référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2008-11/msg00004.html
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Appel è contributionsL L'allégorie Nigel Harkness



Bonjour,
Pour information.
On projette un numéro de la revue Romantisme sur l'allégorie. On ne suggère pas d'exemples de thâtre, mais ily aurait sans doute sa place. À vous de jouer.
Cordialement,
André G. Bourassa.

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Dear Colleagues,
 
Romantisme plans to publish a special number on Allegory in spring 2010 (see call for papers pasted below). Anyone wishing to contribute to this should send a short proposal to  Eléonor Reverzy (ereverzy@free.fr) by 31st December 2008.
 
 
Romantisme, revue du dix-neuvième siècle
Projet de numéro sur l’allégorie ( à paraître au printemps 2010)
 
Au début de la Troisième partie de L'Éducation sentimentale, Frédéric contemple le tableau de Pellerin : « Cela représentait la République, ou le Progrès, ou la Civilisation, sous la figure de Jésus-Christ conduisant une locomotive, laquelle traversait une forêt vierge ». Au-delà de la critique satirique de l'humanitairerie de 48, Flaubert pose ici la question de l'allégorie et de la relation de l'image à l'idée. Il pose également la question du regard à porter sur l'œuvre allégorique : comment la voir ? l'interpréter ? Parce qu'elle « représente » et narre, elle n'a pas pour visée le Beau, mais le Sens. Elle ne se contente pas d'être là, elle signifie avant tout.
Cette signification s'appuie sur une série de conventions, d'emblèmes, de signes tout faits, de clichés, de mythes, dont le XIXe siècle a engagé la critique globale et qu'il a entrepris de défaire, de démonter ou de parodier. Elle suppose également, suivant la vieille critique philosophique de l'image, que l'idée soit mise en images, et par là même simplifiée, réduite. La signification allégorique est donc concrétisation, incarnation. Elle est à la fois iconique et narrative, qu'elle soit plastique ou littéraire.
 
Le XIXe siècle s'impose à la fois comme le siècle de l'impossibilité de l'allégorie et comme celui de son grand retour. Condamnée par Goethe au tournant du siècle au profit du symbole, elle ressurgit, sur le plan théorique, à travers les analyses de Winckelmann lues par Quatremère de Quincy, en particulier dans son projet pour la décoration du futur Panthéon, qui se substitue à l'Église Sainte-Geneviève. C'est comme un nouveau langage architectural que s'impose alors l'allégorie, hiéroglyphe laïcisé susceptible tout à la fois d'inscrire la tradition et de dire le contemporain, en prise sur le présent et capable d'en extraire la dimension idéale. Les allégories politiques de Delacroix (La Grèce sur les ruines de Missolonghi en 1823, La Liberté guidant le peuple en 1830) ressortissent à la même démarche.
L'allégorie moderne, telle que le XIXe siècle la repense, évolue également vers le circonstanciel. Courbet donne pour sous-titre à son Atelier du peintre, Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma création artistique, plaçant ainsi le moi de l'artiste, sa création au centre. L'allégorie, obscure, lors même qu'elle s 'appuie sur des conventions, se fait intime, tout autant que publique, privée et historique en même temps. La tradition du genre pictural de l'Atelier devient moderne au sens baudelairien du terme.
 
C'est au risque de la dissolution. Dans le grand format de la peinture d'histoire, Courbet place les portraits de personnages réels (Baudelaire, Champfleury) et pose aussi la question des clefs (est-ce Achille Fould qu'on doit reconnaître ? la Présidente ? etc). Peut-on alors parler d'allégorie ? De même que le type qui, suivant la Préface d'Une ténébreuse affaire doit échapper à l'identification, la représentation d'individus singuliers et reconnaissables dans une toile allégorique n'en détruit-il pas le mode même de signifier, qui suppose la généralisation et la synthèse ?
 
Comparablement, le « tout pour moi devient allégorie » du « Cygne » de Baudelaire semble induire une dissolution de l'allégorie dans la réalité parisienne, saisie dans son immédiateté et dans son changement, mais c'est là aussi que se produit le sursaut de l'allégorie qui fait retour dans « l'image » du cygne.
 
Problématique donc et désavouée au moment même où elle est affirmée, comme on la retrouvera chez Verlaine, l'allégorie n'en maintient pas moins sa structure, celle du double sens, celle de la signification cachée qui place le lecteur dans la position de l'herméneute et fait de la lecture une enquête, une recherche qui, à mesure que l'héritage classique se liquide ou devient un substrat archaïque, se complexifie.
 
L'œuvre allégorique est ambitieuse puisqu'elle suppose un double discours, et est susceptible de parler au peuple comme aux lettrés. Les grandes œuvres allégoriques que sont la Comédie humaine ou Les Rougon-Macquart se construisent ainsi sur un double, triple, voire quadruple sens et prétendent être de nouvelles Écritures, fonder une spiritualité, voire une religion humaine : La Bible de l'Humanité de Michelet en 1864, La Légende des siècles (1859-1883) de Victor Hugo préfigurent les Évangiles que Zola publiera de 1899 à sa mort.
 
C'est qu'il s'agit aussi de s'adresser à ce que Balzac nomme dans l'Avant-propos de la Comédie humaine les « masses ». La dimension visuelle et narrative de l'allégorie l'impose comme une forme susceptible de parler au plus grand nombre. Lié donc à l'essor de la démocratie, le développement du trope semble devoir être mis en relation avec son possible impact politique. Parce que l'œuvre allégorique s'appuie sur des représentations conventionnelles (la Pauvreté, l'Orgueil, la Jalousie, ad libitum), elle est parlante et peut être définie comme démocratique. Elle relève aussi d'une autre transcendance, horizontale et en quelque sorte culturelle, qui prétend par là instaurer un autre rapport au sens.
 
La question politique inaugure donc un nouveau régime de l'allégorie au XIXe siècle, à travers laquelle sont reprises les tensions propres à son emploi : celle de la clarté et de l'obscurité, de l'analyse et de la synthèse, de la convention et du transitoire. Ce numéro de la revue Romantisme aura pour objectif principal de rendre compte de ce nouveau régime de l'allégorie en examinant particulièrement les relations entre allégorie et réalisme, la notion de type, le langage politique et/ou religieux que constitue l'allégorie, son iconicité et la manière dont la littérature se charge de donner à voir tout en racontant une histoire, l'exemplarité et sa contestation.
 
Les personnes intéressées peuvent envoyer une proposition d’article (un titre et un résumé d’une dizaine de lignes) d’ici le 31 décembre 2008 à Éléonore Reverzy (ereverzy@free.fr). Les textes des articles devront  être envoyés au plus tard le 30 septembre 2009.
 
 
 
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