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Re: Petit test de dramaticité William Weiss



Je pense que je l'ai eu: la dramaticité peut être soit palpitante soit
ennuyante.
William Weiss

----- Original Message ----- 
From: "Serge Ouaknine" <serge_ouaknine@yahoo.fr>
To: "Liste de discussion en francais sur le theatre" <queatre@uqam.ca>
Sent: Sunday, February 15, 2004 6:10 AM
Subject: Petit test de dramaticité


> Petit test de dramaticité
> Serge Ouaknine
>
> 1) Imaginons un théâtre absolument immobile - des acteurs figés - la
dramaticité commence t-elle
> dans la durée de ce silence absolu du geste ou au moment ou un oil s'ouvre
et regarde le
> spectateur ?
> 2) Imaginons une porte fermée - elle s'ouvre lentement - la dramaticité
est à son climax pendant
> que la porte s'entrouvre lentement ou après,  dan son immobilité absolue d
'ouverture suspendue ?
> 3) Imaginons une porte entre-ouverte. Certains disent qu'elle serait plus
dramatique qu'une porte
> fermée, ce dont je doute, car on n'a pas défini la taille  de la porte; je
suppose qu' on
> l'imagine classique, à échelle  humaine,  mais alors pourquoi tous les
pouvoirs absolus
> bâtissent-ils des portes d'édifices géantes sinon pour rendre dramatique
le passage de la porte
> et ainsi confirmer symboliquement l'autorité (close ou ouverte) du lieu
que la porte introduit? 4)
> Imaginons un acteur très volubile - la dramaticité est t-elle en son
agitation absolue ou dans le
> drame existentiel invisible que son déplacement tente de masquer ?
> 5) Imaginons un acteur presque silencieux et économe de ses gestes (
Buster Keaton  au cinéma, une
> sorte de Beckett au théâtre) est-il plus, ou moins  « dramatique » que
Charlie Chaplin -
> pantomimique et sur-expressif - ( une espèce de Molière moderne à l'écran)
? La dramaticité de
> Keaton est du côté de la force de son intériorité,celle de Chaplin dans sa
lutte avec le contexte.
> Un oratorio contre un concerto.
> 6) Reprenons l'exemple Keaton/Chaplin,  peut-on affirmer que la différence
de dramaticité tienne
> seulement à une différence de stratégie de présence, de mouvement, de
quantité et de style? Que
> dire de la valeur du contexte dramatique intrinsèque, c'est à dire
l'action « clé » dans laquelle
> 2 hommes vont agir et réagir. La dramaticité ne serait-elle pas alors une
différence de rythme ( à
> drame égal) ?
> 7) Imaginons « Un Fin de partie » ou un « En attendant Godot », la
dramaticité est-elle dans la
> virtualité de ce Dieu absent ( par différence à un Racine où il serait
omniprésent) qui pétrifie
> les uns et rend passionnés et volubiles les autres? La dramaticité
est-elle dans l'action visible,
> dans la parole audible ou dans cet « ailleurs » dramatique, implicite et
absent à notre regard et
> de notre ouïe?
> 8) Faisons les exercices ci-dessus. Je suppose que c'est quelque chose
d'analogue que fit en son
> temps et avec ses références, le cher Aristote. Cette question nous emmène
rapidement vers tout ce
> qui constitue le territoire imbattable du passage de l'oralité scripturale
d'un texte à son
> actualisation organique et scénique.
> 9) Tout ce que nous attribuons, en valeur absolue ou relative, s'effrite
devant le travail du
> temps - je ne parle pas du poids historique mais le la « durée »
constituante du jeu scénique, la
> temporalité ( et prégnance) de la présence effective. Ce que nous disons
du lointain théâtre du
> passé est aussi flou et déformé que ce qui courait déjà d'un temps plus
certain. Tchekov disait
> avoir écrit des vaudevilles (donc alertes et ironiques, sur la bourgeoisie
et petite noblesse
> russe), il reprochait à Stanislawski d'en avoir fait des « drames »
solennels et nostalgiques,
> emprunts d'un effroi psychologique et d'un vague à l'âme. Qui a raison ?
> 10) La dramaticté de Tchekov est-elle dans cette lenteur sublime du regret
qui espère ou dans la
> cadence agitée et ridicule des êtres qui désespèrent et attendent, sans
jamais savoir comment
> passer à l'acte? Sans doute les deux hommes se seraient bien complétés.
>
> La liste des membres de Queatre est constituée, fort heureusement, de ceux
qui ont une formation
> et donc une lecture essentiellement littéraire ou théorique et de ceux qui
ont une formation et
> donc une lecture davantage connotée par la pratique, enfin de ceux
nombreux, surtout dans les
> nouvelles générations, qui tentent un pont dans la revue de ces deux
mondes. Voilà pourquoi le
> concept de dramaticité est si riche et si impalpable.
> Jamais un coup de dictionnaire n'abolira le hasard.
>
> S.O.
>
>
> =====
> Serge Ouaknine
> Directeur du Doctorat en Études et pratiques des arts
> Université du Québec à Montréal
> Pavillon Judith-Jasmin, Local J-2681
> C.P. 8888, succ. Centre-Ville
> Montréal (Québec)  H3C 3P8 Canada
>
> Tél. :(1-514) 987-3000, poste 8456#
> Télécopie :(1-514) 987 3571
>
> Site du Doctorat : www.unites.uqam.ca/doctorat_arts/plan.htm
>
> Info UQAM : www.unites.uqam.ca/doctorat_arts
>
> Secrétatriat: Diane Lafrance, Pavillon J 2680 - tél. 987 3000 poste 1697#
> Courriel: lafrance.diane@uqam.ca
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