référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2001-03/msg00042.html
     Chronologie       
     Conversation       

Re: Expressions courantes en Nouvelle-France BOURASSA ANDRE G



Re-bonjour!
Il faut se rappeler au départ que la Nouvelle-France est une colonie de
peuplement et non une colonie d'exploitation ou une colonie pénitentière,
et que ses premiers habitants sont tous des Français émigrés (exception
faite des autochtones). La langue y est donc plus proche qu'on est porté
à le croire du "bon usage" qu'on commence à imposer.

Il ne faut dnc pas se méprendre: les officiers et les missionnaires, de
même que les seigneurs, les clercs et les professeurs du Collège de Québec
(1635) avaient enseigné ou éturié aux collèges de Clermont ou Laflèche,
par exemple, et autres institutions fréquentées par Corneilles et Molière. 
Marins et paysans sont recrutés dans les paroisses proches des villes
côtières, avec leurs particularités linguistiques, mais les seigneurs et
les curés font les liens entre les milieuz ruraux et urbains.

Vos comédiens devraient se tirer d'affaire avec le vocabulaire de
rural, développé en vase clos après la CConquête et resté intact. Pour
la tradition urbaine, on peut s'en faire une idée à la lecture des pièces
qui furent jouées dans les salles d'hôtel et les salons de l'époque. On a
monté du Corenille et du Racine dans un salon du  Gouverneur; on y a
aussi préparé un Molière, qui fut hélas! censuré mais était connu. On
connaissait le répertoire de la Comédie-Italienne, dont on a monté une
pantalonade juste avant la Conquêtre et, juste après, une arlequinade 
(_Le Festin de pierre_), de même que des extraits de ce qui semble être la
comédie _La Soirée villageoise_, l'opéta-bouffe _Vénus et Adonis_ et des
extraits des ballets _Les Matelots hollandais_ et _Noces chinoises_, de
Jean-François de Hesse, dit Deshaies, sur musique de Desbrosse,  tous de

la Comédie-Italienne de Paris. La terminologie et les niveauz de langues
pratiqués par la Comédie-Française et la Comédie_Italienne sont donc
parfaitement accessibles aux milieux urbains. Les vers burlesques de
René-Louis Chartier de Lotbinière, qui ne furent retrouvés que durant la
première moitié du XXe s. ont été non seulement écrits (et sûrement
déclamés) en  Nouvelle-France, mais par un jeune noble né en France mais
formé en Nouvelle-France. Chartier maîtrise la langue précieuse avec
l'ironie du 'un lecteur averti de Molière. 

Ce qui est diffiile à restaurer, c'est la prononciation. Mais on peut
parfois la retrouver gràce à certaines rimes, en particulier chez
Chartier, qui fait par exemple rimer "harnois" et "noix", "ennuier" et
"hier","porcellines" et "farines", ou encore  "orignac" (forme
basque/gascone) et "bissac", etc. Vous trouverez d'ailleurs plein de
d'expressions anciennes dans cette épopée burlesque, avec la certitude
qu'elles étaient pratiquées en Nouvelle-France. Pour une liste entière des
pièces jouées en Nouvelle-France et leur date, voir les archives de
Quéâtre, au 24 avril 1999: <http://www.er.uqam.ca/listes/arc/queatre/>.

La terminologie rurale était magnifique, si on en juge par les mots
conservés par les fermiers et villageois analphabètes qui étaient encore
nombreux au milieu du XXe siècle. Leur prononciation était certes 
ancienne et provinciale, et marquée par les divcerses provinces d'origine.    
Les "e" prononcés "a" devant une liquide: "marle" pour "merle".
Le "il" terminal en "i": "avri" pour "avril". "fani" (comme dans "faner)"
pour "fenil".  Certaines consonnes finales sonorisées: "boutte" pour
"bout". Certaines muettes escamotées: "qu'ri" pour "quérir", "can'vette"
pour "caniveau" (où on note aussi un jeu de désinences pour désigner les
changements de gabarit, comme dans "tonne", 'tonelle" et "tonneau"). 
De vieux mots, comme veuilloche, panneterie, brimbale, débarbouillette.
Une terminologie superbe pour le transport à l'ancienne (charette, timon,
bas-cul, moyeu, ridelle, collier, ¦uillère, joug, pont-roulant...), mais
anglicisée début XXe  pour la machinerie industrielle le transport
automobile, dont les mots sont venus avec le mode d'emploi.

Essayez de mettre la main sur de vieux contrats de mariage ou inventaires
après décès. Ils sont répétitifs l'un de l'autre, mais vous y trouverez
des formules et des mots savoureux.  Une source inépuisable de mots et
expressions anciennes: les chansons folkloriques ou très anciennes. Il n'y
a pas si longtemps on pouvait enregistrer de très vieilles versions, trop
souvent déformées aujourd'hui parce qu'on en avait perdu le sens. Certains
mots de nos chansons n'avaient d'ailleurs peut-être déjà plus de sens
courant. Le prenmier vers de ce qui suit, par exemple, date des impôts de
taille et de gabelle, depuis longtemps disparu:
"Le percepteur des tailles
Dit qu'il vendra mon lit.
Je me moque de lui:
Je couche sur la paille!"
Mais que dire de la déformation constante de de ce mot du paysan
s'approchant de son cheval avec son attelage:
"Range-toi Catin pour faire  passer l'gréement", vers devenu
"Tasse-toi Catin pour passer l'agrément!" oùla catin n'est plus animale
et se préoccupe plutôt de plaisirs.

Pour finir, notez les nombreux termes marins adaptés à la vie courante et
hérités des viulles portuaires de France: embarquer, débarquer, aborder,
d'un bord, de l'autre bord, gréer (prononcé "grèyer"), gréement, et toute 
la terminologie du vent sur les côtes. Il n'y a pas de quyoi étonner les
gens de théâtre, si on en juge par la mécanique ancienne et le vocabulaire
même actuel de l'arrière-scène, qui sont abondament adaptés de la voilure.

Cordialement, André G. Bourassa.
P.S.: Mes excuses de m'être laissé aller à faire si long.






---------------------------------------------------------------queatre-+
_______________________________________________________________________________

>>> Pour être retiré de cette liste d'envois,

écrire à:   listproc@uqam.ca

    avec comme seule ligne de message:

unsubscribe QUEATRE


Note: la commande doit apparaître dans le corps du message, 
      NON PAS dans le Sujet.
---------------------------------------------------------------queatre--