référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2001-03/msg00033.html
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Re: Indigene/ endogène ? Yheurte



Je ne suis pas un linguiste mais quelqu'un qui habite quelque part et qui 
écoute comment on y parle.  Et ce débat m'intéresse car il me pose des 
questions peut être assez provocantes, peut-être idiotes mais tant pis.
 Où donc parle-t-on français en France? Parle-t-on à Paris un dialecte 
français dit Le parisien ou est-ce le français de référence? A entendre 
certains parisiens on pencherait plutôt pour un dialecte. Quand eux 
m'écoutent, ils doivent penser la même chose, moi qui suis dans l'extrème 
sud, aux marges de l'Espagne.
  En France tout le monde se comprend, mais il existe encore au sud par 
exemple des parlers régionaux qui échappent au patois télévisé, qui se 
voudrait le langage populaire de nivellement commercial de référence. Lequel 
est le français? Celui qui fut pendant des siècles la racine méditerranéenne 
dominante dans ce qui était la France, et dont la langue succomba à 
l'occupation militaire du nord?  Qui va le décider et au nom de quel critère?
D'autre part, dans ma région frontalière j'écoute le parler des gens (le 
français?) et je m'aperçois que la langue s'appauvrit irrémédiablement . Dans 
le vocabulaire, l'expression, les tournures, la complexité de ce qui peut 
être dit, et surtout l'usage de l'image et le sens de la parabole. J'ai 
l'impression que ce phénomène est général. Il y aurait donc des langues qui 
s'atrophient parce qu'elles ne se défendent pas contre le nivellement qu'on 
leur impose,  dont la nôtre? Des langues où l'on peut dire de moins en moins 
de choses? (je ne parle pas de l'orthographe en plein déclin très 
symptomatique )
J'écris pas mal de livres qui sont lus par beaucoup d'enfants et je 
m'aperçois que des mots qui nous semblent d'une grande banalité leur sont 
devenus aussi inconnus  que des mots latins. Le vocabulaire fond à vue 
d'oeil, au point que dans un congrès à Porto (Portugal)  nous avions posé 
cette question: faut-il tenir compte du vocabulaire réel et suivre la langue 
dans son  apauvrissement pour être compris ou faut-il au contraire employer 
un vocabulaire plus riche c'est à dire écrire en Français au risque que 
l'enfant ne referme le livre dès les premières pages? Qu'il nous zappe? 
Dans le domaine du théâtre qui nous intéresse dans ce forum,  (j'ai pas mal 
écrit pour jeunes publics ou pour comédiens enfants), ce problème se pose à 
plein, du moins en France. Si l'on veut sur les planches êtres compris par la 
jeunesse en quel français faut-il lui écrire? J'ai eu l'occasion avec des 
toxicomanes de 12 à 20 ans de pondre un texte de théâtre montrant un drame de 
leur jeune toxicomanie. Quand on a fait le tour de table, ces jeunes m'ont 
dit: il doit être vachement chouette ton truc. Dommage que nous, les camés, 
on n'y entrave queue d'ale.
Quant au dictionnaire des idées reçues, que je n'ai pas lu, s'il y est dit 
que les langues sont d'égale richesse (?) il suffirait de voir par combien de 
mots différents un ruisseau qui brille au soleil ( langue imagée) peut être 
dit dans certains pays et dans le mien (intellectuelle) pour voir qu'il est 
d'évidence sur le terrain que le postulat des langues riches ou pauvres est 
un constat réel, perçu dès qu'on passe les frontières et qu'on change 
soi-même de langue. 
Je ne parlerai pas ici de l'apauvrissement de la langue sans doute le plus en 
danger , l'anglais, qui du fait d'être devenue véhicule obligé technologique 
et commerciale et souvent réduite à ces fins, entraîne des effets atrophiants 
qui se font déjà sentir, me disent les professeurs, en Angleterre. (Cette 
langue devient de fait un dialecte international géant) L'un d'eux me disait 
avec un humour amer que les élèves quand ils assisteraient dans dix ans à une 
représentation d'Hamlet devrait emporter un petit dictionnaire... 
Voilà des idées un peu brouillonnes n'est ce pas?  Mais elles se posent à 
tous et surtout à ceux qui se mêlent d'écrire, y compris pour le théâtre 
comme je le fais moi même. Disons qu'elles ne sont pas un constat savant mais 
tout bêtement mes observations plutôt tristounettes  de tous les jours. 
(tristounette, comme on dit dans ma région. Joli mot d'un dialecte, n'est 
pas? Vous avez perdu. C'est seulement du français mourant encore vivant ici, 
mais pas pour longtemps. Voyez le Petit Robert, si vous en doutez, et si vous 
trouvez un autre mot français pour dire la même chose, faites-moi signe ? 
:))) ...Amitiés à tous....
**************
P.S Ces quelques idées sont adressées également au forum du Carnet Interdit 
(de création et discussion poétique et littéraire), où elles pourraient 
intéresser nos listiers et développer une discussion.

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