référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2004-02/msg00013.html
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dramaticité Camille Rebetez



Bonjour et merci à toutes et à tous d'avoir autant animé le débat.

Je crois que j'ai réussi grâce à vos interventions  à davantage saisir
ce concept de dramaticité, fût-il quelque peu abstrus. Je vous livre en
deux mots le résultat provisoire de ma réflexion. Je vous invite
naturellement à le compléter ou  à le corriger.

À noter toutefois que ce concept n'est pas sorti de nulle part. Je ne
pense pas, quoique sa démonstration soit brillante, que monsieur
Ouaknine en est l'inventeur. Ce terme figure dans la littérature qui
s'intéresse à ces questions sur la dramaturgie contemporaine. Je l’ai
notamment repéré dans un article de Joseph Danan dans le numéro
d’Alternatives théâtrales intitulé « Ecrire le théâtre aujourd’hui ».
Quant à la formule de « noyau de dramaticité absolue », elle figure dans
une intervention quelque peu polémique de Denis Guénoun au Forum du
théâtre européen intitulé… Ecrire pour le théâtre aujourd’hui.

Je pense que la dramaticité correspond en fait à l’âge adulte du genre
dramatique. Il aura fallu une lourde crise d’adolescence durant laquelle
celui-ci s’est livré à de multiples expériences mettant en cause sa
propre identité pour retrouver un certain équilibre. Sous le joug de
normes très strictes dictées par l’école d’Aristote, le drame, jaloux de
la liberté dont jouissaient ses congénères sur le plan formel – les
genres épique et lyrique –, a fait exploser toutes ses normes pour en
retrouver l’essence après une perte complète de repères, après la
dissolution de tous ses attributs. Il n’y a plus véritablement de normes
dans la dramaturgie contemporaine. Il y a une sève - la dramaticité -
qui permet au drame de se définir par rapport aux autres genres
littéraires. Les normes qui ont sauté sont les principes tels que le
continuum, les règles des unités, la vraisemblance. L’essence de celles
qui demeurent se situe davantage du côté de l’action et d’une tension
que le drame peut faire naître mieux que tout autre texte, n'en déplaise
à Viez. Une porte entrebaîllée est plus dramatique qu’une porte ouverte!
Quelque chose de plus mystérieux, de plus dramatique, est susceptible
d’y survenir. Les auteurs contemporains s’avèrent donc les légataires de
cette crise d'adolescence du drame en ce qu’ils peuvent jouir d’une
liberté nouvellement acquise d’après la spécificité de leur écriture. Et
cette liberté donne lieu à de multiples variations de cette dramaticité
contemporaine. Une dramaticité dépouillée et nucléique est palpable chez
un auteur comme Fosse ; une dramaticité ténue et fraîche chez Evelyne de
la Chenelière ; une dramaticité survoltée chez Srbjlanovic ou chez des
auteurs de la nouvelle génération formée à l'école du film ; ... Je vous
laisse compléter la liste à l'envi.

J'espère ne pas trop m'être fourvoyé. 

Merci à tous.

Camille Rebetez
Etudiant

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