référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-02/msg00005.html
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Re: Oralite et Jean Cleo Godin Claude Champagne



>        Peut-être le savez-vous déjà, mais Présence francophone de
>Sherbrooke a publié en deux numéros les Actes d'un colloque sur l'oralité
>qui a eu lieu à Paris XIII il y a quelques années. J'y avais amorcé une
>réflexion sur cette question en étudiant particulièrement celui que j'ai
>nommé le «champion de l'incohérence», Jean-Claude Germain.
>
>Jean Cleo Godin                           godinjc@ere.umontreal.ca
>Departement d'etudes francaises           (514) 343-5918
>Universite de Montreal                    (514) 343-2256 (telecopieur)


        Oui, effectivement, il y a sûrement lieu de se pencher longtemps
sur l'écriture plus qu'orale de Germain.  Outre le fait que,
personnellement, je juge ses pièces, permettez-moi l'expression, «passées
date»... (elles tentaient tellement de correspondre au souffle d'un certain
moment présent, qu'aujourd'hui elles sont devenues un peu sans saveur).  Et
aussi dramatiquement, disons... que c'est plus l'oeuvre d'un homme de
parole aimant l'histoire.  Mais, bon, l'avenir nous le dira et me fera
peut-être mentir.

        Quoique, récemment, je l'entendais à la radio discuter justement de
sa façon de rendre l'oralité dans son écriture.  Il faudrait que je relise
et que j'aie ses textes en main pour vérifier s'il existe une «cohérence»
au niveau de son lexique, des choix et des emplois de mots.  Si une pensée
se dégage quant à l'utilisation des «inventions», si une réflexion émane de
ces choix, ou si tout cela est soumis au régime de l'arbitraire du moment.
Y a-t-il une constance qui s'installe ou une évolution dans l'écriture et
la réflexion menée sur l'écriture de l'oralité.

        À cette époque, Germain, un peu comme Garneau aussi d'ailleur,
écrivait des pièces comme des plans d'architecte que les comédiens devaient
respecter, non pas à la lettre, mais au son près.  L'oralité résidait
surtout dans «l'accent» que l'auteur souhaitait entendre.  Et si Germain
écrivait «pére», «Nâël» ou  autre, il disait que dépendamment d'où
provenait le comédien, l'accent n'était pas le même et il croyait donc
devoir écrire les accents.  Ça peut sembler futile ou intransigeant (Becket
n'a-t-il toujours pas refusé que les personnages de «Godot» porte autre
chose que des costumes gris!), mais si pour l'auteur, la manière de dire,
de prononcer certain mot était pour lui une façon de «marquer» l'identité
(linguistique, sociale, culturelle, territoriale, etc) de ses personnages,
et que cela lui parusse important, voire primordial, pourquoi pas!

        Bien sûr, on peut douter d'une réelle démarche sur l'écriture de
l'oralité lorqu'on sait que Germain agissait, parmi son groupe, plutôt
souvent à titre de «transcripteur» de ce que les comédiens improvisaient.

        Ceci étant dit  -  je me suis un peu laissé emporter par le
sujet...  ;)  -   j'aimerais beaucoup lire votre travail dans la revue que
vous mentionniez plus haut.  Croyez-vous que je puisse aisément me procurer
ce numéro via la bibliothèque de l'UQAM?  Sinon, pourriez-vous m'indiquer
comment?

        Merci et au plaisir!