référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2000-12/msg00046.html
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Colloque Les Songes de Clio sur l'histoire comme fiction BOURASSA ANDRE G



Bonjour!
Les historiens du théâtre, parmi vous, s'intéresseront peut-être à cet
appel de communications pour un colloque international portant sur
l'histoire comme fiction.
Cordialement, André G. Bourassa.

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Subject: Appel de communications/Colloque international « Les  songes de Clio » (fwd)


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APPEL DE COMMUNICATIONS


LES SONGES DE CLIO :
FICTIONS DE L'HISTOIRE SOUS L'ANCIEN RÉGIME

Colloque international
organisé par le
Cercle d'Étude sur la République des Lettres
(C.E.R.L.)

Université Laval, Québec
3-6 octobre 2001

Sous la direction de :
Mme Sabrina Vervacke
M. Éric Van der Schueren
M. Thierry Belleguic

	Le présent colloque entend s'articuler autour de quatre 
questions qui situent l'histoire comme fiction, revendiquée ou non, 
délibérée ou non. Par ces questions devrait s'articuler une réflexion 
qui fera siens des intérêts où concourent diachronie, épistémologie 
et pratique. Les quatre questions sont données à titre de balises, 
mais il va sans dire qu'elles se recoupent et interfèrent entre elles 
et ce ne sera sans doute pas le moindre intérêt des réponses qui leur 
seront apportées.

Qui écrit l'histoire ?
Le poète, le philosophe, le « Grand », l'homme de cour, le témoin 
direct, etc. Le statut de l'histoire reste au travers des siècles de 
l'Ancien Régime, malgré la révolution de Mabillon, un exercice où les 
compétences ne sont pas seulement celles du spécialiste. La 
légitimité de l'auteur d'histoire est parasitée par des prénotions ou 
des attentes objectives qui ne sont plus celles de notre modernité. 
Ce sont, par exemple, la réponse à une commande professionnelle, le 
souci d'un intérêt littéraire, la revendication d'une compétence 
intellectuelle qui subsume, selon des grades anciens, l'histoire à la 
philosophie, le crédit porté au témoignage écrit au nom d'une 
immédiateté entre les faits et leur témoin.

Quelle histoire écrire ?
Le discours historique discrimine dans ses sujets - généralement 
élevés ou, s'ils le sont moins, intimes, d'une intimité socialement 
remarquable. Il discrimine encore par des pratiques convenues qui, 
dès le Moyen Âge, l'ont encadré et informé : c'est, sans exhaustivité 
aucune, l'historiographie - souvent collective -, la mythographie, 
l'écriture mémorialiste - espace clos de l'écriture historique, mais 
aussi l'écriture « romanesque ». Ces discriminations sont aussi les 
effets d'une question sur la question : qu'il soit historiographique, 
mythographique ou mémorialiste, le modèle choisi est le reliquat 
d'une réflexion préalable sur l'histoire et sur le médium de 
l'écriture, dont la perception a évolué, dont l'aptitude à livrer le 
témoignage sans les biaisements du temps de l'écriture a été 
interrogée diversement au travers des siècles, et dont finalement la 
croyance dans sa transparence s'est vue peu à peu désenchantée 
(Montaigne ou Sorbière).
Tout aussi bien, le discours historique discrimine dans ses « objets 
» : histoire sacrée, histoire profane, certes, mais aussi histoire « 
des opinions », histoire « des arts », etc. Outre le territoire 
anthropologique du discours historique, c'est aussi une histoire « 
naturelle » qu'il s'agit d'interroger tant dans ses figures que dans 
les modalités de son économie, histoire qui pense des temporalités 
aussi diverses qu'« irréconciliables » : histoire des animaux et des 
végétaux (à la fois onto et phylogénétique), histoire des astres, 
histoire des météores, histoire de la terre, histoire des minéraux, 
discours qui font signe vers une pluritemporalité - et donc une 
plurihistoricité - de l'empirie dont les penseurs d'Ancien Régime ont 
dû prendre la mesure.

