référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2000-08/msg00004.html
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Re: Des nouvelles d'Avignon 2000 Tibor Egervari





Merci tout d'abord à Emile Zeizig de nous tenir au courant des événements en
Avignon. C'est un grand service qu'il rend ainsi à toute la communauté. Merci aussi
à la personne d'Avignon, dont le nom ne semble pas apparaître pas dans le message,
d'attirer notre attention au phénomène de déménagement parisien ".Le festival
d'Avignon donne une si fausse image de la ville qu'il laisse un goût amer aux
habitants de cette ville. Les spectacles sont "importés", la création locale est un
infime pourcentage parmi le off, nul parmi le in bien sûr.". Cette remarque mise en
regard de celle d'Emile Zeizig rappelant que le Festival est une sorte de bourse
aux spectacles (comme jadis il y avait la bourse aux vins) m'a fait faire quelques
rapprochements que je me permets de partager avec vous.
Avignon est au théâtre ce que le Tour de France est au cyclisme: un outil pour
établir les classements et les prix pour la saison - de critériums pour les
cyclistes, de programmation de salles pour les troupes. Ce n'est pas honteux en soi
mais on peut affirmer sans se tromper de beaucoup que ce n'était pas le but initial
des fondateurs,  et de Vilar en particulier. Le déménagement du tout Paris théâtral
suit d'ailleurs une tradition bien établie dans des sociétés fortement centralisées
où l'élite prenait régulièrement ses quartiers d'été. Ces villégiatures
prolongeaient  la vie dans la capitale (dans le cas d'événements internationaux les
capitales) avec couleur locale et air frais en plus. Faire croire que la population
locale peut avoir une participation significative à ce genre d'événement c'est
croire à la signification du tapis rouge de Cannes. Cela dit, il est vrai que ces
festivals relancent l'économie locale, d'autant plus qu'une partie très importante
des participants dépensent l'argent d'autrui, souvent celui du contribuable.
Mais ce phénomène n'est ni spécifiquement français, ni spécifiquement festivalier.
D'une part, pour ne donner qu'un exemple, les musiciens locaux ont présenté cette
année les mêmes doléances aux organisateurs du Festival de jazz de Montréal.
D'autre part, le terme "décentralisation" rime de plus en plus avec "importation".
La programmation en dehors des grands centres se fait essentiellement avec des
spectacles importés, ce qui est une des façons d'amortir, ne serait-ce que
partiellement, la hausse vertigineuse des coûts en micros, en multimédia, en fumée
etc,  éléments indispensables de l'art théâtral. Et puisque l'appétit vient en
mangeant,  le gouvernement du Québec vient encore d'ajouter quelques dizaines de
millions de dollars à l'empire de M. Rozon (Festival juste pour rire) afin quil
puisse phagocyter toutes les activités festivalières. Le tout  basé sur des
statistiques qui confondent allègrement "entrées" avec "personnes". (Les
festivaliers vont évidemment à plus d'un spectacle).
Pendant ce temps la fréquentation des théâtres en saison d'hiver est en baisse
constante. A-t-on pensé en haut lieu que celles et ceux qui dépensent leur propre
argent ont un budget limité? A-t-on pensé que le tapage publicitaire autour des
événements majeurs, payé par nos impôts, rendent la plupart des initiatives locales
pratiquement impuissantes? Surtout, a-t-on pensé à l'influence qu'une véritable vie
théâtrale intégrée à une communauté peut avoir sur celle-ci?
Et pour finir, je ne puis m'empêcher de penser que tout ce beau monde qui débarque
ici et là, le temps d'une "mission" culturelle voire artistique, signerait avec
enthousiasme des pétitions  contre les McDonald's, la mondialisation et pour le
roquefort.

Tibor Egervari
Département de théâtre
Université d'Ottawa

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