référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1999-01/msg00065.html
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Re: Le langage populaire, outil de pouvoir BOURASSA ANDRE G



Bonjour!
Un  petit mot sur cette question de la langue populaire, à partir d'une
réflexion de Jean Duvignaud. Ce dernier, de passage à l'UQAM en octobre
1988, à l'occasion du colloque international "Le Théâtre au Québec.
Mémoire et appropriation" qui avait été  organisé par ce qui est
aujourd'hui la SQET (Société québécoise d'études théâtrales), accepta de
venir rencontrer les étudiants du Conservatoire d'art dramatique de
Montréal où je donnais le cours d'histoire du théâtre.
Après l'avoir attentivement écouté, un étudiant lui posa une question
piège, qui avait nettement pour but de mettre en boîte leur professeure 
de mise en scène, Cette dernière, qui faisait répéter une scène classique, 
avait la malheureuse habitude de les réprimander en disant que ce n'était
pas comme cela qu'on jouait au temps ds classiques. D'où la question:
"Comment jouait-on à l'époque classique?"
La réponse ne se fit pas attendre: "On n'en sait à peu plès rien!" Sur le
jeu, à peine quelques brefs indices, comme celui qui est cité dans _Le
Théâtre_ de Couty et Rey, p. 50. Sur les costumes: ne pas trop se fier aux
peintures bien connues parce que les poses se faisaient probablement avec
les vêtements princiers de celles et ceux qui commandaient la toile. Sur
la langue, Duvignaud eut un petit sourire: beaucoup de comédiens venaient
de province et avaient un accent qui était sans doute proche de celui
qu'on entend encore au Québec.
Là-dessus, je reviens à votre question: l'emploi d'accents et de termes 
provinciaux, dans une pièce comme _Dom Juan_ de Molière, a un peu pour but
de faire rire la Cour, où on s'efforce alors d'épurer la langue. C'est un
peu comme _Les Précieuses ridicules_ à rebours. Mais cet emploi vise
aussi, à mon sens, moins à faire "peuple" - c'est un phénomène qu'on
observera plus tard -  qu'à jouer sur le statut provncial cconnu de
certains comédiens, faisant voir qu'on avait connaissance et maîtrise
de ces questions de langue et de manières. Je ne suis pas expert en la
matière, et je tends ici la perche à certains d'entre nous qui le sont.
Mais les jeux de pouvoir dont fait état votre question ne se limitent
sûrement pas au politique, surtout pas au XVIIe s. Le XVIIIe s., c'est
déjà autre chose, notamment dans la pratique fréquente des échanges de
rôles entre maîtres et valets. Peut-être faut-il parler de pouvoir
culturel: de quel côté devaient pencher les faveurs, les subventions et
les décisions royales en matière d'art, de lettres et de langue.

Amitiés, André G. Bourassa <bourassa.andre_g@uqam.ca>.

On Tue, 26 Jan 1999, Jean-Francois Hamel wrote:

> Bonjour à tous,
> ceci est un appel à la connaissance Quéatrale:
> 
> Je dois traiter de l'utilisation du langage populaire, tel que présenté
> dans le théâtre français du 17e siècle, afin de démontrer l'utilisation qui
> en était fait pour "détrôner" quelques instants les instances du pouvoir
> établi.  Pourriez-vous me conseiller quelques ouvrages de référence?
> 
>