référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2001-07/msg00032.html
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Re: du silence... serge ouaknine



Bonsoir,
Votre lettre invite à répleel touche  le personnage et sa parole mais  ce qui
travaille la présence du réel etpartant du scénique :
 
Du silence !

Le silence est ce par quoi s'imprime la verticalité du monde.
Le silence est la sexualité de la présence.
Le silence signe l'incertitude de la présence ou son excès de désir.
Le silence est le drapeau de l'image.
Le silence est la trace invisible de la présence.
La certitude fait silence comme l'orgueil génère l'humilité.
Le silence n'est pas la condition de la musique mais sa cible.
Le silence du personnage cache sa passion.
Le silence est travaillé du deuil de l'autre.
Dans l'allégorie il n'y a pas de silence seulement sa fuite dans l'histoire.
La métaphore voile le silence de ce qui ne peut être nommé.
Le bruit n'est pas le contraire du silence.
Le bruit est enfanté par la crainte, le silence par l'excès du réel.
Un personnage totalement silencieux désigne la faute ou le pardon.
Un personnage sans désir n'appartient pas au silence mais à la terreur du sang.
La mort n'est pas silence mais fin de dialogue.
Le silence n'est pas la fluidité des mots mais celle seulement du rêve de
marcher droit.
Au théâtre l'orage précède le silence de l'action
Contrairement à mille préjugés répandus Beckett n'est pas le  dramaturge du
silence mais de la matérialité des mots.

L'image ne fait jamais silence car il ne s'y cache aucune sagesse. 
L'icone est au silence ce que la calligraphie est au geste.
Quand l'icone est clair la parole peut travailler le silence.
L'acteur agité n'a pas d'icone, il sustitut le silence par l'énonciation du
texte de l'auteur, ils sont légion à confondre silence et description du
signifié.
Pour écrire il ne faut pas se taire mais avoir une sensation juste.
La sensation juste est le silence mesuré de l'interprète.
La sensation vraie est le silence demesuré de l'acteur.
Le silence est la retenue du poète, ce par qui l'écoute est possible.
Il ne faut pas être deux pour faire un silence, seulement être habité par la
certitude d'être la créature d'un créateur.
Jean-Baptiste Poquelin commence dans le bruit de la farce et Molière termine
dans le tragique de Don Juan. Une vie d'écriture pour passer du geste à la
conscience de son silence. 
Le geste est la sexualité du mot, le silence est l'érotique de la parole.
Le silence engendre le désir non de le taire mais d'en guetter la proie.
De là. le silences meurtrier quand la présence n'est pas amour. 
Le silence veut voir.
Un personnage interdit fait bruit de son silence.

bien à vous
Serge Ouaknine




 --- dthibaultlalonde@ville.montreal.qc.ca a écrit : > Bonjour à tous
> 
> Je termine actuellement un mémoire en art dramatique à l'UQAM. Il s'agir
> d'un mémoire création en écriture dramatique. Mon intérêt porte sur le
> silence. J'ai déjà émis quelques commentaires sur ce sujet. J'aimerais
> avoir quelques réponses ou commentaires sur la définition du silence.
> 
> Le dictionnaire donne deux définitions du silence. Une première qui tire
> son origine du mot latin silere qui signifie taire ou se taire et une
> deuxième définition arrivée beaucoup plus tard et qui concerne le silence
> de l'absence de bruit.
> 
>  Mon intérêt porte sur la première définition, l'acte de taire ou de se
> taire.
> Je prends cette définition d'un point de vue communicationnel. Partant des
> propos des membres du collège invisible qui disent qu'on ne peut pas ne pas
> communiquer, que  la communication est un tout intégré,qu' il ne s'agit pas
> de parler de verbal ou non verbal, que la communication fait un tout.
> 
> Alors qu'est-ce que le silence, l'acte de taire ou de se taire,  si la
> communication n'est pas que l'affaire du langage écrit ou verbal et si le
> langage lui-même n'est pas constitué que de l'écrit ou du verbal mais d'un
> tout intégré ?
> Peut-on considérer l'immobilité du corps comme une certaine forme de
> silence, lorsqu'on ne veut pas que nos gestes trahissent notre pensée ?
> serait-ce d'une certaine façon une tentative de taire, de faire silence ?
> 
> Aussi, selon moi , on ne peut réduire le fait de taire ou se taire par
> l'absence d'une parole écrite ou verbale. Comme le dit Michel Poizat (le
> silence sourd), Le monde des sourds n'est pas silencieux, le langage de la
> parole est remplacé par un langage visuel. Le sourd communique et a donc la
> possibilité de se taire, de faire silence.
> 
> Selon moi, on pourrait dire que d'une certaine façon le silence transcende
> le langage (écrit ou verbal). Une écriture fluide mais vide écrit en
> quelque sorte un silence.
> Également, si on prend l'exemple de l'étranger de Camus. D'une certaine
> façon Camus a écrit ce texte en se taisant, en laissant ses personnages
> muets, ils se taisent beaucoup plus qu'ils ne parlent.
> 
> J'attends impatiemment vos commentaires et réflexions sur le sujet...
> 
> Merci
> Danielle thibault
> 
>  

=====
Serge Ouaknine - Montpellier - France

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