référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-04/msg00127.html
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Mise en theatre ( ter ) DR ROGER D BENSKY



Eh oui, c'est un escalier sous forme de labyrinthe.......Avant de
repartir a Paris pour retrouver Lavelli qui monte ARLOC de Serge
KRIBUS, jeune auteur belge que Lavelli va lancer avant de quitter La
Colline, je voulais dire deux mots sur le jeu du comedien :  comment
savoir si l'on a de l'intuition sur l'art de jouer?
Qu'on se rassure, je ne vais pas tenter de resumer en trois formules
le mystere et la complexite du travail d'acteur. Mais puisque nous ne
savons pas de facon precise a Queatre QUI nous sommes, je me dis que
certains qui se cherchent trouveraient utile de recevoir quelques
indices.

Premier indice, que je dois a LAVAUDANT, parlant aux comediens de la
Comedie Francaise : SAVOIR SUR QUELLE VERITE ON ENTRE SUR SCENE.
Pour les anglophones, " Verite " doit se comprendre de facon double :
1/ " mental luggage ";  2/ " where was I ( the character ) five
minutes ago and why did I come on stage ? " Comme l'a explique G.L.,
il faut eviter " les entrees a blanc ".

Deuxieme indice, que je dois a la frequentation de MESGUICH  :  LA
SCENE, C'EST AUSSI L'INTERIEUR DE LA BOITE CRANIENNE. Autrement dit,
le " reel " est d'abord et prioritairement psychique. J'appelle cela,
en parlant aux Americains : " the voice from the back of the skull ".
C'est un indice tres utile quand on doit jouer le jaillissement du
desir ou l'irruption de forces inconscientes.

Troisieme indice  :  On sait qu'on a un don de comedien, ou que l'on
peut faire un travail utile en rapport avec le phenomene ludique, si
l'on saisit bien la chose suivante :  L'acteur sait que si le texte
est le point de depart obligatoire de sa prestation, il faut que,
dans un laps de temps tres court, le texte semble a la remorque de ce
qui n'est pas ( n'est plus ) lui. Autrement dit,  dans un spectacle --
-une representation-----qui MARCHE, les paroles prononcees par le
personnage s'inscrivent entre deux silences et surgissent comme la
forme verbale d'actes qui, eux, sont de nature preverbale. C'est pour
cette raison que les purs litteraires ont du mal a se situer face a
la rampe.

Quatrieme indice : Le vrai comedien sait qu'un contrat tacite relie
la scene et la salle : moi, dans la salle, je consens a me taire et a
me mettre entre parentheses, pour que vous, sur la scene, vous
m'offriez l'univers de la piece et vous m'invitiez a partager une
experience inconnue. J'ai une petite formule que j'utilise avec mes
etudiants washingtoniens : " LET ME SEE YOU SEEING,  LET ME HEAR YOU
HEARING -----whatever it is you are supposed to be seeing and hearing
ON STAGE ".

Voila.  Me voici enfin en bas de l'escalier -----et au bout de ma
petite causerie. THEATER ANYONE ???

Ludiquement

Roger-Daniel Bensky

PS : Les multiples conseils une fois mis a plat, l'ultime conseil que
je donnerais a un autre moi-meme, ce serait d'oublier tout ce que je
viens de dire ---ou alors  d'archiver----et de se lancer. On ne fera
jamais carriere dans le theatre a cause d'un raisonnement. C'est
plutot de RESONNER qu'il s'agit.......

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