référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2004-02/msg00012.html
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Re:_Re:_ce__que_j'entends_par_dramaticité... Serge Ouaknine



Cher ami
Je ne suis pas  l auteur de la question sur la dramaticité. J ai tente une reponse et non LA reponse... N est-ce pas le propos de cette liste  d etre un lieu d echange... et de risque...
Je n ai pas ecrit une page de dictionnaire mais une meditation ouverte et a haute voix pour que la parole  vive.. et, comme vous, je decouvre... en marchant...
bien a vous
Serge Ouaknine 

Jean-Luc Picard-Bachelerie <jeanluc.picardbachel@free.fr> wrote:
Cher Monsieur Ouakine,
C'est donc certainement vous qui êtes à l'origine de cette énigme puisque
vous définissez de manière péremptoire, docte, sans aucun doute, et sans
attente d'apport extérieur ce mot nouveau « dramaticité ». Félicitation ! Je
vous demanderai juste une précision pour être de la gente ignorante, au
regard de votre talent à manier les mots inconnus du dictionnaire
(dramaticité, prégnance) : pourriez-vous vous amuser à votre tour pour nous
donner en une ou deux lignes une définition (qui serait le résumé de tout ce
que vous avez écrit) de ce mot que vous avez l'air d'aimer et surtout de
manipuler parfaitement.
Bien à vous.
Jean-Luc Picard-Bachelerie

----- Original Message -----
From: "Serge Ouaknine"
To: "Liste de discussion en francais sur lle theatre"
Sent: Saturday, February 07, 2004 8:15 AM
Subject: Re:_ce _que j'entends_par_dramaticité...


