référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-09/msg00019.html
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Kantor La poule d'eau - Synthèse / Question sur son suicide Jean-Jacques Delfour



Bonjour.
Merci à tous pour les messages reçus et les pistes indiquées.


Le texte est de Stanislaw Ignacy Witkiewicz. Comme tous les textes de ce
génial polonais, le débat tourne autour de l'art, la drogue,la mort, la
métaphysique, la perte de "être, les concepts de la Théorie de "Forme
Pure" de l'auteur et ses relations fantasmatiques avec la psychanalyse
et les femmes...le tout coloré par un sentiment compulsif
d'inassouvissement et un certain "catastrophisme" qui pressent venir la
grande barbarie de la seconde guerre momdiale...
Kantor a choisi une cave a Nancy, afin de rester fidèle à son propre
lieu de recherche de l'époque (une cave/taverne/théâtre laboratoire de
Kracovie).
Kantor a construit son propre formalisme de peintre/metteur en scène sur
les traces de l'oeuvre et de l'univers de Witkiewicz -- une espèce
d'archétype nationale de l'avant-garde surréaliste tragique polonaise.
Witkiewicz  fut peintre, philosophe, dramaturge et toxicomane. Lire à
cet effet l'excellente étude de Van Crugten sur Witkiewicz... et sur
Kantor celles de Georges Banu...
S.O.
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Une référence: Cahiers Renaud Barrault, 1970, 3. Texte théorique inédit:
Introdcution à al forme pure au théâtre.
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WITKIEWICZ STANISLAW IGNACY, dit WITKACY (1885-1939)
Auteur dramatique, romancier, essayiste, théoricien de l’art et peintre
polonais, StanisLaw Ignacy Witkiewicz naît à Varsovie dans une famille
de la petite noblesse terrienne originaire de Lituanie. Fils unique du
peintre et critique d’art StanisLaw Witkiewicz, il reçoit une éducation
peu commune qui, le plaçant dès son plus jeune âge en marge (à côté et
au-dessus des autres), en fera un individualiste irréductible.

Il se dirige d’abord vers la peinture et suit les cours de l’Académie
des beaux-arts de Cracovie. En 1910, une liaison tumultueuse avec une
actrice célèbre lui inspire son premier roman: Les 622 Chutes de Bungo
ou la Femme démoniaque . Après la guerre de 1914-1918, qu’il fait à
Saint-Pétersbourg, dans la garde impériale (originaire de Varsovie, il
était alors sujet du tsar), commence pour lui, de 1918 à 1926, une
période de fécondité exceptionnelle. Dandy déjà célèbre par ses
excentricités, il peint beaucoup et écrit énormément, surtout pour le
théâtre. En huit ans, il produit une trentaine de pièces (dont dix-neuf
seulement nous sont parvenues) sans compter des écrits théoriques
(Théâtre , Introduction à la théorie de la forme pure au théâtre , etc.,
1923) et de nombreux articles de journaux, le plus souvent violemment
polémiques.
Ses pièces, écrites très vite (il ne se relit jamais) et de valeur très
inégale, illustrent toutes ses théories esthétiques sur la «forme pure»
au théâtre. Il donne, entre autres, Les Pragmatistes  (1919), Eux
(1920), L’Indépendance des triangles  (1921), La Métaphysique du veau à
deux têtes  (1921), La Poule d’eau  (1921), L’Œuvre sans nom  (1921), Le
Fou et la Nonne  (1923), La Mère  (1924) et enfin, en 1925, La Sonate de
Belzébuth . Onze seulement de ses trente pièces seront jouées, la
plupart du temps pour une ou deux représentations, dans des théâtres
expérimentaux.

Après 1926, son activité se ralentit beaucoup. Sujet à des crises de
dépression de plus en plus profondes, il s’enferme en des méditations
métaphysiques. Il fera paraître encore deux romans: L’Adieu à l’automne
(1927) et Inassouvissement  (1930); en 1931, il en commencera un
troisième, La Seule Issue , qu’il laissera inachevé. Enfin, en 1934, il
écrit sa dernière comédie, Les Cordonniers , dont le ton tranche assez
nettement sur sa production antérieure.
Le 18 septembre 1939, Witkiewicz, qui fuyait à pied l’envahisseur nazi,
constatant l’effondrement des valeurs de culture et de civilisation
qu’il a toujours défendues, se suicide à l’orée d’un petit bois de
Polésie.

