référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2003-04/msg00014.html
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Réf. : Re: Molière était une femme ? Nora



 
A la Criée de Marseille, on  annonce donc une baleine, ce qui quand on connaît la taille de la sardine locale,  n'est pas sans encombre dans les charrettes des crieurs, et apparemment, jusqu'à Pézenas.
Ceci dit, derrière tout grand homme il y aurait une Femme...
Merci Monsieur Ouaknine.
 
 Nora Tazé.
odile.taze@wanadoo.fr
 
-------Message original-------
 
Date : vendredi 4 avril 2003 07:34:28
Sujet : Re: Molière était une femme ?
 
Molière était une femme?

Enquête de Serge Ouaknine

Cher amis,

Je voudrais poursuivre sur l’histoire de la charrette trouvée à Pézenas et
que nous confirme Elisabeth Haghebaert. Il se trouve, comme je l’avais annoncé
quelques emails plus hauts, que je séjourne actuellement à Montpellier, à 25
minutes de Pézenas. J’y ai fait une découverte incroyable qui d’un seul coup
illumine toute l’œuvre de notre dramaturge national : Molière serait une femme.
En effet, dans deux lettres trouvées au fond de cette charrette et auxquelles
j’ai pu avoir accès, grâce à la complicité d’un gardien de la Mairie et qui
travaille à temps partiel au Musée de la Ville (excellent petit musée, certes
hétéroclite mais on peut y voir des tasses de porcelaine avec support à
moustache pour les grognards de l’Empire et le bidet de Napoléon 1er (ou celui
Marie-Louise), enfin de délicieuses sanguines et aquarelles d’anonymes du
XVIIIe siècle et qui méritent meilleure protection, compte-tenu du très haut
niveau de fraîcheur et d’humidité qui règne dans ce petit hôtel particulier de
trois étages).
Je suis resté deux bonnes heures devant les deux documents avec cet adorable
gardien à l’accent chantant et rauque du coin. Il est signé : Jeanne baptisée
Poquelin, dite encore Molière. Je signale que Molière est un petit village
héraultais, à la frontière du Minervois et que la dite Jeanne aurait fort bien
pu emprunter ce patronyme lors des ses errances avec la troupe des comédiens à
laquelle elle appartenait.

Mais comme le signalait mon collègue André Bourassa, il faudrait aller vérifier
aux archives de paroisse et autres du village Molière. Pour revenir aux
documents.
La lettre 1 relate une dette contractée par un Sieur Pierre Corneille auprès
d’une dame Armande Béjart, en faite, le « r » est bien escamoté et on lit
Amande Béjart (étonnant lapsus pour une dette). La dite » Jeanne baptisée
Poquelin » a co-signé comme témoin. Elle semble donc indiquer qu’elle ne
porte pas le nom de son géniteur véritable … Mais qui alors?

La seconde lettre parle encore d’une dette contractée auprès d’un
tavernier-aubergiste de Pézenas, signée de la même façon mais cette fois par
Jeanne baptisée Poquelin n’est pas témoin (j’insiste sur ce détail qui signifie
que la lettre est une forme d’entente à l’amiable, une reconnaissance de dette
d’honneur). Je signale pour les spécialistes que les deux documents ont pour
caractéristique cette manière très particulière des missives d’époques de
prolonger les fins de lignes par des traits gracieux jusqu’en bordure de
papier, afin que rien ne puisse être ajouté au texte contenu par cette
graphie décorative. J’ai d’abord pensé à des faux, mais étant peintre de
formation (j’ai une passion véritable pour le papier dessin et en particulier
pour les papiers chiffon et les trames des célèbres papier Ingres et Arches)
j’ai conclu, sur la base de mes connaissances, que le papier en question est
authentique et bien d’époque (trame horizontale fine et espacée toutes les
douze lignes par un vide correspondant à la cannelure de rotin ou d’osier qui
permet au papier de mieux s’égoutter au séchage).

Donc si ces deux lettres, dont j’atteste l’existence, sont véritables (l’encre,
par ailleurs, possède bien cette oxydation brunâtre des documents royaux et
baptismaux ) elles ne peuvent en aucune façon avoir été écrite avec du brou
de noix ou de la suie diluée dans de l’éther ou du vinaigre. L’authenticité
physique dont je témoigne me permet d’avancer avec une certaine certitude
l’hypothèse selon laquelle Molière serait une femme. Une femme bâtarde à qui
le métier d’actrice aurait attribué un certain courage, au point de souligner
cette bâtardise en la signalant au parafe. Une femme lettrée, bâtarde d’un
aristocrate ou gentilhomme, puisqu’elle sait lire et écrire. On peut alors
comprendre toute la force des œuvres moliéresques, la solidarité charnelle du
baladin au destin des femmes de son temps. Mais qui a écrit ?

