référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2010-02/msg00017.html
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Re: Une dramaturgie du "nous"? Patrick Leroux



Bonsoir,
 
Il y a également tout le théâtre de Jean-Claude Germain et un pan important du théâtre de Michel Garneau qui, tout en étant clairement écrit dans le style auctorial propre à Germain et Garneau, s'inspirait d'improvisations du collectif tantôt mis à la disposition de l'auteur, tantôt (selon les projets) à l'origine de l'écriture scénique où l'auteur agissait en tant que scribe avant de "littérariser" l'oeuvre commune pour en faire sienne.
 
Sans trop m'attarder au "nous" (tant l'effet de miroir scène/salle que la prémisse ), je traite néanmoins de la question du passage pronominal du nous au je (en passant par le "tu" qu'on retrouve dans toutes ces pièces "biographiques" au Québec au cours des années 1990 surtout, pour ne rien dire du théâtre autoréférentiel, véritable théâtre de réplication) dans le théâtre québécois dans ma thèse de doctorat (soutenue à Paris 3), "Le Québec en autoreprésentation: le passage d'une dramaturgie de l'identitaire à celle de l'individu". La thèse trace le mouvement vers une dramaturgie de l'autoreprésentation déclinée sous différents modes: l'autofiction, l'impromptu (Michel Tremblay, Jean-Pierre Ronfard), l'autofrisson (Evelyne de la Chenelière), l'autofriction (Marie Brassard) et le récit de conversion (en mode d'apologie chez Pol Pelletier et de confesssion chez David Fennario).
 
L'exemple du Cabaret Neiges Noires qu'évoque Francis Ducharme est fort intéressant comme un revers, un rejet du poids d'un "théâtre du nous", rejet paradoxal puisqu'il se faisait également en collectif, d'une voix commune. Deux autres pièces analogues, rédigées autour du référendum de 1995, la Race française de Marie-Ève Gagnon et Si la tendance se maintient de François Archambault sont également fascinantes dans leur ambiguïté sociale/politique assumée et quant à l'émergence d'une individualité qui refuse d'endosser la doxa pronominale plurielle. Non pas de "l'anti-nous" mais plutôt du "nous, bien sûr, mais moi là-dedans?".
 
Ces deux dernières pièces n'ont pas été éditées mais elles sont disponibles au Centre de documentation du CEAD à Montréal.
 
Bien à vous,
Patrick
 
 
Dr. Louis Patrick Leroux
Assistant Professor / Professeur adjoint
Department of English &
Département d'Études françaises
Concordia University
1455, boulevard de Maisonneuve Ouest
Montréal (Québec)
H3G 1M8 Canada
pleroux@vif.com
(514) 848-2424, ext. 5617
office/bureau: LB 644-7
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From: owner-mascarene@uqam.ca [mailto:owner-mascarene@uqam.ca] On Behalf Of Francis Ducharme
Sent: 12 février 2010 09:37
To: Liste de discussion en francais sur le theatre
Subject: Re: Petite erreur de parecours

Bonjour,

De mémoire, je vous signale T'es pas tannée Jeanne d'Arc, du Grand Cirque Ordinaire. La bibliothèque de l'UQAM possède aussi un livre du Théâtre Euh! qui, si je me rappelle bien, comporte des textes de pièces, même s'il y a surtout un important dossier sur le processus, la démarche politique autour de tout ça... mais n'est-ce pas un moyen de justifier une dramaturgie dont la valeur esthétique ne serait pas autonome, comme vous le suggérez?

J'aurais envie de vous inviter à lire le collectif de 4 auteurs et acteurs Cabaret neiges noires, qui a connu un énorme succès dans les années 1990. C'est une pièce qui s'inscrit dans une sorte d'«anti-nous» ou d'un «nous» noir de génération X, un nous désillusionné, gravement pessimiste, rempli de références grinçantes à la Révolution tranquille et aux grands projets collectifs. Chez VLB, voir :http://www.edvlb.com/ficheProduit.aspx?codeprod=166364. Ironiquement, il me semble que l'envers ou la chute d'un idéal politique peut donner lieu à une grande réussite esthétique!

Bonne recherche,

Francis Ducharme
Étudiant au doctorat en études littéraires
UQAM