapper a la
ceinture... Tirer a la courte paille? Ne pas rendre les coups et fermer le
canal...
Le monde fonctionne sur plusieurs niveaux de realite simultanement. Il y
des dimensions invisibles que certains nient parce qu'ils se satisfont que
des faits et effets perceptibles ou seulement utiles a ce moment-ci de leur
vie...
D'autre prenent l'utopie projective des ecrits pour de tangibles realites,
car c'est de l'Autre qui appelle et interpelle -- car les mots sont des
extensions conceptuelles du corps, des respirations de l'esprit en attente
d'un echo.

Nous aimons le theatre. Donc nous devons nous aimer.  Quelle betise me
disait Grotowski de dire une telle chose. On ne doit pas "aimer " le
theatre, car dans cette formule creuse c'est notre aspiration a nous-meme
que nous nommons. Aimer le theatre c'est accepter non les uniques benefices
de ses effets mais la discipline de son chemin. L'implacable difficulte'
qu'il y a a naitre de soi et a soi. Cela n'arrive que par la perte et le
don, soutenu par l'exemple...
Les acteurs malheureux sont malheureux de n'avoir pas trouve' et su
construire les circonstances de leur propre abandon createur. La
perte,l'abandon ( ce qui est le contraire du defoulement, car dans
l'abandon il y a don et retenue du don en sa perte qui feconde...). La
perte est une sexualite qui n'a pas gagner sa rencontre.  L'oubli donc
nourrit le savoir. Oublier est la condition incontournable de
l'imaginaire... On se trouve negativement. Aussi cette idee que vous
exprimez avec certains autres est d'une tristesse desolante, parce que
faussement fonde'e. Ses "professeurs d'universite'" qui savent du piedestal
de leurs diplomes est une bevue de votre limite... Une erreur grossiere. On
enseigne du seuil de son ignorance, la ou pour enseigner vraiment, on
interroge sa limite.  L'intolerance que j'entends sur ce reseau n'est que
crainte de soi face au limite de soi, face a son desir et que la parole de
l'autre, malgre' elle, met au defi .
La vie entiere est un diplome incomplet et qui ne se recoit qu'a l'entree
de la mort.

IL en est de meme de la construction d'un personnage. L'acteur trouve qu'au
momen de sa propre perte. Son personnage grandit par antitode a toute idee
de culture etdeja faite. Un personnage n'advient que de deconstruire ses
arrieres, ses assises, ses acquis. Un personnage n'est pas ce qu'il possede
mais ce qui le destabilise, le contraint a se nommer, s'avouer sur le fil
resistant de ce qui s'oppose, le surprend ou le subjugue de son amour. Un
personnage ne se construit pas sur une emotion toute faite mais sur des
contraintes surgies de la situation. Ecrire comem construire est une
sur/prise. Aussi ceux qui resistent a la parole d'autrui, quila denigre
pour n'en etre pas atteint, le font du seuil de leurs incertitudes , du
role dans la vie qu'il ne possede pas encore...De n'avoir pas assez perdu
le paraitre et ses prjuges pour advenir a ce monde comme receptacle de
nootre desir... Ce monde putain qui nous attend.
Un ecrit comme un personnage est une promesse. Ce nest pas un discours de
"specialiste"... Les acteurs chercehnt des ancrages intimes, precisement,
pour confronter le vide que l'acces au personnage requiert...


Et je reviens a vous Jean-Francois Gagnon, c'est a dire a nous tous,  nous
sommes trop pleins. Et nos  personnages sont "mauvais" malgre leurs bonnes
intentions. Ce n'est pas la bonne intention qui fait le bon texte, le bon
jeu,  mais le langage trouve' de son propre abandon. Je cherche cela en
ecrivant. Et je ne sais jamais si j'y suis. J'ecris pour apprendre cette
limite qui m'instruit de ce que je ne savais pas de moi et que l'ecriture
met a jour...C'est que nous ne sommes jamais. Nous advenons. Nous aspirons
a ce double qui nous ressemble. Comprenez-vous pourquoi il y autant de
divorce en cours, et autant de message sur le reseau, et tant d'adolescent
fievreux qui revent de s'identifier a Mede'e ou a Cyrano...et autant de
siolitudes dans les salles obscures.
Chacun attend la figure qui lui parlera. Le double qui se sera confondu a
l'opacite de nos desirs.


Les personnages sont nos passage a une mort a soi-meme, et quand l'acteur
s'est perdu dans le personnage qu'il construit, ce dernier lui retourne un
sentimenmt d'etre... Etrange paradoxe... Ca ne vous rappelle rien? Je vous
ecris pour me connaitre en vous parlant. Mai sje sai sque je ne peux me
renconter qu'en VOUS parlant. En vous ecoutant ecrire aussi. Voila pourquoi
et seulement pourquoi votre intolerance me blesse comme vous avez percu
vous meme qu'elle vous meurtrie... Bon, alors on est mur pour un cafe? Mais
dans quel pays etes vous ? Le reseau est anonyme sur les sources.
La theorie forge une pratique de la langue et dont la "chaos scenique" est
l'objet et le sujet en meme temps. Le discours scenique ne se fait pas sans
theorisation des consequences de tous nos mots et gestes. Car la scene est
une succession de choix. Vous voulliez un amour facile?  Vous avez perdu.
Communiquer reve de creer un effet sur le monde et consent a accepter que
le monde ait un effet sur nous. La taille des effets n'a pas d'importance.
C'est l'echange qui fait peur.