On sait que les improvisations se développent sur des canevas. On écrit après
et non avant. Après, quand la vérification par le jeu permet de fixer les
répliques, les mouvements et figures gestuelles. Mais qui écrit ? Qui fixe le
vécu? Non pas les hommes trop pris par l’intendance, la gestion des affaires et
des négociations permanentes avec les notable locaux. C’est donc une femme qui
signe le travail des comédiens. Et Molière, en fait, Jeanne baptisée Poquelin
dite Molière est cette femme là.
Corneille sous le masque de Molière ? Oui cela est possible. Ou bien est-ce
cette Jeanne, femme de troupe, et qui pourrait bien être sa propre fille.
Molière femme résoudrait beaucoup d’énigmes quant à la mise en abyme de l’homme
par l’émergence d’une « condition féminine » pour la première fois portée à la
scène. La plume écrivant sous le pantalon de cette femme est une béance
charnelle. Sa condition d’« aliénée » (pour le moins muette sur le plan
juridique des dotes et contrats de mariage) prend désormais une valeur
érectile de révolte, car une actrice n’est pas dans la norme bourgeoise ou
aristocratique du canon féminin.

Molière est donc une « marginale », une femme du voyage dont on peut jouir et
abuser, négocier le sort dont la seule survie se joue par le travestissement
et la revanche d’un « dire », écrit par-delà son corps muet. Voilà le secret
le mieux gardé de Molière. Sa condition de femme (sans doute une travestie
plutôt « bel homme ») lui permet d’écrire sur le sort malheureux de son propre
sexe et de son propre rang. Molière serait donc une femme (ce que je peux
croire aisément vu la finesse de trait de visage du buste qui nous en est
resté). Jeanne Poquelin dite Molière, libertine inspirée par un Corneille
engoncé en un corps étroit et qui lui souffle les rimes qu’elle met en scène.
Et si Corneille est l’hauteur caché des comédies, c’est à un double jeu de
masque qu’on a affaire. Un texte d’homme porté par une travestie. Mais aurait
donc écrit Dom Juan? Et bien ma conclusion, purement intuitive, est que c’est
là la seule œuvre authentique de Molière, le travail de Jeanne dite baptisée
Poquelin.
Jeanne carnavalise, et les hommes qu’elle subit et sa propre condition de
scribe anonyme, elle signe sa résistance à tout Commandeur.
Voilà, je suis moi-même abasourdi par ce qui a jailli de la lecture des
documents de la charette de Pézenas.
Cordialement votre
Serge Ouaknine

--- Elisabeth Haghebaert <Elisabeth_Haghebaert@uqar.qc.ca> a écrit : > Poisson
d'avril?
>
> >Marseille, 1er avril. Grande nouvelle. A la suite des nombreux
> >articles parus dans la presse, qui a enfin trouvé de la place pour
> >parler de Molière, ou plutôt de Corneille qui lui a écrit presque
> >toutes ses comédies, un châtelain des environs de Pézenas, qui
> >demande instamment qu'on taise son nom, a eu l'idée de regarder le
> >contenu d'une vieille charette oubliée dans sa grange. Il s'y
> >trouvait encore quelques documents. De l'avis d'un érudit local,
> >cette charette serait celle qu'aux alentours de 1820 un paysan
> >aurait conduite, chargée des papiers de Molière, aux portes de la
> >Bibliothèque nationale et qu'il n'aurait pu y laisser en raison de
> >sa fermeture le jour de sa venue (voir ma biographie de Molière, p.
> >7). Tout au fond, il y restait quelques manuscrits, tous de la main
> >de Molière. Ce sont des tragédies, écrites en provençal. Voilà donc
> >prouvé que malgré ses origines parisiennes, Molière savait
> >parfaitement écrire dans la belle langue d'oc. On s'est réjoui
> >d'abord que ces pièces, en copies autographes, ne devaient rien à
> >Pierre Corneille. Malheureusement, un spécialiste du théâtre du
> >XVIIe siècle n'a pas eu de peine à s'apercevoir qu'elles étaient
> >imitées de près, pour ne pas dire copiées, des tragédies de Thomas
> >Corneille. A moins, ce que soutiennent certains érudits locaux qui
> >rapprochent ces pièces de celles d'anciens auteurs occitans peu
> >connus, que ce ne soit Thomas Corneille qui ait adapté et mis en
> >français ces richesses méconnues de la littérature provençale. Aux
> >ordinateurs de se mettre au travail pour nous dire une fois de plus
> >la vérité scientifique et faire taire ces faux savants qui se
> >targuent de distinguer au seul rythme des vers ou même des mots une
> >pièce de Corneille d'une pièce de l'abbé Boyer. Merci de votre
> >attention. Roger Duchêne
> >Note importante : un dossier sérieux et argumenté sur la prétendue
> >attribution de la plupart des pièces de Molière à Corneille peut
> >être consulté à partir de web17 <http://web17.free.fr>, ou
> >directement http://leroidanse.free.fr>. Vos contributions peuvent
> >encore enrichir le débat (et le site). Cordialement. RD
>
> --
> Élisabeth Haghebaert
> Coordonnatrice
> Centre d'aide à la réussite (CAR)
> Université du Québec à Rimouski
> 300, allée des Ursulines
> Rimouski (Québec) G5L 3A1
> Tel. : (418) 723-1986, poste 1447
> Courriel : Elisabeth_Haghebaert@uqar.qc.ca

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Serge Ouaknine - Montpellier - France
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