Le théâtre de Witkiewicz est actuellement très prisé en Pologne. On voit
en lui un précurseur non seulement de Gombrowicz et de Mrozec, mais
aussi de notre théâtre dit de «l’absurde». Pourtant, les préoccupations
de Witkiewicz étaient assez éloignées de celles d’un Ionesco ou d’un
Beckett. Son théâtre est avant tout une tentative — un peu désespérée —
de transposition à la scène des révolutions picturales de la fin du XIXe
siècle. Il voulait des éléments scéniques (situations, décors,
personnages, dialogues) non contingents, enfin dépouillés de tout
assujettissement au réel. Cette recherche exaspérée d’une théâtralité
pure, il ne réussira pas à l’affranchir d’une surabondance de
littérature, peut-être parce que, arrivé trop tôt, il n’a pas disposé de
la scène qui lui aurait permis d’expérimenter réellement ses théories.
Son théâtre, qui reste joyeusement destructeur, est fondé
essentiellement sur une arme à double tranchant: la parodie. Aussi ne
réussit-il que rarement à produire le «rêve étrange» qu’il réclamait,
qu’il avait sans doute entrevu et que d’autres, plus tard, approcheront
par des voies plus sûres.
_

Je peux me tromper bien sûr, mais le titre de la pièce me fait penser
que Kantor serait plutôt le traducteur. La pièce que je connais sous le
nom "La poule d'eau" est une pièce de Stanislas Ignaci Wietkiewitz,
auteur polonais qui s'est suicidé lors de l'invasion de la Pologne par
les troupes nazies. Le titre original en est "Kurka Wodna", expression
de l'aristocratie polonais signifiant merde.
LD
_
J'aimerais ajouter quelques precisions, sur l'auteur-meme plutot
que sur la piece et la mise en scene de Kantor (je ne saurais pas
d'ailleurs le faire mieux que Serge Ouaknine);

Stanislaw Ignacy Witkiewicz, connu plus souvent sous son pseudonyme
"Witkacy", s'est suicide lors de l'invasion sovietique a l'est
en septembre 1939, et non pas l'invasion nazie a l'ouest  - ce qui
est peut-etre un detail, mais un detail fort significatif !!!
d'autant plus pour l'homme qui, durant toute sa vie, faisait
tout son possible pour scandaliser l'entourage et paraitre
un homme totalement coupe de la vie quotidienne ...

"kurka wodna" - peut, effectivement, vouloir dire la meme chose
 que "merde";   - c'est une expression bien vieillie, a ma
 connaissance, ce n'etait jamais une expression aristocratique;
EK
_
Cf les ouvrages de Denis Bablet :
Tadeusz Kantor, Le Théâtre de la mort, éditions L'Age d'Homme, Lausanne,

1975.
Les Voies de la création théâtrale, volume XI (éditions du CNRS, Paris,
1983).
On trouve là études et documents sur les créations théâtrales de Kantor
jusqu'au début des années 1980. Pour les dernières productions, il faut
se reporter au 2e volume des Voies de la création théâtrale consacré à
Kantor (je crois le n°XVIII).
DP

Merci à tous pour votre générosité.

Cependant.

Il semble y avoir un désaccord avec Ewa Kalinowska, Universite de
Varsovie, Pologne
(kalewa@plearn.edu.pl), sur les causes du suicide de Witkacy;

A ma connaissance, ce sont les nazis qui ont d'abord envahi la Pologne
le 1er septembre 1939; Le pacte germano-soviétique (23 aout 1939) a  été
suivi par l'invasion nazie qui dès le 8 septembre était aux portes de
Varsovie qui ne capitula que le 27. En effet, les troupes soviétiques
ont de leur côté, conformément aux accords du pacte (partage
d'influence), envahi la Pologne le 17 septembre. Witkacy se suicide le
18. L'affirmation de notre amie de l'Université de Varsovie semble
plausible. En France, divers dictionnaires et encyclopédies donne
pourtant pour motif implicite ou explicite du suicide l'invasion nazie.
Il est fort possible qu'ils se trompent. Ce serait bien d'en avoir le
coeur net.

Ewa Kalinowska peut-elle nous donner détails sur les circonstances de ce
suicide. Elle semble suggérer que Witkacy avait davantage peur des
soviétiques que des nazis...

JJD


Merci à tous.