référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2009-02/msg00002.html
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e: Artaud: la reprise de Pelléas et Mélisande Andre G. Bourassa



Bonjour
Intéressante cette mise au point Lugné-Poe/Copeau sur une reprise de Pelléas et Mélisande rapportée par Artaud.

Cordialement
AGB

Carla di Donato, qui vient de soutenir une thèse à 'lInstitu d'Etudes
Théâtrales de paris III sur Alexandre Salzmann et le théâtre du XX siècle nous
communique cette précisions:
Dans le passage du texte dénommé Le Théâtre d'après-guerre à Paris, dans lequel
Artaud parle d'Alexandre Salzmann, l'on trouve écrit (à la p. 181): "A la
reprise de Pelléas et Mélisande de Maeterlinck, dans un dispositif scénique de
Copeau,...".
L'on écrit, donc, qu'il s'agit de la reconstruction du dispositif scénique de
Copeau-Jouvet (utilisé pour la première fois à New York en 1917) employé pour
la reprise du drame de Maeterlinck en 1919 lors de la réouverture du
Vieux-Colombier à Paris, mais tout de suite l'on ajoute: Nous n'avons pas
retrouvé trace dans les programmes du Vieux-Colombier conservés au fonds Rondel
(Bibliothèque de l'Arsenal) d'une reprise de Pelléas et Mélisande au retour de
Copeau à Paris; pas plus dans le n° de la Revue d'Histoire du Théâtre (n°1,
2ème année, 1950) réservé pour moitié à Copeau, au Vieux-Colombier et à son
répertoire.
D'après mes recherches et les documents originaux trouvés et présentés dans ma
thèse, on a pu apprendre sans aucun doute qu'en 1919 Alexandre Salzmann se
trouvait et travaillait en tant que chef-décorateur au Théâtre National de
l'Opéra de Tbilisi, la capitale de la Géorgie (par ailleurs pour les mises en
scènes de: Shota Rustaveli et Abesalom et Eteri pour lesquelles il réalise les
dessins, les costumes et les décors).
Dans la même année, 1919, Alexandre et sa femme Jeanne rencontrent pour la
première fois Georges Ivanovič Gurdjieff à Tbilisi, justement, comme on
l'apprend d'après les mémoires de Thomas (et Olga) de Hartmann, et le couple
Salzmann reste dans la capitale géorgienne jusqu'en 1920 quand les deux
Salzmanns échappent, avec Gurdjieff et son groupe d'élèves, de Tbilisi, pour
rejoindre Constantinople.
J'ai trouvé (chez son petit-fils qui vit en France) et produit dans la thèse
également ses deux passeports dans lesquels il n'y a pas de trace d'un voyage à
Paris avant 1921, quand Jacques Hébertot l'engage au Théâtre des
Champs-Elysées. En effet, en 1921 il s'y rendra et y travaillera pour la
reprise de Pelléas et Mélisande, mise en scène en décembre 1921 (la première
est le 11 décembre) en collaboration aussi avec Aurélien Lugné-Poe, justement,
comme les recueils de factice de presse (Collection Rondel, à BNF - Richelieu)
nous le témoignent clairement.

Enfin, quand Artaud parlait d'un arrangement scénique de Poe, il ne se référait
absolument pas à la première création de Lugné-Poe qui est à l'origine de la
fondation du Théâtre de l'Oeuvre au Théâtre des Bouffes-Parisiens en mai 1893,
mais bien sûr à la reprise, comme il le dit, du drame: celle qui eut lieu à
Paris au Théâtre des Champs-Elysées en 1921, quand la triade
Hébertot-Salzmann-Poe y présida.
Par conséquent, on pourrait affirmer qu' il n'y a eu aucune erreur auditive de
la personne qui a fait la transcription du texte au Mexique et qu'Artaud a
effectivement du dire Poe, se réferant à la mise en scène à laquelle il a dû
assister au Théâtre des Champs-Elysées en décembre 1921.
Pour un compte rendu et une analyse détaillée, raisonnée et documentée [d'après
l'exploitation des fonds Rondel] de cette reprise, mon article, issu de la
thèse en français, intitulé: "Alexandre Salzmann et Pelléas et Mélisande au
Théâtre des Champs-Elysées (1921)" a récemment paru dans la Revue d'Histoire du
Théâtre, 2ème trimestre - 2008, n° 238, pp. 153 - 170.