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[MEDIEVALE:4974] Commentaires : Plotin ou la sculpture de soi. =?windows-1256?Q?Beno=EEt_Beyer_de_Ryke?=



Commentaire des Ennéades, avec Gwenaëlle Aubry
Lecture des textes, par Carla Bruni, Jean-Noël Mirande et George Claisse
Une émission proposée par Raphaël Enthoven

Diffusion le vendredi 26 mars, à 9 h 10, sur France-Culture (93,4)

Plotin n’aimait pas qu’on le représente. « N’est-ce pas assez de porter
cette image dont la nature nous a revêtus ? » disait-il sévèrement à ceux
qui voulaient faire son portrait. Mais, dans le récit qu’il fait de sa vie,
son disciple Porphyre raconte qu’Amélius, autre disciple, avait un ami,
Cartérius, « le meilleur des peintres d’alors », qui assista à ses cours et
peignit son visage de mémoire. C’est ainsi qu’on obtint du penseur, à son
insu, une image tout à fait ressemblante.
L’essentiel n’est pas dans la représentation appauvrie d’un visage de chair,
mais dans le talent – et le courage – qui consiste à se débarrasser de tout
ce qui empêche de bien voir (c’est-à-dire de voir le Bien). Il faut, dit
Plotin, se dépouiller de ce qui obscurcit, enlever le superflu, sculpter sa
propre statue au point de n’être encombré de rien. Pour mieux voir, il faut
accepter de devenir vision soi-même, à la façon dont l’artiste travaille sur
lui-même en ciselant son œuvre, et trouve en lui de quoi embellir le monde.
Le geste de l’âme qui oublie la matière pour se tourner vers l’Unité dont
elle descend est comparable à l’écrivain qui vingt fois sur le métier remet
son ouvrage, ou encore au sculpteur qui, d’un bloc de marbre, fait jaillir
la Vénus de Milo. Plotin est, entre autres, le philosophe des artistes dont
chaque œuvre est comme une seconde naissance.

Aussi, contrairement à une idée reçue, n’avait-il pas honte d’avoir un
corps, mais plutôt de se trouver à l’intérieur comme un poisson dans l’air.
Il paraît qu’à l’exception de quelques frictions dorsales, Plotin négligeait
résolument de se laver ou encore de se soigner. De fait, le philosophe
souffrait d’un « flux de ventre », mais ne voulait prendre ni lavement, ni
bain, ni le moindre médicament. Et quand les malheureux qui lui
frictionnaient le dos moururent de la peste, il se passa même de ce soin et
attrapa une esquinancie, qui, détruisant sa gorge, le rendit presque
inaudible. Avec l’âge, le visionnaire devint quasiment aveugle, tandis que
les mains et les pieds se couvraient d’ulcères à tel point que, comme il
sentait très mauvais et qu’il avait pour habitude de saluer ses amis en les
embrassant, ceux-ci feignaient même souvent de ne pas le voir… Mais Porphyre
raconte aussi que « quand il parlait, on voyait l’intelligence briller sur
son visage et l’éclairer de sa lumière… il devenait alors vraiment beau ; un
peu de sueur coulait sur son front et sa douceur transparaissait... »
C’est à comprendre et entrevoir, plus qu’à expliquer, cette étrange figure
que nous allons consacrer une heure le vendredi 26 mars, en compagnie de
Gwenaëlle Aubry, philosophe et romancière, chargée de recherche au CNRS et
auteur en particulier d’une édition, à paraître en octobre du Traité 53 de
Plotin, intitulé « Qu’est-ce que l’animal ? qu’est-ce que l’homme ? » (éd.
Cerf).


Raphaël Enthoven



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