référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2001-05/msg00020.html
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Re: Votre avis ? Yheurte



Les nouvelles technologies? Un leurre de l'idéologie du progrès. Notre 
domaine des spectacles n'échappe pas à cet illusionnisme qui est le vecteur 
principal du pouvoir et qui, si nous n'y prenons garde, mènera tout droit 
vers une nouvelle forme de ce totalitarisme économique et culturel qu'on 
nomme pudiquement mondialisation.
 Sur les sujets de culture qui nous intéressent, le danger est déjà bien 
présent. Le spectacle musical est déjà une industrie où les technologies sont 
un moyen avéré de conditionnement , systématiquement utilisé par des 
manipulateurs d'effets de masses professionnels, et le contenu du spectacle a 
de moins en moins d'importance. De la même façon dans l'édition, le contenu 
des livres deviendra de moins en moins essentiel. Sera publié  ce qui peut 
être assuré avant publication de sa rentabilité et ne gènera pas le pouvoir 
réel. Pauvres nouveaux auteurs!Les vrais comités de lecture deviennent les 
conseils d'administration, et on assiste à la valse généralisée des 
directeurs de collection jugés au profit réalisé plus qu'au contenu de ce 
qu'ils produisent.
  De même pour l'art des spectacles, la communication tend à remplacer 
l'information,  les médias étant tombée en totalité ou presque sous des 
pouvoirs financiers privés ou politiques et le plus souvent les deux. 
(Directement, ou par pression par le financement publicitaire.) On assiste à 
l'apparition de l'autocensure larvée et dans certains pays la quasi totalité 
de l'édition se fait désormais sur commande et étude de marché. 
A mon sens le danger est grand de se laisser pousser dans ce sens avec les 
arts de la scène. (je parle pour la France)  La technologie de haut niveau 
lie le spectacle au pouvoir, par son coût. Les politiques comme les 
financiers quand ils subventionnent, ou il faudrait être bien naïf de croire 
le contraire, le font indirectement pour leur boutique et éliminent ce qui 
peut les gèner ou ce dont ils ont peur. On a tendance, poussé par un public 
hautement conditionné par l'idée que le matraquage lui a donné du spectacle 
type, à *mettre le paquet*, en lui donnant à gogo du son trafiqué de la 
lumière, des effets, des cabrioles informatisées en tout genre. Le prix de 
telles réalisations, dont le texte ressort souvent comme un parent pauvre et 
le comédien écrasé, crée une concentration de moyens qui draine l'argent vers 
les subventionnés institutionnels à perpétuité,  vers ces chères élites très 
chères pour gens de cour, et laisse les miettes à ceux qui en auraient besoin 
pour un minimum nécessaire à la création et à la recherche. Le budget général 
de la culture sert à créer pour des prix délirants ces salles monstres aux 
technologies suréquipées et vite démodées  du spectacle. Et ce qui est 
investi dans ces lieux de prestige où règne trop souvent  l'effet au 
détriments de l'innovation ne va pas ailleurs, et surtout, entraîne un cycle 
financier irréversible. La construction et le fonctionnement de ces lieux non 
rentables ne laisse plus de place pour aider à la création réelle, et il faut 
bien les utiliser puisqu'on les a faits. Des centaines de troupes de théâtre 
ne seront plus aidées alors qu'elles ont le public le désir et les moyens 
humains de  créer, tout l'argent qui aurait dû leur revenir ayant été 
englouti par un seul décor de tel ou tel grand metteur en scène bien en cour 
car il représente l'élite (utile), et dans la masse de technologies 
nécessaires pour le valoriser. 
Il m'est arrivé il y a quelques temps d'assister aux assises régionales du 
théâtre amateur. Je n'y ai pas entendu parler théâtre, ni des auteurs ni de 
mise en scène, mais du meilleur moyen de se procurer la sono les projecteurs 
les subventions les gadgets pour ressemblet au vrai théâtre (?), d'où il 
ressort que le temps mis à constituer les dossiers était au moins égal à ce 
qui aurait dû être donné aux spectacles eux mêmes. Cette dérive vers les 
modes est inquiétante alors qu'en France le théâtre amateur est en pleine 
expansion, et c'est lui le vivier des futurs professionnels 
Il y aurait tant et tant à dire sur ce sujet qui n'est pas spécifique à la 
scène mais qui me semble une dérive générale des servitudes de l'art à la 
spéculation, souvent par technologies interposées. J'ai l'impression qu'on 
est emporté dans un courant où le seul moyen de résistance serait un jour ou 
l'autre, un retour volontaire à la pauvreté qui ne serait pas du tout retour 
au théâtre de papa mais reconquète d'un lieu de liberté et de lucidité 
difficilement compatible avec ce vers quoi nous mène le monde actuel .    
Yves Heurté. 

........ yheurte@aol.com.............           
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