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[MEDIEVALE:3213] Re: Prenoms , noms etc... Gauthier LANGLOIS



 Voici ci-dessous une petite synthèse sur l'origine des noms de familles dans l'espace occitan que j'avais préparé pour un livre qui n'est pas paru. Voir aussi la bibliographie ci-dessous. Mais le mieux pour connaître les noms des hommes et femmes du Moyen Âge est encore de lire les documents eux-mêmes (chartes, registres d'inquisition, chroniques...)
 
Cordialement,
 
Gauthier LANGLOIS
 
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L'apparition des noms de famille dans l'espace occitan

    Le système anthroponymique romain était composé de trois désignations : le prénom (nomen proprium), le gentilice (ou nom de famille), et le surnom (cognomen). Exemple : Caius Julius Caesar, connu sous le surnom de César parce qu’il était né par césarienne. Avec la christianisation de l’Empire et les invasions germaniques ce système fait place à une dénomination reposant sur un nom unique de baptême. Suivant la mode germanique, la plupart des hommes sont désignés par un nom exprimant généralement des qualités guerrières (Bern-ard = ours fort), les femmes par un nom souvent poétique, exprimant généralement la beauté, la nature ou des qualités morales. (Brunissen = la brune ; Azalaïs = noble lande, Laureta = petit laurier).

    Entre le XIe et XIIe siècle ce mode de désignation est progressivement remplacé par une dénomination à deux éléments. Parallèlement, le nombre de prénoms employés se réduit considérablement. Ce phénomène, appelé « Révolution anthroponymique » par M. Bourin, affecte toute l’Europe occidentale mais à un rythme et des modalités qui diffèrent suivant les régions. Le nouveau système triomphe dès le milieu du XIIe siècle dans l’espace occitan, seulement au XIIIe siècle dans le nord de la France.

    Cette révolution s’effectue généralement en deux temps. Dès le Xe siècle des individus font suivre le nom d’une désignation complémentaire personnelle, généralement introduite par une formule. Il s’agit soit d’un surnom (Bernardus Gratapaeam = Bernard gratte paille), soit d’un nom de métier (Guillelmus Faber = Guilhem le forgeron), soit le plus souvent d’une filiation explicite, généralement le nom du père ou nomen paternum (Bertrandus filius Fulconis = Bertrand fils de Foulques ; Pontius Tedomari = Pons [fils] de Tedmar) ; plus rarement le nom de la mère (Rogerius filius Guille femine ; Ermengarda filiam Rangarda). Dès le XIe siècle cette dénomination secondaire se fossilise et devient un nom de famille directement accolé au prénom. Dans un troisième temps, en particulier dans l’aristocratie, cette dénomination s’enrichit d’un troisième élément, la localisation, qui traduit l’enracinement dans le patrimoine (Raimundus Raimundi de Durfort = Raimond Raimundi de Durfort ; Berengarium del Podium = Béranger Delpech en occitan = Béranger Dumont en français). Ce troisième élément se substitue ensuite au second. Cependant, l’ancien système de dénomination à un nom coexiste avec le nouveau encore jusqu’à la fin du XIIIe siècle, et même au delà chez les clercs et les femmes.

    On a longtemps attribué cette révolution anthroponymique à la nécessité d’éviter les homonymies. En réalité, au XIe siècle, les homonymies sont rares, et c’est justement l’utilisation d’un nom de famille qui a permis la réduction du nombre de prénoms. Au XIIIe siècle, quelques prénoms, Pèire, Raimond, Bernat, Guilhem, Arnaut, suffisent à désigner les trois-quart de la population. L’invention du nom de famille est en fait une des composantes de la mutation féodale. Elle traduit les changements d’une société qui s’enracine dans le lignage et le patrimoine.

Gauthier LANGLOIS

 

Brenon (Anne). - Le petit livre aventureux des prénoms occitans au temps du catharisme, Portet-sur-Garonne : Loubatières, 1992, 134 p.

Bourin (Monique), (dir.). - Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne, Ire et IIe journées d’Azay le Ferron, Tours : Publication de l’Université de Tours, 1989.

Bourin (Monique), Chareille (Pascal), (dir.). - Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne, IIIe et IVe rencontres d’Azay-le-Ferron, 1989-1990, Tome II-1 Persistances du nom unique. Le cas de la Bretagne. L’anthroponymie des clercs. Tours : Publication de l’Université de Tours, 1992.

Bourin (Monique), Chareille (Pascal), (dir.). - Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne, Ve et VIe rencontres d’Azay-le-Ferron, 1991-1993, Tome III Enquêtes généalogiques et données prosopographiques. Tours : Publication de l’Université de Tours, 1995.

Zimmermann (Michel). - « Les débuts de la « révolution anthroponymique » en Catalogne (Xe-XIIe s.) », Annales du Midi, Hommages à Charles Higounet, t. CII, 1990, p. 289-308.

 
 
----- Original Message -----
From: "thierry viala" <thierry.viala@wanadoo.fr>
To: "Liste de discussion sur l'occident medieval" <medievale@uqam.ca>
Sent: Sunday, April 15, 2001 6:46 PM
Subject: [MEDIEVALE:3209] Prenoms , noms etc...

> Bonjour
>
> Comment les invidus s appelaient au Moyen - Age ?
> En clair s  appelaient ils entre eux par leur prénom si oui , quels étaient
> les plus utilisés ? cela dependait peut être des régions ? Y avait il déjà
> des noms , des surnoms ?
>
> merci pour vos observations
>
> Thierry
>