référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-09/msg00006.html
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*Feluettes*/le corps a corps qui tue... Serge Ouaknine



*Feluettes*/le corps a corps qui tue...
Réponse (un peu longue ?) a Shawn Huffman

L'auto-consommation que vous interrogez est explicitement induite dans
votre excellent commentaire du Narcisse ou Echo est un Meme. Mais le "meme"
n'est pas un echo c'est un reflet. On est arrete' par un reflet, on est
reverbere' par un echo. Sorry but.. l'un n'est pas reductible a l'autre. Le
meme ne peut pas etre assimile' a un Echo. Il y a un intervale et une
transformation et une multiplication. Bien sur il s'agit ici d'une
metaphore mais ces figures de la mythologie grecque fonctionne parfaitement
pou comprendre les jeux de l'Etre et de l'Avoir en toute dramaturgie.
Narcisse est dans le visuel. Dans l'image du corps. L'auto-consommation
dont je parle refere a la "canibalisation" de l'autre dans la jouissance
physique des corps stricto sensu. Le sexuel peut ne pas etre l'amour mais
une relation de consommaton du corps (ceci independemment de votre
tendance...). C'est le corps ( le *vu* du corps qui est designe' chez
Dubois et non son *entendu*). La parole fonctionne sur le mode passionnel (
et admirablement !) parce que la tactilite' du son veut se substituer a la
tactilite' du corps jusqu'a ne plus pouvoir, jusqu'au delire de sa propre
limite. La verbalisation de ce reflet est au-dela du fantasme et ne permet
meme plus le fantasme ( le travestissement de l'autre ou l'autre vrai c'est
de l'autre tue') d'ou l'issue du miroir-cul-de-sac par un meurtre. D'ou le
delire de la parole dans la sexualite qui l'accompagne et qui ne peut pas
s'y substituer entierement. Les plus beaux chant d'amour sont des
sublimations sexuelles... La voix prend le relais du corps... Et vous avez
raison de ce point de vue, pour *les Feluettes*, le rapport au Martyre de
St-Sebastien fonctionne de maniere classique et quasi operatique. La
consubstantialite' du *vu* en un *entendu* passe par de la perte du corps.
Car encore une fois pour qu'il y ait echo il faut une mise a distance du
reve fusionnel... et qui ferait difference...du corps reel.

Les chanteurs d'opera le savent bien, la voix est paradoxalement une perte
de "contour physique" ( la voix de la Callas semblait venir de la salle et
non de la scene, car son degre de sublimation etait si exceptionnel que son
corps entier de-venait un echo rarefie', une etendue subtile du corps
amoureux en un echo amoureux. A ce niveau on est au-dela de
l'heterosexualite'.... Ce depassement du corps visuel vient de l'absence de
l'autre et non comme dans les pieces dont nous traitons d'une
surpresence... du corps. Dans l'echo il y un effet de globalite',
d'environnement qui depasse la frontiere du corps . NARCISSE PERD SON CORPS
DE VOULOIR POSSEDER (CONSOMMER) CETTE IMAGE DE LUI-MEME PARCE QU'IL NE
L'IMAGINE PAS ECHO... C'est pour cela que l'on associe la voix a l'ame et
la passion au corps... Dans "being at home", l'autre peut etre tue' car
c'est une image de soi qui est tue en l'autre, un reflet du meme en
lui-meme et qu'il tue de ne pouvoir le reduire a soi...Il faut tuer le tu
et taire le toi. Et cela est independant d'une lecture heterosexuelle ou
homosexuelle. La jalousie possessive ou le meurtre passionnel n'a pas de
frontiere. Ainsi le rapport au "meme" ne peut etre que dramatique et il
fonctionne dramatiquement jusqu'au  "dead-end" parce que ( encore une fois)
'il n'y a pas de "jeu", d'ecart, de distance pour que ca puisse tourner et
faire de l'" ailleurs".

Le fictionnel ne peut advenir que par l'emergence d'une alterite' qui vient
contrarier ce meme. A tel point que des etres en viennent a tuer ce qui ne
leur ressemble pas. Le passage ( qui n'a pas lieu ) de la Passion a l'Amour
suppose donc qu'un echo prenne le relais de ce qui cesserait d'etre un
reflet: la mise a distance et l'acceptation de cette distance, pour faire
du different qui ne serait pas de la repetition de soi. La symptomatique de
cette operation fonctionne en "tout milieu": il y a des hommes qui ne
voient pas leurs femmes et reciproquement. Et il a des couples homosexuels
aliene's de la meme facon. Le passage du VISUEL au SONORE est ce qui brise
le miroir. Si le miroir n'est pas brise' un des deux cotes de l'image doit
perir...L'autre est au dela du miroir, il n'est pas le
corps/objet/consommation il est une  difference sans autre statut que de
rayonner par sa difference. La perception de cela et de cela seulement
empeche le meurtre et distingue la relation passionelle de la relation
amoureuse... On peut tuer un corps-objet parce qu'on n'y percoit pas un
etre. Ce passage a Echo est celui de l'amour, non du *reflet* de soi mais
du *different*.
Le meurtre est toujours une violence contre soi que l'on exerce sur autrui
comme le suicide est une violence contre le monde que l'on exerce sur soi.
Pour quitter le masque qui voile la perception "malheureuse" ( tous sexes
confondus) il faut inventer de l'Autre qui ne soit plus, que du corps et
non plus, que de l'objet jetable. Encore une fois: ni masochisme, ni
romantisme mais manque d'une voix dans la lumiere....

C'est cela que j'entendais par cette notion d'auto-consommation. La
jouissance de deux solitudes comme reflet du meme c'est la passion ce n'est
pas l'amour qui avec et au-dela du corps introduit la jouissance de l'autre
comme advenance de son alterite'. C'est pour cela qu'il y a du desir et de
la seduction ludique dans ce qui nous est Exo/tique (sexotique?) et du
desir et de la fascination mortifere dans ce qui nous est desire' comme
volonte' morbide du semblable. La repetition du meme c'est ce qui nous
tue...


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        (@ @)
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Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
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