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Re: THEORIE FEODALE Christos NUESSLI



Bonjour et merci pour ces descriptions des états francs de l'an 1000.

> Effectivement les liens entre les princes du sud de la Loire (a peu pres) et
> ceux de 'Francia', duche de Bourgogne y compris (le comte dependant de
> l'Empire), s'etaient distandus depuis assez longtemps en l'An Mil. La
> fracture (des Medievistes plus competents que moi pourront preciser tout
> cela) peut etre etablie aux alentours des annees 880-890, a la mort de Louis
> le Begue, l'accession de Boson au trone de Provence (ou d'Arles) et a
> l'election d'Eudes de Paris en tant que roi des Francs (Eudes ayant ete elu
> par les seigneurs de Francia, ce qui tend a prouver qu'en 888 la fracture
> etait deja consommee).

> J'ai effectue quelques recherches sur le regne de Louis IV d'Outremer
> (936-954), et cette periode est une etape interessante pour comprendre
> l'evolution qui mena a la situation de l'An Mil. A cette epoque, le jeune
> Louis IV desireux de reconstruire le domaine royal accapare par les grands
> feodaux se heurtait principalement aux comtes de Vermandois (ancetres des
> comtes de Champagne, et d'Eudes II de Blois par les femmes; c'est une partie
> de leur heritage qu'il recueillit en 1019) et a Hugues le Grand, pere
> d'Hugues Capet, maitre d'une principaute correspondant a peu pres a l'ouest
> de l'ancienne Neustrie.

> Sans entrer dans les details, je releve que Louis IV n'avait qu'un pouvoir
> extremement nominal sur tous les barons du sud, qui d'une maniere generale
> ne leverent pas le petit doigt pour l'aider, sauf le comte de Poitiers
> Guillaume Tete d'Etoupe (pour des raisons politiques: il etait le beau-frere
> de Guillaume Longue-Epee, 'duc' de Normandie et allie de Louis IV), lequel
> reçut en recompense le titre de duc d'Aquitaine (et devint ainsi Guillaume
> III) a la mort du comte de Toulouse Raymond III Pons en 951.

Ainsi donc le duché d'Aquitaine appartenait bien à la famille de
Poitiers en l'an 1000.


> Dans le nord, la situation etait plutot fluctuante, en fonction des interets
> politiques de chacun, mais le roi carolingien possedait toutefois une
> suprematie 'morale' contre laquelle Hugues le Grand ne put rien faire.
> Le meme processus de desagregation qui avait frappe le royaume des
> Carolingiens au IXe siecle se manifesta apres la mort d'Hugues le Grand
> (956), dans les annees de jeunesse d'Hugues Capet et de Lothaire, fils de
> Louis IV. Les comtes d'Anjou et de Blois prirent a cette epoque leur
> independance, tout en restant de fideles allies des Capetiens. La Normandie
> resta elle aussi l'alliee d'Hugues Capet, ce qui permit a Richard Ier de
> faire partie des pairs du royaume qui l'elirent roi en 987.

Je relève donc (j'avais déjà vu cette information) que Blois et Anjou
étaient DE FACTO indépendants mais, comme la Normandie, acceptaient
l'autorité du roi.

> En l'An Mil, la situation de la France me parait donc etre celle d'une sorte
> de conferedation unie par un passe et des references communes, sans que
> l'autorite du roi se manifeste tres concretement dans les faits en dehors de

Confédération = association d'états souverains qui prennent des
décisions à l'unanimité (N.-B. la Suisse moderne n'est PAS une
confédération au sens du droit constitutionnel mais les Emirats arabes
en sont une) Si la France de l'an 1000 était une confédération, je
devrais dessiner chaque état membre séparément ou alors signaler une
sorte de "Confédération de petits états francs" mais:
a) les notions juridiques modernes ne sont pas transposables telles
quelles au M.-A.
b) je relève les liens personnels et les alliances qui étaient forts, au
nord, et surtout l'autorité morale du roi appuyée par le pape.
J'en déduis que la France de l'époque formait une structure SVI GENERIS
à mi-chemin entre la confédération et la fédération avec un "centre"
assez solide sous l'autorité d'un roi neustrien et une "périphérie"
assez indépendante. 

> ses propres domaines. Les grands feodaux du sud (Toulouse, Gascogne qui a
> toujours ete tres independante...) ne relevent plus que nominalement du 'roi

Donc Toulouse et Gascogne peuvent être considérés comme
semi-indépendants.

> des Francs de l'Ouest' (question: a quel moment a-t-on commence a parler de
> 'roi de France'?).
Depuis Philippe-Auguste, non?

> Au nord, les liens personnels et les alliances sont tres
> forts (la mere de Robert II etait je crois la fille d'un comte de
> Poitiers/duc d'Aquitaine) mais le roi Capetien reste, politiquement, un
> 'primus inter pares'. Sa puissance politique n'est pas a la mesure du
> prestige que lui confere l'onction royale, prestige dont il peut se servir
> mais sans en abuser. (Le fait que le domaine capetien de 987 ait ete plutot
> faiblard a du compter pour beaucoup dans l'accession d'Hugues au trone; ses
> 'amis' de Germanie comme ses allies ne pouvaient pas tolerer un roi des
> Francs de l'Ouest trop puissant).

Oui et c'est assez drôle: "nommons-le chef ! c'est le seul qui nous
laissera tranquilles!" ;)

> Aux alentours de l'An Mil, les grands barons (Anjou, Blois, Normandie,
> Flandre, Champagne, Bourgogne) sont maitres chez eux et battent leur propre
> monnaie, mais leur sphere d'existence commune est la Francia. La Bretagne,

La monnaie n'est pas un critère. N'importe qui peut "battre" monnaie:
bons d'achat, jetons, chèques au porteur, "disney dollars" etc...le
domaine Borgeaud au sud de Sidi-Ferruch battait monnaie dans les années
'50. Et même la notion de "cours forcé" n'est pas un critère car elle
peut être instaurée contractuellement.

> elle, vit en marge des affaires franques, n'ayant a faire qu'aux comtes
> d'Anjou et aux ducs de Normandie, et ayant toujours refuse de s'integrer
> dans le royaume.
> Pour conclure, je pense qu'il ne serait pas faux de dire que les grands
> etats feodaux que j'ai cites continuaient de jure a dependre du roi, meme
> s'ils etaient souverains de facto. Le succes de la dynastie capetienne aura
> ete de faire peu a peu coincider les deux conceptions, arc-boutee sur le
> Droit.

En résumé, je dois ajouter le duché de Gascogne dans les
"semi-indépendants" de l'an 1000 mais pas encore le duché d'Aquitaine
(pour des raisons politico-familiales).

> J'espere ne pas vous avoir trop assommes... A bientot peut-etre !
> Loic Damilaville

Au contraire ;)
 
Meilleures salutations
______________
Christos NUESSLI
CH - 1400 Yverdon


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