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Dernier appel: L'art de la mystification au XIXe siècle (Revue Romantisme) bourassa.andre_g



Réenvoyé-De : "Andre G. Bourassa" <bourassa.andre_g@uqam.ca>
De : "Griffiths K.S." <K.S.Griffiths@swansea.ac.uk>
Date : 15 juin 2010 08:46:11 HAE
Réenvoyé-À : Mascarene <mascarene@uqam.ca>
Objet : Dernier appel: L'art de la mystification au XIXe siècle
(Revue Romantisme)
Répondre à : "Griffiths K.S." <K.S.Griffiths@swansea.ac.uk>

Projet de numéro de Romantisme (2012-2). L?art de la
mystification


La mystification, comme toutes les formes de raillerie
spirituelle, fleurit au XVIIIe siècle, dans les innombrables
sociétés de rieurs qu?a décrites l'historien Antoine de Baecque
(Les Éclats du rire : la culture des rieurs au XVIIIe siècle,
Paris, Calmann-Lévy, 2000). Mais cette prospérité de la
mystification style Ancien Régime ne met que mieux en valeur
l'extraordinaire inflation des pratiques mystificatrices, dans
la culture post-révolutionnaire. À cela trois raisons
principales, qui constituent autant de pistes possibles pour
des articles éventuels:
1) La mystification d?Ancien Régime participait de la mondanité
aristocratique, des rituels et des modes de reconnaissance ou
d?exclusion propres à une caste sociale homogène. Au XIXe
siècle, la mystification envahit l'espace public et, en
particulier, l'univers de l'imprimé public (livres et journaux
confondus). De manière significative, Jean-Louis Jeandillou a
exclusivement consacré son étude de la mystification littéraire
(Esthétique de la mystification, Paris, Minuit, 1994) à la
?supercherie?, portant sur le nom de l'auteur. D?autre part et
plus généralement, les journaux du XIXe siècle constituent sans
doute le théâtre principal d?une activité mystificatrice
protéiforme et tous azimuts.
2) Les écrivains s?en donnent d?autant plus à c?ur joie que
leur cible privilégiée est leur public lui-même, qui les fait
vivre mais que, pour cette raison même, ils prennent soin de
maintenir ironiquement à distance. En marge de l'univers de
l'imprimé et de ses contraintes médiatiques, la mystification
est désormais au c?ur de la sociabilité littéraire (cénacles,
bohème, camaraderie ?) et contribue ainsi, même sur le mode de
la provocation ou de la dérision, à structurer le champ
littéraire en formation.
3) À la limite, l'écrivain ou l'artiste tendant à s?affirmer
face à son public et le plus souvent contre lui, toute
innovation artistique ou littéraire peut être considérée comme
une mystification (on l'a dit pour Baudelaire, Mallarmé, les
impressionnistes?) ? ou une ?fumisterie?, la fumisterie étant
une forme exacerbée de la mystification : voir les Arts
incohérents. Au point que cette intrication de l'art et de la
mystification finit par apparaître comme la marque distinctive
de la modernité et il est possible d?en retrouver les traces
jusque dans les ?uvres littéraires majeures du XIXe siècle ?
chez les poètes lyriques modernes et chez les romanciers
réalistes-naturalistes, notamment.

Trois autres problématiques méritent en outre d?être explorées:
1) Bien sûr, la parodie est l'une des formes principales de
mystification. Toutes les parodies ne sont pas mystificatrices
(cf. la parodicité revendiquée de multiples parodies) et toutes
les mystifications ne sont pas parodiques, mais les
recoupements sont nombreux. En outre, la parodie peut
fonctionner sur les modes mystificateur (lorsque la
mystification se sert de la parodie) et démystificateur
(lorsque la parodie est au contraire destinée à éclairer les
lecteurs sur les limites et défauts de l'?uvre prise pour
cible).
2) Mystification / gender. La mystification semble être
socialement et culturellement le domaine réservé des hommes, au
XIXe siècle. On sait pourtant que quatre femmes assistaient aux
séances des Hydropathes (Sarah Bernhardt, Nina de Villard,
Rachilde et Marie Krysinska). Les femmes ont-elles su / pu
utiliser la mystification? Trouve-t-on des mystificatrices au
XIXe siècle ? Et, dans ce cas, y a-t-il une pratique
spécifiquement féminine de la mystification ?
3) L?institutionnalisation des savoirs, les nouvelles pratiques
de la vie politique et l'autorité acquise par les sciences et
techniques donnent aussi lieu à de multiples détournements
mystificateurs, qui sont relayés par la culture de la blague et
du canular, particulièrement vivace sous la Troisième
République.

De façon plus générale, l'analyse de la mystification amène
toujours à mettre en regard des réalités culturelles et des
productions littéraires et artistiques : nous souhaitons que
cette double articulation, à la fois formelle et historique,
soit au c?ur des articles de ce numéro. D?autre part, nous
rappelons que Romantisme, sauf exception et conformément à sa
politique éditoriale, privilégie les approches synthétiques ou
transversales par rapport aux études de cas monographiques. Ces
deux critères (la dimension de poétique historique et le
dépassement du monographique) seront particulièrement pris en
compte dans le choix des articles.


(Les propositions d?articles, sous forme d?un résumé de 1000 à
2000 signes, sont à adresser, avant le 30 juin 2010, à
Catherine Dousteyssier-Khoze
(catherine.dousteyssier@durham.ac.uk) ou à Alain Vaillant
(alaingp.vaillant@free.fr). Les articles définitifs seront à
remettre avant la fin novembre 2011.
L'adresse administrative: k.s.griffiths@swansea.ac.uk



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