référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-01/msg00039.html
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Re: Oralite et ecriture legris renee



Merci à Claude Champagne pour ses reflexions sur la langue et l'ecriture de
l'oralite.  Je constate que peu à peu en écrivant le francais sans signes
diacritiques comme nous faisons nous en viendrons à une langue qui ne sera
peut-être pas si lointaine de l'oral.

Ca donne à penser.... à notre langue francaise de l'Avenir....

Renée Legris

At 12:29 26/01/98 -0500, you wrote:
>        Chers membres de Queatre, pour mon memoire, je travaille sur une
>question qui en interessera peut-etre plusieurs, du moins je l'espere :
>celle de l'ecriture de l'oralite, plus particulierement dans le domaine de
>l'ecriture theatrale.  Outre la question a savoir si l'auteur ecrit une
>partition devant etre interpretee ou s'il redige un plan d'architecte
>auquel les interpretes (metteur en scene compris) doivent se soumettre a la
>lettre, plusieurs auteurs quebecois ont une maniere particuliere et unique
>a chacun d'eux pour «transcrire» l'oralite.  Pour moi, ici, il n'est pas
>question de parler de ce qu'on a appele le «joual» ou autre terme pour
>definir une langue a saveur regionaliste.  L'aventure du «joual» au Quebec
>dans les annees 60 et 70 a ete interprete comme une revendication, une
>tentative d'affirmation nationaliste plus que nationale; cette langue
>«unique» aux quebecois que certain ont tente de promouvoir comme une langue
>a part entiere.
>
>        Pour ma part,  aujourd'hui, lorsque des auteurs ecrivent une langue
>orale, jusque dans sa graphie, nous sommes loin de considerations
>politiques.  Il s'agit la d'un geste, d'une position artistique qui se
>defend.  En effet, un auteur c'est d'abord une langue, le choix d'une
>langue.  Et la facon qu'ont chacun des auteurs de «transcrire» l'oralite
>leur est propre et fait partie de leur langue d'auteur.
>
>        Lorsqu'un auteur ecrit «chus», «chu», «chuis» ou «j'suis» (tous mis
>pour «je suis»), la question n'est pas de savoir si un lexique doit
>legiferer sur la bonne utilisation de la contraction.  Ou meme s'il s'agit
>vraiment d'une contraction, ou s'il ne s'agirait pas la plutot
>«d'invention».  Les exemples sont aussi nombreux qu'il y a d'auteurs.  En
>effet, lorsqu'un auteur decide d'ecrire «aicque» (mis pour «avec»), outre
>le fait que l'auteur marque d'une identite linguistique son personnage, si
>je puis dire, quelle part d'invention peut-on donner a cette transgression
>du code, au sens de la fonction poetique?
>
>        Il s'agit la d'une amorce pour discussions.  En tant qu'editeur,
>mon collegue et moi nous nous retrouvons presque quotidiennement devant ces
>questions d'utilisation de la langue de la part de nos auteurs dans la
>correction et revision des textes.  De plus, en tant qu'auteur nous meme,
>ces questions nous preoccupe doublement.  Autant dans notre pratique que
>dans notre travail d'edition, nous en sommes venus a nous rapprocher du
>code.  Ainsi, je favorise maintenant l'utilisation du «i», plutot que du
>«y», lorque mis pour «il»; meme si esthetiquement c'est moins... joli.
>Pour le lecteur, le rapprochement avec le code me parait plus evident.
>Encore la, les exemples sont nombreux.
>
>        En fait, il s'agit aussi du statut litteraire de l'oralite.  Depuis
>longtemps, beaucoup d'auteurs quebecois ecrivent une langue orale, et ce
>bien avant le «joual» des annees 60 et 70.  Cette oralite n'est pas le
>propre seulement des auteurs d'ici.  Shakespeare, Moliere et autres, ont
>marque dans leur texte des personnages d'une langue particuliere,
>differente.  Le plus souvent, pour marquer une difference de classe
>sociale; roi et reines ne s'expriment pas de la meme facon que les gardes,
>qu'on pense aux fossoyeurs du vieux Will.  Du cote des romanciers, je pense
>aux americains Faulkner ou Steinbeck qui puisaient tous deux abondamment
>dans l'oralite.  Qu'en est-il des Africains, des Belges, et meme des
>Francais?
>
>        Est-ce qu'une langue est plus litteraire, a-t-elle plus de valeur
>parce que plus conforme au code?  Quelle valeur doit-on attribuer a
>l'invention, au sens de la transgression du code comme fonction poetique?
>
>        Voila, si il y en a parmi vous que ces questions interessent et/ou
>qui travaillent sur ces sujets, je vous serais reconnaissants de
>m'eclairer, autant par vos commentaires que par des renvois a des ouvrages
>traitant de ces questions portant sur l'ecriture de l'oralite et son statut
>litteraire.
>
>        Au plaisir!
>
>
>Claude Champagne
>
>
>
>