Comment penser l'histoire ?
L'histoire se pense diversement : chronique prolongée du Livre sacré, 
à travers les grandes chroniques monarchiques ou princières ; plus 
tardivement, objet d'une dissociation entre celui qui la pense et 
celui qui l'écrit, puisque le premier n'est plus nécessairement aussi 
le second. De cette dissociation est née la philosophie de 
l'histoire. Plus encore, c'est comme science qu'apparaît l'histoire 
au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles : la problématisation de la 
notion de « rupture épistémologique » (Michel Foucault) permet très 
opportunément de rendre compte de la transformation de postures « 
scientifiques », même si elle offusque généralement la complexité 
empirique des pratiques qu'elles induisent. Si la doxologie 
historiographique de l'âge classique, incarnée par les Mézeray, 
Maimbourg, Varillas, Vertot, Saint-Réal, Le Moyne ou encore Buffier, 
participe davantage d'une idéologie de l'absolutisme et d'une 
esthétique de la grandeur que d'une épistémologie du fait historique, 
les travaux de Mabillon ou de Montfaucon témoignent au contraire d'un 
souci de véridiction historique. Pareil souci ouvrira à l'examen de 
la complexe hétérogénéité de la pensée historique des Lumières, qui 
est informée par ces deux pratiques, l'une « finissante », l'autre « 
émergente », et qu'a plus que tout autre illustrée Voltaire par son 
exigence d'une « science » historique soucieuse non seulement des 
événements et de leurs acteurs, mais des nations et des cultures.

À quelles fins écrire l'histoire ?
C'est l'« usage » de l'histoire dont il s'agit ici, comme il y a un 
usage des passions. L'histoire a une fin, souvent édifiante 
(religieuse ou moraliste) ou confortante (dynastique ou politique). 
Cette fin affecte le statut même de celui qui la prend en charge dans 
l'écriture, comme elle interroge le médium de l'écriture et son 
pouvoir de pérennité, notamment concurrencé par les médailles 
commémoratives (voir Louis Marin, Le portrait du roi). La question 
posée laisse encore libres deux voies : celle de l'usure du discours 
d'histoire ou celle qui, au nom d'une dichotomie peut-être passée, 
semble mettre en cause sa capacité d'échange, autrement dit son 
pouvoir de lecture et partant, celui de l'écriture comme continuation 
ou comme rectification. À l'inverse de cette hypothèse, le souci de 
la reconstitution de l'origine serait le gage de la validation du 
présent : ce sont notamment les stratégies de captation des 
généalogies fabuleuses aux fins de la justification des puissants qui 
en sont les commanditaires, notamment dans les chroniques 
mythographiques du bas moyen-âge, qui survivront dans les épopées 
classiques.

Plus qu'une illustration des questions spécifiques que pourraient 
soulever les quatre problématiques données ci-dessous, les 
organisateurs attendent des projets de contributions qu'ils 
investissent en priorité les questions et leur résolution selon les 
axes proposés.


Prière de faire parvenir votre proposition de communication, ainsi 
qu'un bref c.v., à l'adresse suivante :

Par courrier :
Colloque « Les songes de Clio »
Cercle d'étude sur la République des Lettres (C.E.R.L.)
Département des littératures
Université Laval
Québec, QC
Canada
G1K 7P4

Par télécopieur  : 418-656-2991

Par courrier électronique :
à l'une des trois adresses suivantes, avec copie aux deux autres :

Thierry.Belleguic@lit.ulaval.ca
Eric.Van-der-Schueren@lit.ulaval.ca
Sabrina.Vervacke@lit.ulaval.ca

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>>> Pour être retiré de cette liste d'envois,

écrire à:   listproc@uqam.ca

    avec comme seule ligne de message:

unsubscribe QUEATRE


Note: la commande doit apparaître dans le corps du message, 
      NON PAS dans le Sujet.
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