référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2006-09/msg00009.html
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RE: RE : La mise en scene du crime sylvain & meg



Bonjour,

en réaction aux courriels de MM Ouaknine et De Sousa.

Il n'y a aucun doute qu'il s'agit d'une tragédie. J'ai été, moi aussi,
profondément touché par l'assassinat d'Anastasia De Sousa et mes pensées
sont allées directement vers ses parents.

Cela dit, en lisant vos commentaires ce matin, ma première réaction en a été
une de surprise. Surprise face à un processus d’intellectualisation aussi
rapide d'un tel drame. Mais surtout, surprise de voir que tous deux portez
la responsabilité, l'origine du crime, vers les images créées par une
société dont, selon moi, l'homme a perdu depuis longtemps le contrôle. Il ne
s'agit pas du «contraire de la catharsis», mais bien d'une catharsis
exprimée et vécue, de l’intérieur vers l’extérieur, par le tireur fou.
Rejeté, mal-aimé, ridiculisé, incompris... peu importe: il souhaitait tout
faire disparaître d'un seul jet, d'un seul coup. Et, dans le même instant,
se fondre lui aussi à cette disparition. Comment tout le monde pouvait
fonctionner sans lui? Comment tout le monde pouvait être heureux sans lui,
sauf lui? Son cri d'alarme est une action désespérée, peut-être inspirée par
des images, des textes, des films, mais, dans un esprit de sacrifice sur
l'autel des médias (scène, vitrine virtuelle), il s'agit d'un grand coup de
pied dans la gueule d'une mécanique dont il n'a jamais fait partie, avec
laquelle il n'a aucun lien (social ou affectif) et qu'il déteste. C'est
ainsi qu'un collège devient la cible idéale: la jeunesse vibrante qui
accepte implicitement les règles du monde, qui représente l'avenir de ce
même monde qu’il déteste et auquel il veut mettre fin, cette jeunesse belle,
souriante, organisée, ponctuelle, qui fait ses devoirs... cette fourmilière
de 10 000 étudiants (qui s'attardent et s’intéressent à «étudier» le monde
tel qu'il est), cette jeunesse donc, c’est l'image parfaite - c’est le
miroir à briser.

Je préfère me demander pourquoi ces jeunes meurtriers s'attaquent aux écoles
plutôt que de m'attarder à leurs motivations. Car, en fait, s'attaquer à une
école, c'est s'attaquer directement à la source, à la pouponnière, à l’
incubateur, bref à l’avenir même d’un présent qui les écœure. C’est au
symbole de la continuité qu’ils s’attaquent.

Je crois qu'il faut chercher les sources de ces drames ailleurs que sur
Internet ou dans les films ou vidéos violents. Il y a chez l'animal humain
tout le potentiel et tous les outils pour créer de la barbarie... à partir
du néant. Je ne comprends pas de tels gestes, mais ce n'est pas que ça
arrive qui m'étonne, c'est que ça n'arrive pas plus souvent.

Sincèrement,

Sylvain Marois

-----Message d'origine-----
De : owner-queatre@uqam.ca [mailto:owner-queatre@uqam.ca]De la part de
Serge Ouaknine
Envoyé : 15 septembre 2006 04:04
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : RE : La mise en scene du crime


Bonjour Bernard Da Sousa,

Je suis comme vous touché par cet événement luciférien, au Collège Dawson.
Je reste persuadé que la société du virtuel, en faisant disparaître la
frontière entre réalité et fiction, encourage ou plutôt ces dérives.
Je crois aussi qu'une société  d'extrême médiatisation éclipse la "sacralité
"
du vivant de la valeur d'une vie de chair et de sang. L'apprentissage du
crime
se fait par celui de l’irréalité du « visage de l'autre » dont nous parle
Lévinas.
La banalisation de la violence palpable commence avec la violence écranique.
Finalement tuer une icône sur jeu video ce n'est plus  retirer une  âme mais
juste éclipser du regard une image animée, un obstacle au fantasme de soi à
exister par délégation virtuelle... Ainsi tombe la frontière entre réalité
et
fiction. Hélas.
Le théâtre nous pousse à l’humanité, à confronter l'humus et la prégnance de
la
vie, son épaisseur de temps et de lumière, avec ou sans coulisse l’artiste
sait
quand il entre ou sort de son personnage. Cette folie là est saine car l’
amour
commence avec la « distance »  qui nous permet de distinguer le « visage de
l’autre ».

bien à vous
Serge Ouaknine
.
--- Bernard da Sousa <bernardasousa@videotron.ca> a écrit :

> Bonjour,
> On comprendra que l'assassinat de la jeune Anastasia De Sousa, abattue
hier
> dans son collège par un tireur fou, m'ait particulièrement touché, même
s'il
> n'y a aucun lien de parenté.
> Mais au-delà d'une profonde tristesse partagée, je suis très frappé par
> cette mise en scène du crime dont nous découvrons  maintenant les traces:
> blog annonciateur, costume et coiffure gothiques, photos du protagoniste
> disponibles sur le Web, suicide annoncé: que penser de telles
"performances"
> morbides? En quoi certaines scènes de nos télés, cinémas, jeux vidéos,
sites
> Internet ou théâtres peuvent-elles contribuer à faire sauter les plombs
d'un
> spectateur?
> Il y a toujours eu des morts sur scène. Les pièces représentant Oreste,
> Brutus ou Macbeth ne sont-elles pas tout le contraire du modèle
> d'assassinat? Est-ce la complaisance mélodramatique sur le mode de mise à
> mort, l'exploitation du spectaculaire qui catalyse à l'envers, qui obtient
> le contraire de la catharsis? Est-ce Brecht qui avait raison? Artaud
> serait-il en train de nous trahir?
> Sincèrement, Bernard da Sousa.
>
>
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