référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-02/msg00016.html
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Quem quaeritis BOURASSA ANDRE G



Bonjour!
Michel Rrousse a bien voulu me donner des renseignements sur le _Quem
quaeritis_ qu'un de nos membres, Bernard Lavoie, veut inclure dans la
representation d'une Passion preparee avec nos etudiants. Je vous
retransmets ses information, extremement precises. J'ajouterai que Bernard
avait une edition du texte, latin et francais, mais sans musique:
_Le Theatre religieux en France, du onzieme siecle au treizieme siecle_,
introduction et adaptation de A. Jean Roy, Paris, Bocard, 1964. Il s'agit
de la version de Rouen.
Puis, dans notre propre bibliotheque de musique, l'etudiante Sophie Da
Silva a deniche une version avec musique, mais en notes carrees et
cle de do, ou nous cherchons a comprendre s'il y a des signes rythmiques
(toutes notes egales, aucune pointee), mais il ne semble pas:
_Drames liturgiques du Moyen-Age (texte et musique)_, par E. de
Coussemaker, Rennes, Vatar, 1860.
Il s'agit du meme texte que celui publie par Roy: version de Rouen.

---------- Forwarded message ----------
From: Michel Rousse <Michel.rousse@Uhb.Fr>

Vous posiez une question recemment sur le _Quem quaeritis_. Ce texte est
en effet precieux, puisqu'il represente dans notre monde de culture
"occidentale" les premiers pas de ce que l'on peut appeler le theatre.
Vous faites etat de recherches dans des livres liturgiques. Il existe
plusieurs versions du trope "quem queritis" qui reprend en trois phrases
les repliques echangees entre les trois Marie qui sont venues au tombeau
du Christ et l'ange qui leur annonce la Resurrection. Ce trope se
rencontre dans des versions differentes selon les centres liturgiques;
ce sont d'abord des tropes, c'est-a-dire des echanges chantes; mais peu
a peu on joua cet echange et trois diacres jouerent les trois Marie qui
se rendent au tombeau en portant des onguents; un autre jouait l'ange
assis sur le tombeau. Pour tout ceci, le livre de K. Young, _The Drama of
the Medieval Church_, apporte des informations completes, et donne le
texte latin de ces pieces liturgiques.

Pour ce qui est du theatre, le Xe siecle nous offre le temoignage
d'Ethelwold, moine benedictin, qui apres avoir sejourne en France,
devint eveque de Winchester. Voulant donner plus de rigueur et une plus
grande uniformite aux ceremonies du culte dans les monasteres de son
ressort, il ecrit un ouvrage intitule _Regularis Concordia Anglicae
nationis monachorum sanctimonaliumque_. Il y inscrit en particulier des
indications pour le deroulement des ceremonies de la Semaine Sainte. Les
suggestions qu'il propose se fondent sur ce qu'il a vu faire dans les
monasteres de Fleury-sur-Loire (aujourd'hui Saint-Benoit-sur-Loire) et
de Gand. Nous possedons ainsi la description de ce qui est sans doute le
plus ancien drame liturgique que nous connaissions, puisqu'Ethelwold
ecrivait entre 965 et 975. 
La matiere que ces ceremonies mettent en oeuvre provient d’un episode
des Evangiles : les "saintes femmes", venues avec des onguents pour
ensevelir le Christ, trouvent le tombeau vide ; un ange assis sur la
pierre de l'entree leur annonce la resurrection du Sauveur. Dans la nuit
de Paques, l'office des Matines commemore l'evenement.  Cette
commemoration qui se fit d'abord sous la forme d'un trope reproduisant
le dialogue de l'ange et des saintes femmes, le "Quem quaeritis", prit
des dimensions veritablement theatrales.
Le livre de Young reproduit une page du manuscrit de la _Regularis_,
visiblement la musique n'y est pas notee.
Une etude plus recente en a ete faite par Blandine Berger, _Le drame
liturgique de Paques_, Paris, Beauchesne, 1976.
J'en ai presente quelques aspects dans un article paru dans _L'acteur en
son metier_, textes reunis par Didier Souiller et Philippe Baron
(Editions universitaires, Dijon, 1997)
L'office du Saint Sepulcre suivant l'usage de Rouen (13e siècle), qui
est plus tardif et plus developpe que le texte de la _Regularis
Concordia_, est accompagne d'une musique qui l'on retrouvera dans _Gaste,
Drames liturgiques de la Cathedrale de Rouen_, Evreux, 1893.
L'office du Saint Sepulcre de Fleury (13e siècle) a ete edite en fac
simile et le texte et la musique en ont ete transcrits de facon moderne
dans _Sacre Rappresentazioni nel ms. 201 di Orleans, Testi e musiche
trascritti e commentati da Giampiero Tintori_, Cremona, Aetheneum
cremonense, 1958. p. 50 ss.
On trouve une traduction en francais de plusieurs de ces offices (très
proches les uns des autres) en appendice du livre de Blandine Berger.

Voila un message bien long, je ne veux pas qu'il ennuie par sa longueur
les lecteurs de la liste, je vous l'envoie donc directement, en vous
priant d'excuser le caractère un peu technique de ces indications,
Si vous le souhaitez, je pourrai joindre a un message le texte complet
de mon article.

Tres cordialement, 

Michel Rousse