référence : http://listes.cru.fr/arc/medievale/1998-03/msg00103.html
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Re: Cours en ligne cleclercq






En réponse à la question posée il y a peu de savoir où et quand avait
été fondé l'Empire Romain Germanique, je me permets d'ajouter ma
petite contribution, mais à mon avis il ne doit rien y avoir de
vraiment original.

Bonjour,

Je ne suis ni Français, ni historien.
Je ne suis pas Historien, simplement prof. de Français en Belgique et
qui, pour compléter son horaire, a dû accepter des cours d’Histoire.
De plus, les préoccupations et les contraintes pédagogiques et/ou
matérielles m’ont toujours empêché de lire et d’étudier autant que je
l’aurais voulu.
Enfin belge de nationalité, je n’ai pas toujours la même perception
des événements que les français.
Tout ceci ne m’empêche pas de donner mon avis.

On cite dans plusieurs livres d’Histoire la date du 2 février 962 et
la vile de Rome (ce sont d'ailleurs les "clercs" du pape qui
rédigèrent les textes légaux). Le pape Jean XII y couronna Empereur le
roi Otton (fils de Henri I°, roi des Saxons).
Les raisons en sont que Otton I, consolidateur de la royauté en
Allemagne , soutien de l’Eglise et de son effort de Christianisation,
et vainqueur des Hongrois en 955 à Lechfelden, devait apporter son
soutien au Pape, dans un accord de réciprocité.
Mais je pense que la question de la date de création du St-Empire
Romain Germanique (ou de la Nation Germanique, comme on l’a dit
précédemment) est un piège.
En effet, le terme en question ne date, selon mes souvenirs, que de la
fin du Moyen-Age (XV° s.),  non ?
Par contre au niveau du fait en lui-même, on peut dire que la
reconstitution de l’Empire Romain a hanté, déjà au moment de sa
 décadence », tous les conquérants, les souverains qui ont régné en
Europe Occidentale.
Clovis, Charlemagne, ont tendu, et réussi à des niveaux différents, à
reconstituer cet « idéal » de l’Empire Romain.
Avec la prérogative et le devoir de défendre le monde Chrétien et la
Papauté.
Mais cet Empire d’Otton I°, s’il est réellement germanique de par sa
composition, il n’est romain que par son lieu de naissance et de plus
il  ne reprend même pas les limites de l’Empire de Charlemagne.
Il ne comprend pas la Gaule, la Francie occidentale (résultant du
partage de l’Empire Carolingien en 843)
Et les Etats Pontificaux qui y sont associés ne représentent guère
toute l'Italie, et encore moins la Francie Médiane
La péninsule Ibérique n’en fera partie (totalement) qu’à partir de
Charles-Quint !
Empereur et Auguste, Otton I est le successeur de Charlemagne, pas des
empereurs romains.
Ce n’est que Otton III (980 – 1002),  petit-fils d’Otton le Grand,
fils d’une impératrice byzantine, couronné à Rome en 966, qui tentera
de reconstituer politiquement une partie de cet Empire.
C’est lui qui portera à la papauté le savant moine Gerbert (le pape
Sylvestre II).
Il le soutiendra. Dans son esprit toute la chrétienté (présente et à
venir) doit faire partie de cet Empire dont l’Allemagne et l’Italie
sont le cadre actuel, mais extensible.
Il tentera donc d’associer La Pologne et la Hongrie à l’Empire, mais
heurtant les sensibilités de son époque, il sera chassé de Rome.
Son successeur ramènera sa cour en Allemagne.
La Querelle des Investitures et les Guerres des Guelfes et des
Gibelins marquent la « sortie » (c’est une image) progressive de l’
Italie de la sphère d’influence des Empereurs.
De plus l’Allemagne au Moyen-Age est un tissu peu homogène de
centaines de principautés, de royaumes, d’évêchés, de seigneuries, de
villes libres etc..
Le principe du Pouvoir central y est faible, battu en brèche par les
appétits des Seigneurs et par le principe de l’électivité !
Je pourrais continuer, mais je crois que mon idée est saisie : il n’y
a pas vraiment d’Empire Romain Germanique.
Ni dans le type de pouvoir centralisé. Ni dans l’extension
géographique. Ni même dans l’unité législative. Ni dans l’unité d’un
support linguistique commun (le latin). Ni même dans la monnaie
commune.
C’est une question de mots.
J’espère que je ne vais pas m’attirer les foudres des « pontes ».
Mais c’est ce que j’ai tenté d’expliquer à mes élèves.
Un mythe quasi Européen. Celui d’un empire uni, fort, homogène et qui,
dans l’occident européen et chrétien,  se veut «grand» pour mieux
résister aux différents courants migratoires (invasions ?).
Napoléon ne cédera-t’il  pas lui aussi à ce mythe ?
N'est-ce pas non plus dans l'inconscient mythique de Robert Scumann et
de Paul-Henri Spaak, pères fondateurs de la C.E..E en 1956 ?
Veuillez excuser ma longueur. Ce n’est pas de mise, mais je répugne à
résumer. C’est trop touffu.
Bien à vous.
C.Leclercq.


-----Message d'origine-----
De : Christos NUESSLI <christos.nuessli@span.ch>
À : Liste de discussion sur l'occident medieval <medievale@uqam.ca>
Date : vendredi 27 mars 1998 17:27
Objet : Re: Cours en ligne



> A ce propos, j'interroge les historiens français ; où? et par quel
texte? le
> Saint Empire Germanique a t'il été fondé, ce lieu se trouve t il en
France ou
> en Allemagne?.
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Christos NUESSLI