Toujours de l'etre a l'oeuvre. Nos enflures sont lamentables. Aimer
commence avec une discipline me dit un sage ami Chinois. La maitrise
entiere et totale de son medium me disait mon maitre. Le talmud dit la meme
chose. Si tu veux proteger ta femme discipline ton propre temps. Si ta
femme  veut te benir elle doit reconnaitre le cycle des choses. Il y a un
temps pour chaque chose.
Le danger vient de ce que les media de communication par leur immediatete
fulgurante dissolvent  toute idee de temperance, de discipline, en
rapprochant dangereusement nos  cibles, nos objectifs,  de la source, des
fleches de nos attentes enfouies.
Nous marchons tous a tatons. Memes les "specialistes"...

Nous allons tous desenfler vos phrases, toutes celles qui correspondent a
une armure pour adoucir votre fraglitee. Moi je pourrais apprendre a
interroger au lieu de repondre. A racourcir... A faire des phrases courtes
comme des aphorismes... Je peche comme vous - en tentant d'embrasser la
globalite du monde - de vouloir etre cent fois embrasse'. Vous connaissez
le proverbe...

Qui veut souffrir dites moi? Qui ne veut pas etre reconnu, entendu,
compris, approuve', aime', confirme'...  Alors disciplinons nos recherches
d'effets, nos impatiences et, de grace, ne crachez pas sur les diplome's,
car ils souffrent eux aussi. Je vous l'assure.

J'ai traine 15 ans pour finir un doctorat entre un mariage, une naissance
un divorce, des publications, deux ou trois exils et toutes sortes de
spectacles afaire et a voir,  et de comites, et de bureaucrates... j'ai cru
pouvoir reparer le monde qui etait le mien. Et j'ai juste appris a
comprendre ce que j'ai aide' a vivre et qui m'a fait vivre. Je possede
seulement le "savoir" de ce que j'ai aide' a faire passer. Mes mots sont
des compagnons d'armes et de veille'es. Je ne vous ecris pas a la lumiere
de mon diplome mais de mes ratages. En chaque phrase se love une defaite.

Je vois nos etudiants en maitrise. Chaque diplome est une naissance au
forcep. Parce que chaque diplome, comme chaque geste de creation de soi
nous oblige a nous  reconcilier avec notre pere et notre mere, a faire
plaisir a ce qui nous a nie' ou frustre', nos freres et nos amours et nos
amis,  notre langue et notre pays. Chaque diplome, comme chaque texte opere
une reparation symbolique, comme chaque parole e'mise, chaque action repete
un exil et une auberge impossible.

Alors ne tirez pas sur le pianiste, il se cherche aussi. Sa crampe vaut
celle de l'ecrivain. Cessez de diffuser cette image fausse de la culture
et du savoir comme d'une montagne rhetoricienne coupee de la vie. Les mots
sont vivants. Il y a des livres dans les bibliotheques qui gemissent d'etre
assis a cote d'autres  livres qu'ils n'aiment pas. N'entendez vous pas la
plainte, le soupir des livres qui siegent dans les universitees, les toiles
qui grincent et s'ecaillent dans les musees... et celle des lapins dans les
laboratoires et celles des lecteurs qui pleurent de se relire au detour
d'un chapitre.

Votre idee de la culture est mensongere. Elle est celle de l'autodidacte
qui ne percoit pas les merites de son errance. Vous voulez avoir acces.
Mais vous avez acces. Vous avez reussi votre coup mon vieux! Je ne dors pas
pour vous lire. Je ne dors pas pour vous ecrire. Vous avez votre diplome!
Mais vous n'en etes pas sur. Car personne ne vous l'a confirmee. Sinon vous
meme.

Vous n'avez pas pris votre independance face a la culture -- c'est de cela
qu'elle vous fascine. Nous sommes les professeur degeneres, les theoriciens
degeneres, les artistes ... Vous vous  souvenez j'espere. Ou vous preferez
Celine a l'amnesie. Vous vous etes simplement oublie' en chemin.  Qu'elle
vous fascise la peur du diplome. C'est la mise aux arrets de la fluidite
des choses, leur irrepresssible  pesanteur et qui reclame notre
discipline... En verite, les fascistes ont peur. Il cherche les solutions
rapides...finales vous dites?
Le fasciste -- que vous n'etes pas, je le crois -- transforme sa trouille
en brutalit=E9 -- pour ne pas avoir a reflechir l'alterite qui le force a se
nommer.
La haime du juif ou du croate ou du theoricien ou du diplome' ou de
l'homosexuel commence avec la meconaissance de notre propre mecanisme de
defense. Nous applaudissons ce qui nous ressemblent, fuyant ce qui force
notre limite.

Etre cultive' ce nest pas accumuler les savoirs et les diplomes mais
desapprendre sa propre peur.

Ce n'est pas la theorie qui vous a perdu. Mais quelques portes coincees et
que vous n'avez pas ouvertes... Et vous sonnez ou vous pouvez... comme moi,
peut-etre en ce moment.
Et je vous laisse avec cette petite phrase du poete Rene Char:
"Et maintenant reflechissez les miroirs".


Bien a vous,
Votre bavard affectueux.

/_/        (@ @)
(*)

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Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
tel:(1-514)2880418
fax:(1-514)2883514
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