référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2010-04/msg00007.html
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Jouer à chaud? Bernard da Sousa



Bonjour,

Un jeune acteur m'a raconté combien il lui avait été difficile de se défaire d'un personnage morbide auquel il avait dû trop longtemps s'identifier. On lui avait enseigné à tenter de trouver au fond de soi et d'exacerber de légers sentiments analogues de haine, de violence ou de désespoir, de façon à en vivre les signes extérieurs. Ses professeurs, s'inspirant, paraît-il de Stanislavski, n'auraient-ils pas confondu le vraisemblable avec le vrai. Est-ce ce jeune acteur qui n'a pas su déterminer les limites de sa personne et du personnage?

On raconte que James O'neill tentait de sortir de Monte-Cristo, mais que Monte-Cristo ne sortait pas de lui. Andrée Champagne a réussi à sortir de Donalda, mais il a fallu des années avant que Donalda sorte de Champagne. Un de mes amis a joué Maître après Dieu tellement à chaud qu'il s'est pris pendant des années comme maître après Dieu.

Enseigner à des comédiennes et comédiens n'implique-t-il pas qu'on leur apprenne à faire porter leur effort sur les signes extérieurs d'un sentiment et non sur le sentiment lui-même? Y a-t-ilune théorie du jeu qui insiste sur le signe plutôt que de mener à une manipulation de la psyché? Comprend-on mal Stanislavski, ou oublie-t-on qu'il n'avait de la psychologie que des connaissances rudimentaires (l'œuvre de Freud était encore bien peu traduite et répandue).

Cordialement, 
Bernard da Sousa