référence : http://listes.cru.fr/arc/medievale/1998-07/msg00011.html
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Re: châteaux à motte du haut moyen-âge Béa et Olivier



OUERDANE wrote:

> J'ai du mal à trouver des renseignements concernant les châteaux du haut
> moyen-âge en bois (tours seigneuriales) appelés château à motte.
> Toute personne férue de ce domaine pouvant me renseigner est la bienvenue.
> Merci d'avance,
> Alain OUERDANE.
> e.mail adress: Alain.Ouerdane@wanadoo.fr

Bonjour,

je ne suis qu'une modeste étudiante, sans notion sur les châteaux du
moyen-âge, mais j'ai en ma posséssion le dictionnaire du moyen-âge, sorti en
1997, où se trouve un article sur le sujet, que je vous ai recopié.
j'espère que celà vous sera utile.

Béatrice Porco


Le donjon à motte

    La motte, qui mesure jusqu'à 100 mètres de diamètre à la base et 20 mètres
de hauteur, est un tertre de terre partiellement ou totalement artificiel, de
forme ronde, au profil convexe ou tronconique, toujours entouré d'un fossé. Il
en subsiste de nombreux exemplaires à travers toute l'Europe, de la Vistule à
l'Angleterre, de la Calabre à la Scandinavie, non seulement dans les zones
basses et marécageuses (le milieu d'origine) ou dans les plaines mais aussi
dans les éperons rocheux, en position de barrage à la racine ou de refuge à
l'extrémité. C'est à ces tertres que s'attache primitivement l'appelation
dunio ou domnio, c'est à dire résidence d'un dominus. Le terme de la motte
n'est utilisé dans ce sens qu'à partir du XII eme siècle.
     Sur la motte est érigée une tour en bois qui, après cinquante à cent ans
de tassement, peut être remplacée par une tour en pierre. On y accède par une
passerelle qui prend appui sur le bord extérieur du fossé et s'élève jusqu'au
sommet de la motte. Celui-ci est entouré d'une palissade ou cheraise, qui
forme enclos et protège la base de la tour. Une bonne description de ce
dispositif est donnée par la Vita Johannis Tervanensis episcopi, à propos de
Merckhem (vers 1120). Par la suite d'une évolution propre à chaque cas,
certaines mottes ont été privées de leur tour. Les bâtiments d'habitation se
sont alors appuyés à la chemise constituant ainsi de petites enceintes
perchées ques les Anglais nomment shell-skeeps (Windsor en est un exemple).
    La tour pouvait être une construction vaste et complexe, comme en témoigne
la chronique d'Ardres à propos d'un donjon de bois érigé en ce lieu vers 1120.
Au rez-de-chaussée, les celliers de vin et les resserres à grain. Au 1er
étage, la grande chambre seigneuriale, trois chambrettes pour le panetier,
l'échanson, les suivantes de la dame, et un cabinet pourvu d'une cheminée pour
les malades et les nourissons. Au second, le dortoir des filles, celui des
garçons et la salle de garde d'où les veilleurs montaient par une échelle sur
la terrasse pour guetter. Cette tour était doublée d'un puissant avant-corps
dont le premier niveau servait de garde-manger pour les viandes, le deuxième,
près de la chambre, de cuisine et de logements pour les cuisiniers, le
troisième de chapelle et de loggia pour deviser en prenant le frais.
    Le grand donjon résidentiel correspond à une volonté d'intégration des
divers éléments de l'habitation seigneuriale, dispersés dans l'enceinte, en
une seule et même construction offrant à la fois les avantages de la résidence
et ceux de la sécurité. Mais comme il est impossible de pavenir à une
intégration absolue, il reste toujours des bâtiments- granges, écuries,
forges... - qui doivent prendre place dans un enclos annexe, la basse-cours.
Tandis qu'une enceinte résidentielle peut se concevoir sanss donjon, un donjon
résidentiel ne peut se passer de basse-cours; une structure bipartite s'impose
nécessairement.

Bur, Michel, Dictionnaire du Moyen Âge, histoire et société, Encyclopaedia
universalis, Albin Michel, Paris, 1997, p460-461.

M. Bur donne aussi comme références qui pourraient vous intéresser :

F. A. Aberg dir., Medieval Moated Sites , C. B. A., Recherche Rapport, no 17,
Londres, 1978.
M. De Bouard, "De l'aula au donjon : les fouilles de la motte de la Chapelle à
Doué-la-Fontaine (Xe-XIe siècle)", in Archéologie médiévale, t. III-IV,
pp.5-110, 1973-1974.