référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2001-07/msg00033.html
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Re: silence Guillaume Lemée



Chère madame Thibault,

C'est en toute humilité que je place mon grain de sel à ce questionnement sur le silence.

Selon moi, le silence est un moteur essentiel à la musique et au théâtre, donc à la vie.  Sans silence, il n'y a aucun sens.  Entre deux mots, il y a un silence.  On ponctue une affirmation en faisant silence.  Le silence est un soupir.

Dans le cadre d'une recherche littéraire (le médium écrit), le silence est extrêmement difficile à imposer.  La didascalie est une technique galvaudée qu'il est (selon moi) nécessaire de réduire le plus possible à néant lorsqu'on rédige une pièce.  De toute façon, une mise en scène se passe souvent des didascalies.  (Un temps) est un concept tellement utilisé que plus grand monde ne le voit.  Associé à la nuit (silenti nocte), on peut (peut-être) dire du silence qu'il est repos, qu'il est sommeil, qu'il est suspension.

J'aime la notion de suspension, comme dans "...".   Le fameux "..." est malheureusement autant galvaudé.  Donc, peut-être faudrait-il aller voir du côté de la notion de suspension (en suspens, en attente...).  Pourquoi aurait-on besoin de mettre quelque chose en suspens?  Peut-être pour lui donner du poids, comme le fameux "va réfléchir dans ta chambre!"...  Pour ma part, mes parents m'envoyait faire SILENCE dans ma chambre, ce qui confirme peut-être cette notion de "mettre en suspens".

Je crois qu'au niveau littéraire, il serait peut-être intéressant de chercher des équivalents verbeux au silence.  Par exemple, par le biais de la réccurence ou de la répétition.  Du genre: "J'avais froid.  J'avais très froid.  J'avais tant et si bien froid que je ne sentais plus rien.  Plus rien."  Je crois qu'un lecteur va sentir le silence entre deux affirmations identiques.

Voilà.

Un peu ad lib mais tout de même...

Je vous propose le silence en tant que suspension servant à appuyer, mettre du poids sur quelque chose.  C'est probablement un solution sur 1000 autres possibles mais c'est mon choix.  Arbitraire et heureux de l'être.

Le mot de Cambronne pour le dépôt de ce mémoire.

Guillaume Lemée
 

dthibaultlalonde@ville.montreal.qc.ca wrote:

Bonjour à tous

Je termine actuellement un mémoire en art dramatique à l'UQAM. Il s'agir
d'un mémoire création en écriture dramatique. Mon intérêt porte sur le
silence. J'ai déjà émis quelques commentaires sur ce sujet. J'aimerais
avoir quelques réponses ou commentaires sur la définition du silence.

Le dictionnaire donne deux définitions du silence. Une première qui tire
son origine du mot latin silere qui signifie taire ou se taire et une
deuxième définition arrivée beaucoup plus tard et qui concerne le silence
de l'absence de bruit.

 Mon intérêt porte sur la première définition, l'acte de taire ou de se
taire.
Je prends cette définition d'un point de vue communicationnel. Partant des
propos des membres du collège invisible qui disent qu'on ne peut pas ne pas
communiquer, que  la communication est un tout intégré,qu' il ne s'agit pas
de parler de verbal ou non verbal, que la communication fait un tout.

Alors qu'est-ce que le silence, l'acte de taire ou de se taire,  si la
communication n'est pas que l'affaire du langage écrit ou verbal et si le
langage lui-même n'est pas constitué que de l'écrit ou du verbal mais d'un
tout intégré ?
Peut-on considérer l'immobilité du corps comme une certaine forme de
silence, lorsqu'on ne veut pas que nos gestes trahissent notre pensée ?
serait-ce d'une certaine façon une tentative de taire, de faire silence ?

Aussi, selon moi , on ne peut réduire le fait de taire ou se taire par
l'absence d'une parole écrite ou verbale. Comme le dit Michel Poizat (le
silence sourd), Le monde des sourds n'est pas silencieux, le langage de la
parole est remplacé par un langage visuel. Le sourd communique et a donc la
possibilité de se taire, de faire silence.

Selon moi, on pourrait dire que d'une certaine façon le silence transcende
le langage (écrit ou verbal). Une écriture fluide mais vide écrit en
quelque sorte un silence.
Également, si on prend l'exemple de l'étranger de Camus. D'une certaine
façon Camus a écrit ce texte en se taisant, en laissant ses personnages
muets, ils se taisent beaucoup plus qu'ils ne parlent.

J'attends impatiemment vos commentaires et réflexions sur le sujet...

Merci
Danielle thibault