référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2009-12/msg00020.html
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RE: La question des styles =?windows-1258?B?TG/vYw==?=



Title: Re : La question des styles

Bonsoir

 

et merci à tous les contributeurs, tous intéressants par leurs arguments et/ou par leurs exemples, jamais dénués d’images ou d’humour.

 

Je voudrais répondre en détail à tous vos arguments et vous exposer les nombreux nouveaux problèmes qui germent de vos pertinentes propositions.

Mais pour l’heure je vais tenter de me mettre au clair, aidé par les remarques de Serge, André, & Tibor qui s’illustrent l’un l’autre, Laure dont le principe des pôles m’a rappelé l’opposition grand style / petit style que j’avais entendue développée par des élèves de Lecoq avec des inflexions de sens que j’évoquerai peut-être par ailleurs, et bien entendu Anne dont les développements redoutables d’efficacité suscitent l’admiration et que je ne voudrais plus trahir en les reprenant trop vite (ah ! l’enthousiasme ! mère patrie des imbéciles)... Soyez loués !

 

Je vous tiendrai au courant, dans quelques temps, des effets de vos apports dans ma réflexion et/ou dans ma pratique.

Je veux aussi vous dire le plaisir de lire des contributions qui viennent du monde entier, si rapides, et qui réjouissent mon esprit quant à un possible progrès à venir, ce dont parfois je peine à me convaincre, vergogna a mè. C’est l’esprit qui fonde cette liste et dont je vous sais grés.

 

Prenez soin de vous et des vôtres en ces fêtes, et gare aux fâcheux.

 

Loïc

 

 

De : owner-mascarene@uqam.ca [mailto:owner-mascarene@uqam.ca] De la part de Anne Vernet
Envoyé : mardi 22 décembre 2009 18:48
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : Re : La question des styles

 

Bonjour André,

Vous pointez quelque chose d’essentiel, à savoir qu’au-delà des styles, institués ou non, collectifs et/ou individuels, du jeu, viennent se greffer les mises en scène, et leur aptitudes, ou non, à (se) constituer en style – qui peut être éventuellement un mode de jeu nouveau, ouvrant des perspectives intéressantes tant à l’acteur qu’à l’écriture.
Ce sont d’ailleurs toujours les mises en scène qui ont été créatrices des “styles” de jeu.
Néanmoins, une mise en scène n’a pas à se rendre servile en regard de quelque style convenu, de jeu ou de code – y compris le code du n’importe quoi au motif du “pourquoi pas” et du caprice de la trouvaille. Un metteur en scène n’est jamais qu’un élément de la collectivité créatrice (acteurs, auteurs, personnages) qu’il prend à charge de figurer.
La mise en scène, à mes yeux, est au-delà de l’interprétation, elle est créatrice: c’est en cela qu’elle génère des styles de jeu, comme elle génère des écritures, et c’est pourquoi elle doit profondément connaître ce qui l’a précédée.
Connaître les traces qui nous précèdent, et en répéter, physiquement, l’expérience dont elle témoignent nous aident à construire une créativité autonome.

Amitiés,
Anne Vernet


Le 22/12/09 17:21, « Andre G. Bourassa » <bourassa.andre_g@uqam.ca> a écrit :

Bonjour Liïc,
Ce que Serge vous propose me paraît un style, que j'appellerais le Wide Way Waknine.
Le style, unmot qui vient de stylet, est une marque, une signature, un caractère, un type (au sens que les typographes ont conservé à ces deux mots).
Molière, Musset et Beckett ont laissé à leurs textes leur signature. Le problème du directeur artistique d'une troupe est double.
1. Imprégner sa marque sur un texte qui en a déjà une.
2. faire converger dans sa direction des comédiennes et comédiens qui ont déjà leur façon d,être.

Onne llit jamais un texte de la même façon, d'une période è l'autre, ce mot de Pascal, "Le silence éternet de ces espaces infinis m'effraie", a eu droit à des interprétations bien différentes de la part de ses amis jansénistes, des romantiques et des philosophes de l'absurde. Linterprétation de son image de la prison, qui est au cœur du roman "La Condition humaine", de Malraux, n'a rien à voir avec la sienne.
Vos étudiants de vront s'y faire: trouver leur voie propre, à la manière que vous propose Serge, mais découvrir aussi l'autre, qu'il s'appelle Molière ou Musset, Mesguich ou Mouawad. Je crois qu'il n'y a de grande mise en scène que lorsque la direction artistique réussit à harnacher, faire converger toutes ces énergies,
Amitiés,
André G. Bourassa

Bonjour Serge, et merci de votre réponse fulgurante.
 
