référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-04/msg00019.html
     Chronologie       
     Conversation       

Re: Beckett et Giraudoux serge proust



BOURASSA ANDRE G wrote:
> 
> Bonjour,
> Serge Proust, qui a deja lance une interrogation sur Beckett et Giraudoux,
> ewt revenu avec quelques informations additionnelle sur le sujet.
> Peut-etre pourrais-je suggerer quelques pistes d'exploration dans le but
> de resserrer la problematique et de faciliter les interventions.
> 
> >Je prepare une these dans le domaine de la sociologie du theatre a
> >l'Universite de Bordeaux II - Departement de sociologie. Ma question de
> >depart portait sur les raisons de la reference constante a la troupe
> >dans le champ theatral francais. A partir de l'histoire du theatre
> >public, principalement depuis 1959, et de la place occupee par quelques
> >experiences centrales (Les Copiaus; le TNP de Vilar; le Theatre du
> >Soleil) [...].
> 
> Le references aux troupes sont generalement un raccourci pour referer a la
> poetique d'un metteur en scene oeuvrant constamment avec les memes
> intervenants (Vilar et le TNP, Mnouchkine et le Theatre du Soleil,
> Maheu et Carbone 14...). Cette symbiose est plus facile a obtenir avec une
> troupe permanente qu'avec une compagnie ou les contrats de production sont
> souvent trop occasionnels pour mener a bien la realisation d'une poetique
> particuliere. L'evolution de certains membres sur le plan des concepts
> createurs entraine souvent des ruptures avec le maitre (Meyerhold par
> rapport a Stanislavski, Jouvet par rapport a Copeau, Barrault par rapport
> a Decroux...) et un recentrement. Il y a evidemment les luttes de pouvoir
> et conflits de personnalite qui, eux, sont bel et bien un phenomene de
> groupe, mais c'est autre chose.
> 
> >[...] j'essaie de montrer que cette reference s'appuie sur un refus
> >des processus de rationalisation a l'oeuvre dans le champ theatral.
> 
> Ici, bien humblement, j'ai besoin de precision sur le role de la "troupe"
> a ce sujet. Referez-vous au fait qu'on se contente parfois de suivre la
> methode d'une troupe a succes plutot que de se definir une poetique
> propre? C'est un fait que certaines "methodes", comme celle de Delsarte,
> ont survecu aux principes vite surranes (je pense a sa theorie trinitaire)
> qui les ont fait se developper.
> 
> >Dans le cadre de ce travail, j'integre les recherches sur les processus
> >d'innovation esthetique. Actuellement, je cherche des indications sur
> >les rapports entre Giraudoux et Beckett.
> 
> Tout a fait d'accord sur cette integration des processus d'innovation
> esthetique. Mais pourquoi cette importance accordee a Giraudoux? Beckett,
> dans la mesure ou il a vire cul par dessus tete la poetique
> aristotelicienne, avec une action qui n'en est pas une, une unite de temps
> qui n'en est pas une, une tragedie qui ne se situe pas dans le grand monde
> et n'est pas en vers, ca je comprends. Lire la-dessus Gerard Piacentini,
> "_Fin de partie_: Samuel Beckett critique d'Aristote", _Revue d'histoire
> du theatre_, vol. 46, no 1, 1994, p. 17-26, un article superbe. Mais
> Giraudoux? A cause de Jouvet?  Ce serait bien de preciser.
> Amities, Andre G. Bourassa.

Je tente de répondre à quelques questions et de préciser mon
interrogation. Je dois préciser que celle-ci est liée à la
constitutition d'une problématique de type (évidemment ??) sociologique.
Ainsi la désignation d'un processus de rationalisation est largement
inspirée par les thèses de Max Weber. Par cette référence à la
rationalisation (et pour faire très très très court) je veux montrer que
les différentes dimensions de l'activité théâtrales sont progressivement
"envahies" par des principes de rationalité qui lui sont totalement
extérieurs : contraintes politiques ou de gestion par exemple.
Pour ce qui concerne Beckett et Giraudoux, ce qui m'intéresse c'est leur
rapport respectif à la langue française et si j'ai "choisi" ces deux
auteurs c'est pour leur place respective centrale à deux moments de
l'activité théâtrale en France : Giraudoux avec Jouvet, membre du Cartel
et issu du Vieux Colombier, porteur d'une tradition que Beckett va
profondément subvertir ; Beckett donc qui d'une certaine manière
disqualifie (définitivement ?) cette tradition française.


-- 
serge_proust@lyc-42.ac-lyon.fr