référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2011-09/msg00026.html
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Message de détresse de Géorgie Michel Vaïs



Voici un message de détresse (en anglais) venu de Géorgie au sujet du renvoi du directeur artistique du Théâtre national.
Il est suivi d'une première réaction (en français) de Georges Banu, président d'honneur de l'Association internationale des critiques de théâtre.

Merci d'aider à les diffuser.
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Michel Vaïs
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Chers collègues,
Dear colleagues,

Nous venons de recevoir un message de détresse de la représentante de la Géorgie à l'AICT, Irina Gogobéridzé, concernant le renvoi de Robert Sturua, directeur artistique du Théâtre national Shota Rustaveli, par le ministre de la Culture. Je vous copie ce message ci-dessous, suivi d'une première réaction, de Georges Banu, président d'honneur de l'AICT. Je vous rappelle que le comité exécutif de l'AICT se réunira à Tbilissi, du 28 septembre au 3 octobre prochains.

We have just received a distress call from the Georgian representative in the IATC, Irina Gogoberidze, about the dismissal of Robert Sturua, Artistic Director of the Shota Rustaveli National Theatre, by the minister of Culture. I copied this message below, followed by a first reaction, from Georges Banu, Honorary President of the IATC. The Executive Committee of the IATC is to meet in Tbilisi, from 28 September to 3 October, 2011.

Au plaisir,
Best regards,

Michel Vaïs, Secrétaire général
Association internationale des critiques de théâtre
54, avenue Elmwood, Outremont/Montréal
Québec, Canada, H2V 2E4
(514) 278-5764
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le 07/09/11 23:18, Irina Gogoberidze à irenetval@yahoo.fr a écrit :

Dear Colleagues,

I would like to inform you that by a decree signed on August 9, 2011, Mr. Nikoloz Rurua, Minister of Culture of Georgia, dismissed Robert Sturua from his position as Artistic Director of Georgia’s first and foremost, the Shota Rustaveli National Theatre. Two days later, the Minister explained through the media that the cause of this dismissal was xenophobic statement made by Robert Sturua. However, the Georgian society, who has never witnessed any evidence of xenophobia in Robert Sturua’s performances or his public life, knows only too well that the real reason behind this decision was political. Georgia’s government was very displeased by Robert Sturua’s critical public statements, interviews and his performances, created to criticize causes of an immense, irreversible void that appeared between the Establishment and the Georgian society.

The great maestro is now left without his theatre, and the Rustaveli National Theatre, the image of Georgia’s cultural life, faces hard times. The company is protesting, the start of the season is under question and the scandal around Robert Sturua is alarmingly growing into a larger dimension where the Georgian culture is threatened with well concealed censorship. 

I am sure that out foreign friends and colleagues have seen at least one performance of Robert Sturua, or have heard that Robert Sturua has staged 19 out of 37 Shakespeare play, that his “Caucasian Chalk Cricle” is amongst the best performances of the 20th century, that his shows, saturated with breathtaking fantasy, grotesque, ironical and philosophic metaphors, always ponder the same themes of interrelationship of human, freedom and power. 

Your kind words of support will strengthen us in the fight against political persecutions of artists and censorship on culture.

Dr. Irina Gogoberidze
Theatre Critic, Member of IATC
Professor at the Tbilisi University of Theatre and Film
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Chère Irène, 

Je suis consterné par cette décision. Et très triste. Un peuple, comme le peuple géorgien,  menacé par “le grand voisin” trouve dans “les grands artistes” ses meilleurs défenseurs dans le monde. Leur mise à l’écart prend le sens d’un sacrifice absurde, d’une déroute pour le gouvernement qui doit sécuriser ce peuple. C’est le cas de la Géorgie aujourd’hui. 
Robert qui dort dans le théâtre pour faire du théâtre n’a d’autre raison de vivre que ...le théâtre. L’éloigner du théâtre prend le sens d’une mise à mort. On tue les artistes non seulement avec les balles comme le célèbre géorgien qui du haut du Kremlin a ordonné tant de meurtres. On les assassine aussi en les privant de leur raison de vivre.
Dans l’Hamlet de Robert Sturua le prince désespéré en prononçant le célèbre monologue “ Des mots, des mots, des mots” jetait les papiers dans les flammes en brûlant “les mots” par désespoir. Il n’y a pas de scepticisme plus profond! Et, aujourd’hui, un ministre jette au feu “les spectacles” de Sturua en voulant tuer un artiste et son œuvre. Œuvre qui est faite, comme dit Prospero, dans la Tempête, de “la matière de ses rêves”. Elle réclame respect , elle fait partie désormais du “patrimoine immatériel” de la Géorgie. 
Quand, célèbre, Jean Paul Sartre attaquait sans cesse le général De Gaulle et ses partisans attendaient de sa part une réaction contre le philosophe rebelle celui – ci répondit: “ On ne touche pas à Sartre”. Le militaire qu’il était avait compris la portée symbolique du philosophe pour tout un peuple. Sturua, pour nous, est aujourd’hui  le Sartre de la Géorgie.
Lors de la crise avec la Russie je suis venu à Tbilissi pour les 70 ans de Sturua – bien que bon nombre de mes collègues, à la dernière minute, par peur renoncèrent au voyage! Et alors j’ai été fier d’être dans un pays qui, malgré la menace, fêtait un artiste. Quelle leçon de dignité, me disais-je alors admiratif! Quelle leçon d’indignité, me dis-je aujourd’hui, en apprenant la décision officielle qui le frappe. 
Le monde s’obscurcit et le sacrifice des artistes, toujours, ne présage que douleur. Mais aussi bêtise car, je me souviens encore du  policier français qui ne sanctionnait pas un ami metteur en scène  en infraction en affirmant:  “ je vous pardonne car nous avons tous besoin d’artistes”. Un jeune policier et non pas un ministre de la culture! 
De très près, avec le souvenir de la nuit passée avec la fine fleur du théâtre géorgien pour le fêter, aussi bien que des soirées dans la Cours du Palais des papes à Avignon pour voir Richard III ou le Cercle de craie caucasien, je serre dans mes bras Robert Sturua, l’artiste ami. 

Georges Banu
Président du prix l’Europe pour le Théâtre 
Président d’honneur de l’Association internationale des critiques de théâtre
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