référence : http://listes.cru.fr/arc/medievale/2002-07/msg00033.html
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[MEDIEVALE:4271] Re: profil des piles Xavier Dectot



>  >affirmatif est qu'elle n'a pas fait de datation par l'étude du profil
>>des piles, dans la mesure où ceux-ci, au vu du reste des éléments
>
>Bonjour
>
>pour le neophyte, est-ce que qqn peut decrire simplement en quoi 
>consiste cette
>methode, est-elle appliquee a d'autres batiments que les eglises, et 
>dans quelle
>mesure elle est fiable ?
>merci.
>
>Vincent.
>

En deux mots, euh non, en deux paragraphes, même si Claire Labrecque 
serait mieux placée que moi pour répondre :

La datation par le profil des piles repose sur le postulat qu'il y a 
une évolution du profil des piles et que cette évolution peut être 
cernée chronologiquement. Donc, on relève le profil des piles à 
l'aide d'un conformateur et on le compare à d'autres profils de piles 
pour en déduire une date. Cela implique donc d'avoir un corpus de 
profils de piles avec, notamment, des profils de piles provenant 
d'édifices datés par d'autres moyens (sinon, on tourne en rond), et, 
bien évidemment, d'avoir des piles. Ensuite, on procède comme les 
archéologues avec les céramiques. A ma connaissance, cette méthode 
est essentiellement utilisée pour des églises, mais rien n'empêche de 
l'utiliser aussi pour d'autres bâtiments, si l'on a les éléments et 
le corpus.

Quant à la fiabilité... Disons que, à mon sens, le profil des piles 
est comme le style des chapiteaux : un dernier recours quand on n'a 
pas d'éléments suffisants par ailleurs (l'idéal étant de pouvoir 
croiser textes, étude architecturale et données archéologiques, tout 
en portant une ceinture, des bretelles et des fixe-chaussettes au cas 
où). Le problème est simple : l'évolution des profils de bases n'est 
pas linéaire, il y a des bâtiments franchement rétrogrades, d'autres 
profondément novateurs, ce qui brouille les pistes. On ne peut donc 
guère espérer être précis à plus d'un demi-siècle près, et encore, 
... En plus, les piles sont réalisées à partir d'un gabarit, qui peut 
être réutilisé sur plusieurs étapes du chantier, parfois séparées de 
plusieurs décennies, ce qui n'arrange pas les choses. Et pour peu que 
les édifices datés voient leur chronologie changée par la recherche, 
tout se complique. Mais bon, là, c'est mon scepticisme fondamental 
qui parle : la plupart des textes sont mal (et surtout 
sur-)interprétés, l'analyse architecturale est semée de pièges et 
d'erreurs, et quant à l'archéologie, elle ne fait généralement que 
compliquer les choses (surtout que, même s'il y a beaucoup de très 
bons archéologues médiévistes, il en est encore plus qui ne 
s'intéressent à rien après 800 et qui passent sur les couches 
supérieures avec un dédain remarquable. Ouh là, je vais me faire 
descendre en flammes). Donc, l'un dans l'autre, et selon moi : non, 
la datation par les profils de piles n'est pas fiable parce qu'aucune 
méthode, utilisée seule, n'est fiable. Malheureusement, le plus 
souvent, on n'a pas le choix (et il m'arrive, comme à tout le monde, 
d'établir une chronologie de construction uniquement à partir de 
l'évolution des chapiteaux, ou des profils de bases, ou d'un texte de 
dédicace ou de données archéologiques, mais c'est pas bien).

Voilà, je crois que j'ai été un peu bavard, mais en ce moment, je 
suis dans les bases et dans les chapiteaux jusqu'au cou, et même 
au-delà.
-- 
Xavier Dectot

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