> La « dramaticité » ou le vertige de l'infini
> Serge Ouaknine
>
> La dramaticité est ce par quoi nous reconnaissons que l'art n'est pas la
« mimésis » du réel même
> s'il s'en inspire et nous en donne l'impression.C'est-ce qui fait bouger
notre perception d'une
> action donnée qu'elle soit métaphorique, stylisée ou prétende au naturel.
> Si le dramatique concerne l'action scénique et le travail assumé de
l'acteur, la dramaticité
> concerne, elle, la perception du public. C'est donc un lien linguistique
perceptible et qui place
> la représentation dans le champ du langage et de la conscience que l'on
s'en fait. La dramaticité
> est donc ce par quoi le « ce qui se joue » est perçu comme effet de
langage et secondairement
> comme prégnance d'une situation dont on est le témoin et non l'acteur. Qui
dit dramatisation dit
> donc conscience de distance et de proximité.
>
> La dramatisation, elle, ne peut pas s'imaginer en dehors d'un échange
palpable, alors que le
> dramatique peut demeurer virtuel et stoïquement littéraire. L'épaisseur
sensible de la
> dramaticité relève du subjectif car elle est un échange kinesthésique
d'odeur et de peau transmis
> par la sensation de l'action faite par un autre. La dramaticité est ainsi
le masque académique du
> voyeur. Mais cette expérience, si elle fascine les dénominations
universitaires, indique aussi
> qu'elle recèle une part objective. On attribut au concept de «
dramaticité » un potentiel de
> signification propre à l'analyse des effets qu'une action éffective peut
accomplir sur un sujet
> témoin. Par cette tentation de mesure, la dramaticité est la conscience
en mouvement d'un
> spectateur arpenteur.
>
> D'où la complexité d'avoir ou de pouvoir la définir. Elle est une mesure
qui échappe à son propre
> mouvement, appartient à un milieu culturel, à un moment, une circonstance
précise puisqu'elle
> opère la saisie d'un témoigne assigné à la fonction de spectateur. La
dramaticité va alors se
> concentrer sur des indices minimalistes, comme le transport technique,
esthétique et signifiant
> propres au mouvement invisible de l'action. La dramaticité ne peut pas se
confondre à la fable.
> Elle est ce par quoi la fable fait sens, elle est l'indice mais non
l'objet de sa fonction de
> véhicule, à l'intérieur d'une action en représentation.
>
> La dramaticité serait dans un portrait de personnage du peintre El Gréco,
la dentelle qui fait
> croire qu'un visage est doué d'esprit. Elle ne fait pas le visage, elle le
cerne et le désigne,
> tout en étant dentelle, fioriture détachée et pourtant effet de style
attaché irréversiblement au
> personnage auquel elle donne un pouvoir vain et discret. Chez le peintre
Vermeer ou le scénographe
> et metteur en scène Robert Wilson, la dramaticité est donnée par le
caractère éminemment souverain
> du paysage, la lenteur, la répétitivité des gestes, la lumière frisante
qui donne aux pierres, aux
> corps, une étoffe de présence désignant son propre retrait, un vide et un
être là, ni moins ni
> plus important qu'un clavecin ou un visage de jeune fille. Ce geste
minimal, cette distorsion
> lisible est la dramaticité particulière des tableaux maniéristes, où ce
n'est pas l'action qui
> est éloquente mais le fait qu'elle soit rappelé au regard, donc soulignée
par une légère
> distorsion.
>
> Si la dentelle d'une collerette amidonnée faite la dramaticité d'un
visage c'est que ce qui
> ajouré (donc vide) fait la lumière d'un regard qui doit demeurer secret.
La lumière de la dentelle
> agit autant comme illusion que prégnance irréversible.
> Hamlet rejouant devant sa mère et son beau-père la scène du meurtre figuré
de son père commet un
> action dramatique qui en retour éclaire le contexte du drame; la
dramaticité du re-jeu, sa vertu
> cathartique, n'est pas seulement inscrite dans l'écrit de Shakespeare mais
sera ce en quoi elle
> est réactualisée avec succès, « hic et nunc », aujourd'hui, pour nous,
maintenant, ici, afin d'en
> acquérir un frisson analogique. La dramaticité ne vient pas de l'action
objective d'Hamlet mais de
> l'effet de sa ruse. La dramaticité relève du principe de plaisir et
d'effroi, plaisir de jouir de
> ce qui est agit devant soi et qui agit sur la psyché et, effroi, car la
condition du spectateur
> est de demeurer « interdit », saisit par ce qui l'affecte.
> La dramaticité est donc un concept baroque puisque présent et fuyant, tout
en même temps,
> obsession résurgente de la culture Occidentale à vouloir saisir l'innommé,
depuis qu'il est dit
> que Dieu est lettre morte. La dramaticité est ce par quoi du sens instruit
néanmoins le témoin
> d'un monde dépourvu de créateur. Le drame c'est être coupable d'un acte
non commis. La dramaticité
> est de s'en savoir témoin. Quand Einstein dit E= Mc2, Picasso en déduit
le cubisme, afin de
> mesurer l'expérience relative de la finitude de tout regard sur un
tableau.
>
> Le dramatique se distingue de la dramaticité en ce qu'il appartient à un
monde clos, fini et figé.
> Une action est dramatique parce qu'elle est circonstanciée. Si on se
reporte sur le cadran
> cosmique d'un univers en expansion, la dramaticité serait, sur une scène
de théâtre, ce qui nous
> donnerait la sensation de cet infinitude, ce mouvement irréversible vers
notre propre
> inachèvement.
> Placé à une échelle infinitésimale, voire absurde, au seuil d'une
dramaticité absolue, notre voux
> inconscient est de trouver de l'eau sur Mars, pour quitter justement
l'existentiel du dramatique
> et vivre le relatif de la dramaticité. Au théâtre ce petit indice de rien,
la « présence », est ce
> par quoi l'acteur donne trace d'une forme de nécessité, une expérience
cognitive qui sait qu'elle
> ne sait rien sinon d'être une parole et un réceptacle de parole. La
dramaticité est alors ce qui
> rend le verbe action. Elle nous sensibilise au décalage perceptible propre
à l'art, de donner au
> corps en représentation une vertu de parole, même s'il ne dit rien, même
s'il n'est rien. La
> dramaticité est donc cet effet de présence qui se sait vide par effet
vital de mouvement.
>
> Amusez-vous avec ça!
> --------------------
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> Serge Ouaknine
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