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Re: la_notation_de_la_mise_en_scène Serge Ouaknine



Bonjour
Je me permets de vous orienter vers la magnifique collection les Voies de la
Création Théâtrale du Centre Nationale de Recherche Scientifique - France.
Le Volume 1 (1971) où  j'ai eu l'honneur de figurer avec d'autres
collaborateurs vous donnera un exemple  très précis de notation de la  mise en
scène par le dessin et l'analyse graphico/organique du jeu, l'espace scénique 
et tous ses paradigmes que j'ai utilisés pour Grotowski. Il y a aussi Barba et
Le Living Theatre et  le « Cimetière des voitures » de Victor Garcia  
Il faut distinguer le reportage d'un spectacle achevé de l’analyse de son
processus créateur.  La photo et la vidéo ne sont pas les meilleurs outils pour
la notation in vivo, à chaud du jeu de l’acteur, mais ça convient mieux à la
danse.  Quel est le but, assister le metteur en scène à construire son
spectacle ou le critique à comprendre le chemin de la création?….
Lors d'un processus, il faut encore distinguer  ce qui relève de « l’improvisé
et qui sera à retravailler ,de la « mise en place » qui est  plus formelle et
directive. Enfin qui note. Le  metteur en scène lui m^me ou un autre personne….
Souvent le metteurs en scène ( comme Robert Wilson, Kantor, Julian Beck ou
Kurosawa ( film) notent et dessinent AVANT ( la vision ) PENDANT ( la notation
en marche) et APRÈS (la formalisation plasticienne  de l’espace théâtral).
Kantor au théâtre ou le peintre Cristo pour emballer des monuments ( Le
Reichtag  à Berlin ou le Pont IX à Paris) ou créer des événements dans
l’environnement. 
 
Au théâtre,  il y a ceux qui ne notent pas pour aider le spectacle en marche
mais  faire un ouvrage sur la démarche et le produit fini et donc ce qui «
restera » pour la postérité de  l’éphémérité du spectacle.  
Personnellement je crois pour l’avoir vécu de nombreuses fois que la « notation
»  immédiate du processus  fera mieux comprendre et le chemin et le fruit ( par
un travail de synthèse ultérieur au produit final) .
Il me semble que c'est ce premier aspect de l’œuvre en marche qui vous
concerne.
Mais pour le second volet vous souvenez-vous de ces vieilles publications des
classiques français (Molière, Racine, Corneille etc. des années cinquante )
dans la Collection Les classiques de Larousse (couverture violette comme
l'encre des écoles et collèges de cette époque). Par exemple le Harpagon de
Molière par Jean-louis Barrault et d’autres , il y a là des schémas
rudimentaires mais clairs de la "mise en place" ( produit académique),  ce qui
n’est pas exactement la notation de la mise en scène comme démarche.
Pour le reste,  les travaux de deux metteurs en scènes de génie: 
Eisentein au cinéma et Meyerhold au théâtre retracent bien cette problématique
non seulement de la notation mais de la valeur dramatique des signes  mis en
jeu, les stratégies et techniques du jeu de l’acteur, comme durée et comme
champs dramatique de l'espace scénique.
Pour la danse il y a la méthode Laban qui recouvre plus qu'une simple notation.
Des universitaires américains ont publié dans les années soixante des "manuels"
pour noter les improvisations... mais c'est d'un psychologisme et formalisme
fort rébarbatifs car tout y est préparé, il n’y a presque plus qu’à cocher dans
les cases… Mortel! ‘Art a besoin du chaos et d’un désordre à clarifier. 

La véritable question est comment noter la le travail de la VOIX.
Je crois que là il faut noter des ancrages subjectifs qui ouvrent et laissent
ouvert et ne pas noter du tout. Chaque acteur note à sa façons. Il n’y a qu’à
regarder ce que devient un texte dans les mains d’un acteur tout au long de la
mise en scène :  les hachures, les soulignés et encadré etc…

Au risque de vous décevoir, je ne note plus ( après y avoir excellé) car il me
semble que la notation traite du formel et non du vital. Je regarde
discrètement  et parfois je détourne la tête pour ne pas voir, pour écouter.
Dans le grain de la voix j’entends en fait la notation. Ce passage à
l’invisible est aussi le fruit d’un long et immense effort dans le visuel dont
je reconnais la fécondité mais aussi la limite. 
La trace du vivant est enracinée dans la scansion de la voix. Notez donc 
l’espace mais seulement comme des  repères et des balisages du chemin. La clé
du vrai est une résonance charnelle, celle qui dessine un pont entre la rage du
corps vivant et la nostalgie du monde des morts. On ne note pas le morts. On
entend la voix du deuil Et ce qui reste est la mise en scène. 

Toutefois, la notation par le dessin ( abstrait ou semi figuratif) est encore
ce qui est le plus organique et globalisant pour cerner un processus et
restituer un produit. Dessiner fait corps avec l'acteur et oblige d'écouter son
rythme.  Et la photo ou la vidéo ne peuvent  pas remplacer la force conductrice
d'un dessin qui opère une synthèse de l'information. Les appareils mécanique
sou électronique prennent tout. Noter c'est savoir éliminer. Un regard
subjectif de synthèse. C'est lire et traduire en même temps plusieurs
dimensions simultanément. J'ai écrit la-dessus je veillerai à vous faire
parvenir quelques textes par voie privée.
bien à vous,
S.O.

=====
Serge Ouaknine
Directeur du Doctorat en Études et pratiques des arts
Université du Québec à Montréal
Pavillon Judith-Jasmin, Local J-2681
C.P. 8888, succ. Centre-Ville
Montréal (Québec)  H3C 3P8 Canada

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