J’adhère tout à fait de façon personnelle aux propos que vous tenez sur le personnage. En pratique, effectivement, dans la ligne stanislavskienne sans vouloir faire mon pédant de service, le personnage est là avec ses états, et l’acteur réagit (ou découvre comme le dirait Ariane Mnouchkine, par exemple) à ses signes intérieurs et extérieurs, à la situation et autre. Oui. Mais justement, et c’est là que vous mettez le doigt sur le problème qui m’occupe, lorsque l’on passe de la création à la réception, au point de vue du spectateur, donc, et que justement, dans notre observation du travail des autres qui sont sur le plateau, nous devons argumenter sur ce qui nous a ou non touché, sur la faculté d’untel ou d’unetelle à avoir précisément trouvé le jeu le plus juste, il nous faut des mots.
C’est sur cette seconde phase, et donc effectivement, pour reprendre votre métaphore, sur le fruit et non sur la racine, que mon problème se situe. Car, comme vous, je ne vois pas le style comme un point de départ, sauf dans des cas très particuliers, comme le travail du masque par exemple.
Evidemment, c’est là un défaut très français que de vouloir absolument mettre des étiquettes, et ne croyez pas que ce poids culturel puisse m’échapper. Disons même que dans le cas présent je le revendique, avec un soupçon de mauvaise foi. Disons qu’artificiellement je vais volontairement écarter la notion de personnage pour me centrer un peu sur l’acteur et sa manière d’interpréter. La plupart de nos apprentis ont une sorte de « personnage de travail », une façon de jouer qui leur est la plus naturelle dans le travail d’improvisation par exemple. Cette façon souvent marquée, justement, au niveau du style, va colorer les scènes où ils apparaissent, indépendamment du texte – qui n’est pas, lui non plus, un préalable à notre travail. Chacun voit la manière des autres, comme on parlerait de la manière d’un peintre, mais nous peinons à l’expliquer. D’où ma question.
 
Je prendrais un exemple pour tenter de rendre plus clairs mes propos : l’acteur Philippe Caubère qui a élaboré un spectacle de sa vie en plusieurs épisodes a développé un style de jeu qui lui est tout à fait particulier, lié en partie au fait qu’il soit seul sur le plateau et qu’il ait à jouer alternativement plusieurs personnages. Technique finalement assez répandue, mais avec moins de précision, chez d’autres comédiens de moindre qualité. Le Théâtre du Soleil à Paris, son ancienne « maison », a l’hiver dernier organisé un stage auquel il a participé. Des vidéos de ce stage sont visibles sur le site de cette troupe. Si vous avez déjà vu M. Caubère en scène, vous ne peinerez pas à le reconnaître parmi la meute des stagiaires, même quand il a un masque ou qu’il se trouve enrubanné dans des vêtements himalayens. Justement à cause de (ou grâce à) son style de jeu. Moi qui ne suis que simple spectateur, je peux témoigner de cela. Dois-je m’interdire de le qualifier ? Peut-être. Pour ma part, tant qu’on ne les mélange pas au moment du travail, je ne me suis jamais interdit l’alternance d’une part créative - j’ai envie de dire magique ou sacrée du théâtre - et la part analytique, plus froide et moins excitante mais qui clarifie souvent ma pensée. Je caricature à dessein vos propos… Juste pour le plaisir rhétorique, et, comme je le disais en ouverture, j’adhère tout à fait à votre opinion d’un point de vue individuel. Dans la tourmente (je rencontre de plus en plus de comédiens ou de metteurs en scène qui remettent en cause cette notion de personnage, voire la combattent) il semble que de l’autre côté de l’Atlantique une certaine forme de tradition l’emporte. Est-ce une vision partagée ? Les membres ont-ils les mêmes échos que moi ?
 
Joyeuse dinde à tous, et attention aux marrons.
 
Loïc
 
De : owner-mascarene@uqam.ca [mailto:owner-mascarene@uqam.ca] De la part de Serge Ouaknine
Envoyé : mardi 22 décembre 2009 00:41
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : RE: Mes vœux les meilleurs et ...à Loic sur la question des styles

Loïc, ne vous souciez pas du style de jeu mais plutôt du processus créateur des acteurs. Le style est un fruit, pas une racine. Dites leurs seulement de jouer vraiment plus vite ou vraiment plus lentement que dans la vraie vie.  Et vous verrez  se faire et se défaire devant vous la variation des styles. Enfin ne pas jouer le sens du texte mais travailler d’abord à partir des êtres, la vérité de la présence. Le style est le fruit d’une question ce n’est pas une réponse qui précède le jeu. Mais vous avez le droit d’avoir et d’inventer des contraintes, d’accessoires, de costumes, d’espace, de proximité ou de distance, de mouvements extrêmes ou de tremblements immobiles. La vraie question au théâtre est de savoir ce que l’on veut sacrifier. La présence est indépendante du sens des mots. Au début on confond la psychologie avec la présence de l’âme. Ne mettez pas de mots sur des émotions qui seraient à jouer. Les émotions sont le fruit des sensations cachées de l’acteur. Les sensations sont formulables, pas les émotions. On me part pas des émotions pas plus que le style ne saurait anticiper le travail. C’est le spectateur qui y arrive. Chercher la sensation  qui vous comble et le style que vous ignorez surgira. Pourquoi Ophélie se suicide-t-elle ? Est elle une trahison ou a t-elle été trahie. Hamlet n’est pas nécessairement le centre du spectacle qui porte son nom. Hamlet n’a pas de style, c’est à vous de donner, autrement, une forme et un sens aux situations qu’il traverse. Essayez Ophélie rageuse, puis Ophélie perverse et charnelle, et Ophélie prude pressée d’en finir... Ophélie les yeux fuyant ou perdus dans le passé. Vivre n’est pas un style c’est un  point de vue sur la vie que vous devez élucider. La forme est un retour ce n'est pas un départ. Le style est ce qui advient comme un bonus  innatendu , comme un cadeau sans boutique.