référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1999-03/msg00053.html
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HORS SERIE THEATRES DES MONDES ARABES Jean-Jacques Delfour



PRESENTATION DU HORS SERIE THEATRES DES MONDES ARABES
	SAMEDI 20 MARS A 15H AU THEATRE INTERNATIONAL DE LANGUE FRANçAISE
	PAVILLON DU CHAROLAIS DERRIERE LA GRANDE HALLE DE LA VILLETTE
			M° PORTE DE PANTIN- PARIS-FRANCE.


ON PEUT SE PROCURER ce Hors-série EN CONTACTANT LA REVUE CASSANDRE :
49A AVENUE DE LA RESISTANCE 93100 MONTREUIL-FRANCE.
 TEL : 01 42 87 43 20 - FAX : 01 42 87 43 99


				PRESENTATION

Cassandre a pour obsession de relier le théâtre à ses sources, de le
prévenir des dangers de l’académisme et de l’appartenance exclusive à
une élite. Pour comprendre comment cet art se rattache à d’anciennes
traditions communautaires comme le conte, le théâtre d’ombres ou les
rituels religieux, comment il peut être un outil pour tenter de
ravauder
les mailles de sociétés occidentales qui se posent en modèles
planétaires, il nous faut sortir de nos frontières culturelles,
explorer
le monde pour voyager dans notre histoire. C’est ce que nous avons
voulu
faire, en nous heurtant aux paradoxes de la représentation, entre ses
sources mystiques, sa fonction festive et politique, et sa tendance
mortifère à se cloîtrer dans une catégorie.
On a souvent dit que dans les traditions arabes l’interdit religieux
était à l’origine de l’absence de « théâtre » au sens où nous
l’entendons aujourd’hui. De fait, Louis Massignon rapporte qu’on
trouve
dans les Hâdiths1 une condamnation des artistes faiseurs d’images,
menacés d’être punis au Jugement dernier. Mais ce n’est sans doute pas
le plus important dans la divergence d’évolution des formes de la
représentation entre les deux rives de la Méditerranée, et on pourrait
gloser à l’infini, relever par exemple avec Joseph Khoueiri2 que les
Maqamâts ou le zajal libanais furent considérés comme autant de
dialogues de théâtre… Ce qui est essentiel dans les formes prises par
les « arts de la scène  », c’est ce qu’elles portent d’un mode de
relation à l’autre et au monde. Le vrai clivage est sans doute à
chercher, comme pour les cultures noires africaines, dans la
persistance
de modes de vie communautaires qui donnèrent lieu à des expressions
beaucoup plus « interactives » que celles du théâtre occidental
actuel,
avec sa confrontation scène / salle et cet infranchissable fossé entre
spectateurs et acteurs.
Ainsi, comme l’ensemble de cette culture planétaire dite « moderne »
qui
prétend un peu vite à l’universalité, les formes scéniques nées en
Occident, en plaçant le public dans une situation de consommation,
rendent-elles compte aujourd’hui d’un mode de vie de plus en plus
atomisé. Un mode de vie où la culture et l’art tendent, en se
spécialisant, à dangereusement s’éloigner de la vie réelle. Le théâtre
à
l’italienne, avec tout ce que son architectonie induit de codes
sociaux,
a-t-il sa place entre le souk et la médina ? S’il la trouve, c’est que
les sociétés tendent à s’uniformiser.
Première étape connue de la contamination : en 1847, Maroun Naqqach
monte au Liban la première véritable représentation théâtrale en terre
arabe, Al Bakhil (L’Avare), très librement adapté de Molière. Dans
quel
sens faut-il entendre l’événement fondateur ? S’agit-il simplement
d’une
forme coloniale imposant ses normes au sein d’une culture qui lui est
étrangère ? Cette forme est-elle au contraire remodelée, réappropriée,
au profit d’un rapport général à la vie qui s’insinue en elle et la
transforme ? Partout où l’homme doit parler à l’homme, partout où les
mots et les signes sont indispensables, c’est ce remodelage et cette
réappropriation qu’il nous faut chercher et escorter.

Si la situation était inéluctablement figée, si les formes n’étaient
susceptibles d’êtres transformées, subverties, utilisées à d’autres
fins, s’il ne se trouvait des individus d’exception pour inverser le
cours du destin, ce hors série n’aurait pas lieu d’être. Mais, comme
toujours et comme aujourd’hui dans nos propres déserts culturels
urbains, les outils de la domination peuvent devenir des clés de
libération et d’invention d’autres langages.
Dans l’éternel et vain conflit que vit le théâtre, entre le genre
littéraire et l’instant collectivement partagé, les cultures arabes,
comme celles d’Afrique noire, nous gardent de désespérer. Ces
civilisations, où les formes de ce que nous appelons représentation
furent longtemps fondées sur l’oralité et le rituel, conservent la
nécessité de la parole et du geste comme mémoire du groupe, témoin de
l’instant vécu, catharsis d’une communauté. C’est la puissance et la
grâce de cet art collectif, que nous réapprennent les artistes de ces
pays déchirés entre deux époques.
C’est pourquoi nous sommes heureux d’avoir, grâce à ce travail, pu
croiser des hommes et des femmes comme Roger Assaf ou Élias Khoury,
dont
la volonté et l’énergie savent traverser les obstacles et utiliser les
formes pour transmettre l’audace et le refus du renoncement, ou comme
Pascale Feghali qui reprend ce flambeau d’une main calme et résolue.
Des hommes et des femmes qui surent aller à la rencontre de ceux qui,
en
Europe, se sont révoltés contre la part la plus figée de notre
civilisation, et ont utilisé cet art dans la pure et vive tradition
qui,
de Molière à Vilar en passant par Copeau, le relie aux soubresauts
profonds de notre existence commune.
Des hommes et des femmes qui, comme Frie Leisen à Bruxelles, Chérif
Khaznadar ou Gabriel Garran à Paris, rendent leur place à ces
dialogues
intimes entre cultures. Le lien se fait donc en dépit de tout et
au-delà
de toutes apparences, entre des êtres qui vont à l’essentiel de ce que
transporte cet art et qu’il a de réellement universel : notre fierté
d’être des hommes debout.

Nicolas Roméas
1. Recueils des dits et faits du Prophète.
2. Joseph Khoueri, Théâtre arabe, cahiers théâtre de louvain, 1984.


PRESENTATION DU HORS SERIE THEATRES DES MONDES ARABES
SAMEDI 20 MARS A 15H AU THEATRE INTERNATIONAL DE LANGUE FRANçAISE
PAVILLON DU CHAROLAIS DERRIERE LA GRANDE HALLE DE LA VILLETTE M° PORTE
DE PANTIN- PARIS-FRANCE.
ON PEUT SE LE PROCURER EN CONTACTANT LA REVUE CASSANDRE : 49A AVENUE
DE
LA RESISTANCE 93100 MONTREUIL-FRANCE. TEL : 01 42 87 43 20 - FAX : 01
42
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Amicalement,

Cassandre

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