référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-03/msg00107.html
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     Conversation       

Grotowsky et Brecht BOURASSA ANDRE G



Notre collegue Alvina Ruprecht souhaite des interventions de Queatre sur
un debat qui se tient sur une liste anglophone ou les positions d'Artaud,
Grotowski, Schechner... sont remises en question au nom du
postcolonialisme. Il y a tellement de choses qui sont ressassees ici que
je ne sais par quel bout commencer. Disons que je m'en tiens pour
l'instant a Artaud.
Si quelqu'un ne voulait pas que le theatre s'enferme sur la scene, c'est
bien lui. Il ne faut pas oublier que la notion de cruaute, quand il
l'emploie la premiere fois, dans "Le Theatre de la Cruaute", est une
metaphore pour dire que le theatre doit etre action et non distraction:
"Tout ce qui agit est cruaute". Par la suite, au lieu de parler en termes
d'action, il parle en termes de cruaute, prenant la metaphore au lieu du
terme de depart, demarche typiquement surrealiste. La metaphore en a
enerve plusieurs, mais le terme de depart revient quand meme a plusieurs
reprises: "De meme que nos reves agissent sur nous et que la realite agit
sur nos reves..." Il parle ensuite de jouer parmi les spectateurs, de
recourir a des formes populaires comme le music-hall et le cirque. C'est
vraiment un peu vite dit que de parler de sado-masochisme.
Comment interpreter le style de jeu qu'il pronait? Les surrealistes qui
l'ont appuye un temps se consideraient au depart comme cubistes (Aragon
est explicie la-dessus) et donnaient le cubiste Apollinaire en modele.
Mais c'est plutot l'expressionnisme du dramaturge qui le premier a relance
Apollinaire et publie la premiere revue dite surrealiste, Yvan Goll, qu'on
retrouve chez Artaud. Du point de vue du jeu. Comment voir autrement ses
roles si prenants dans la _La Passion de Jeanne d'Arc_ de Dreyer et dans
le _Napoleon_ de Gance. Le role du Frere Dominique tel que dirige par
Dreyer est joue en mineure, mais il faut le prendre sur le meme pied que 
celui du  haut-clerge qui joue expressionniste en majeure dans ce film. Le
role de Marat, tel que dirige par Gance creve l'ecran de facon jugee par
plusieurs comme un modele de "cruaute", mais il n'est en rien different de
celui que Gance fait interpreter a Danton et a plusieurs autres tenors de
la Terreur. Sado-masochiste, l'expressionnisme? Je ne vois pas en quoi.
Sauf qu'on cherche a y rendre une action, un agir, qui creve l'ecran, et
que l'agir, dans se genre de jeu, peut se donner la cruaute en metaphore.
S'il y a une facon de ne pas s'enfermer sur la scene et d'interpeller le
spectateur, c'est bien celle-la.
Disons que je m'arrete la pour l'instant.
Amities, Andre G. Bourassa.
P.S.: Je finirai bien par dire un jour ce qu'un Quebecois pense quand on
lui dit qu'il est en periode "post-coloniale".

On Sun, 23 Mar 1997, Alvina Ruprecht wrote:

> Manuel Chapuseaux writes:
> > Date: 	Fri, 21 Mar 1997 22:41:36 -0500
> > From: "Manuel Chapuseaux" <c.manuel@codetel.net.do>
> ===================================================================
> 
> Pour les abonnes du Queatre, cette discussion sur la liste "theatre"
> est un exemple de la remise en question actuelle  -   surtout aux
> Etats-Unis, en Grande Bretagne et en Australie, dans le contexte d'une
> critique post-coloniale  -  des recherches de Schechner et de toute
> l'orientation anthropologique des  praticiens  du 'theatre-rituel"
> des annees 1960. Voila le sens du debat qui sous-tend les remarques qui
> suivent. B. Crowe, H. Gilbert et J. Tompkins viennent de publier deux
> livres interessants sur le theatre post-colonial mais qui remettent en
> question les notions de l'intertheatral ou du theatre transculturel pour
> les raisons semblables... il s'agirait de l'appropriation de pratiques
> qui ne peuvent avoir de sens que dans leur contexte d'origine. Et le
> fait d'avoir transplante certaines formes de performance dans un autre
> contexte indique un mepris profond pour la culture d'origine. Le resultat
> serait donc un theatre qui tourne a vide; enfin, je simplifie. Il me
> semble, pourtant, que ces critiques et celui dont il est question ici, ne
> comprennent pas les conditions ideologiques et politico-historiques qui
> ont produit le theatre de Grotowsky  au depart.
> 	Il y a aussi dans le texte qui suit une banalisation de la notion
> artaudienne qui est difficile a supporter (meme si les intentions sont
> ironiques). On voit que les debats changent selon le territoire
> linguistique -  phenomene en soi  fascinant.
> Alvina Ruprecht
> ======================================================================
> 
> > Michael D. Sepesy wrote:
> >
> > > Grotowski has inspired an entire genre of soulless, process-laden but
> > > ultimately empty theater.
> > > His is theater of cruelty in a real sense:  cruelty to the actors, for
> > > their "discipline" is pointlessly gruelling verging on
> > > sado-masochism; cruelty to the audience, for those unfortunate
> > > enough to attend such performances are treated to pretentious,
> > > mind-numbingly dull bouts of actors squiggling around trying to be
> > > novel to appease the gods of "stage movement"; and cruelty to
> > > the art of theater, for this sort of nonsense gives it a bad name and
> > > drives people away.
> >
> > I couldn't agree more. What disturbed me a little was the following:
> >
> > > Even Brecht realized on some level that the artist in theater has a
> > > relationship with the audience.
> >
> > EVEN Brecht? Especially Brecht! We all know that his theories are based
> > precisely in the goal of not enclosing the performance in itself (as
> > Naturalism or "Grotowsky-based" theatre do) but to make audience conscious
> > of all aspects of the theatre experience and, by analogy, of the social
> > reality it portrays. It would be difficult to find a more audience-tending
> > theatre than Brecht's.
> >
> > Saludos de,
> >
> > _________________
> > Manuel Chapuseaux
> > Teatro Gayumba
> > Santo Domingo, Rep. Dominicana
> > c.manuel@codetel.net.do
> > gayumba@hotmail.com
> > http://www.geocities.com/Broadway/2610/
> >
> 
> 
>