référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-01/msg00017.html
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RE: Didi et Gogo Liliane Schraûwen



J'ai lu avec le plus grand intérêt et avec autant d'amusement que de surprise le texte ci-dessous.
Est-on certain que Beckett connaissait le chinois, ou du moins la signification de ces deux termes?  Évidemment, la coïncidence est trop belle pour être le fruit du hasard.
Une petite rectification cependant : il est inexact que les personnages ne prononcent jamais leurs noms respectifs.  À la deuxième réplique, Vladimir parle de lui et dit :
"j'ai longtemps résisté à cette pensée, en me disant, Vladimir, sois raisonnable".  En ce qui concerne Estragon, je n'ai pas le temps de vérifier, mais je suis quasiment certaine que lui aussi est nommé au moins une fois dans le dialogue.
Liliane schraûwen

-----Message d'origine-----
De:	Serge [SMTP:wusong@gol.com]
Date:	mercredi 14 janvier 1998 0:23
À:	Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet:	Didi et Gogo

Voici un petit texte qui amusera les amateurs de Beckett:

  SOLUTION POUR UNE PETITE ÉNIGME LITTÉRAIRE

                       Dans la pièce de Samuel BECKETT, En attendant Godot,
la plus célèbre du répertoire, les deux principaux personnages s'appellent
Vladimir et Estragon. Or, ces noms ne sont jamais prononcés dans le texte
même des dialogues . Entre eux, les deux protagonistes s'adressent la
parole l'un à l'autre sous les diminutifs de Didi et de Gogo.
                         J'ai eu l'occasion de lire plusieurs analyses
littéraires de cette oeuvre, mais je n'ai jamais vu d'interprétation
satisfaisante de ces deux sobriquets. En réalité, pour qui parle chinois,
cela saute aux yeux. Deux Chinois, lorsqu'ils sont amis relativement
intimes se désignent mutuellement par ces deux termes. Le plus jeune est
Didi et le plus âgé est Gogo. Cela signifie littéralement "Petit frère" et
"Grand frère".
                          Précisons que le "o" de "Gogo" est un "o" ouvert
comme dans "cotte" (de maille) et non un "o" fermé comme dans "Côtes" (du
Rhône).
La transcription officielle du Chinois, dite "Pin Yin", écrit "e" pour
représenter ce "o" ouvert, ce qui peut expliquer que l'on n'aît pas eu
l'attention attirée par la similitude entre Gogo le personnage et Gege
grand frère.
                           Je me souviens encore de ma crise de fou rire,
dans un cinéma de Shang Haï, entouré de spectateurs qui s'interrogeaient
sur ce qui avait pu provoquer cette réaction. J'avais été voir Le secret du
masque de fer d'après Alexandre Dumas. Les deux rois se retrouvent face à
face. Surpris, ils disent, dans la version chinoise: "Didi!" "Gogo!".
                            Naturellement, pour un Chinois, ces deux termes
impliquent un comportement social et affectif. C'est Gogo qui décide. En
tant qu'aîné, on l'imagine plus fort, physiquement, que Didi. Le plus jeune
respecte les décisions de Gogo. l'un sera plutôt paternel et l'autre plutôt
flatteur. Dans la tradition théâtrale populaire, Gogo serait le gros
costaud et Didi, le petit rusé.
                            Dans la pièce de Beckett, on peut effectivement
analyser les scènes sous l'angle des rapports de force entre les
personnages. Notre explication jettera une lumière nouvelle sur le
comportement de Vladimir et d'Estragon.

                                                            Serge LECLERCQ
Professeur au Lycée Franco-Japonais
                                                         Tokyo, 12 janvier 1998
e-mail: wusong@gol.com





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