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L'Histoire N° 288 (juin 2004)
http://www.histoire.presse.fr

Sélection médiévistique

Au sommaire de ce numéro :
Le « cheval d’or » de Charles VI
BOUCHERON Patrick
De 30 à 31

Les « cours d’amour » d’Aliénor d’Aquitaine
FLORI Jean
De 76 à 80

Les livres de L'Histoire

Moyen Age

Fresques italiennes du temps de Giotto, 1280-1400, par Joachim Poeschke,
Paris, Citadelles et Mazenod, 2003, 456 p., 168 €.
Dans un passage du Purgatoire, Dante décrit des bas-reliefs qu’il découvre,
accompagné de Virgile, au flanc d’une montagne. Il s’agit d’une scène de l’
Annonciation. Devant les gestes gracieux de l’ange, Dante croit que l’image
va parler. Mais ce n’est pas seulement le réalisme qu’il admire, c’est aussi
la storia : l’art de raconter une histoire. On ne saurait mieux exprimer le
sens de la « révolution giottesque » dans l’Italie du début du XVe siècle.
Les fresques peintes par Giotto dans la basilique San Francesco d’Assise
(vers 1295-1300) frappent d’emblée ses contemporains, moins par leur
naturalisme que par leur conception radicalement neuve de la narrativité. L’
histoire des grands cycles peints à fresque au XIVe siècle est, pour une
grande part, celle de l’assimilation progressive de cette magistrale leçon.
D’où la nécessité d’envisager toute la série de ces grands programmes
iconographiques, depuis les fresques de Giotto jusqu’à celles d’ltichiero
dans la chapelle Saint-Georges de Padoue (1378-1384). Tel est le parti pris
de ce livre somptueux, où la précision de la reproduction photographique
permet de débusquer des détails d’une stupéfiante beauté sans jamais perdre
de vue l’harmonie et la cohérence de l’ensemble. Si le texte de Joachim
Poeschkle peine parfois à se dégager d’une lecture strictement
iconographique des œuvres, il n’en définit pas moins le sens historique
global de son sujet : la peinture murale de Giotto, contemporaine de la «
révolution narrative » qui, de Dante à Boccace, caractérise la culture
urbaine italienne, participe d’un système global de communication
politique. Car loin de se cantonner à la sphère ecclésiale, la peinture de
Giotto exprime également les aspirations de ses commanditaires laïques
(comme les marchands Bardi et Peruzzi pour la chapelle Santa Croce de
Florence, peinte à fresque par Giotto vers 1315). Elle gagne bientôt les
palais communaux et les lieux publics : ainsi l’Allégorie du Bon et du
Mauvais gouvernement, peinte dans le Palazzo Pubblico de Sienne en 1339-1339
par Ambrogio Lorenzetti.

Penser et construire l’État dans la France du Moyen Age, XIIIe-XVe siècle,
par Albert Rigaudière, Paris, Comité pour l’histoire économique et
financière de la France, 2003, 788 p., 40 €.
C’est l’une des voies d’approche les plus fécondes pour la compréhension de
l’histoire politique de la France médiévale : le dialogue entre historiens
et historiens du droit. Un dialogue mené avec rigueur et passion par Albert
Rigaudière, professeur à l’université Panthéon-Assas, qui conjugue
étroitement, dans ses travaux, les deux disciplines. En rassemblant ici ses
principaux articles, il livre un précieux instrument de travail et de
réflexion. « Ce qui plaît au prince a force de loi » : on connaît l’usage de
cette formule de droit romain pour justifier les prétentions absolutistes de
la royauté française. Albert Rigaudière la voit émerger dans des recueils de
droit coutumier dès le XIIIe siècle, mais timidement, car les juristes
peinent à en saisir toutes les implications. Étudiant « l’utilisation
toujours modérée » des mots du droit impérial romain dans la pensée de l’
État monarchique, l’auteur y voit un « tremplin sémantique propre à placer
toujours plus haut dans la hiérarchie des pouvoirs » la royauté française.
Cet envol de l’État royal se marque d’abord par la renaissance de son
pouvoir législatif : si, jusqu’au règne de Philippe le Bel, « l’essentiel du
droit préexiste à l’État », la loi (édictée par l’État) n’en constitue pas
moins progressivement le pilier de la souveraineté. Cela permet à l’auteur d
’analyser les pratiques administratives de l’État naissant. A lire les pages
denses qu’il consacre aux ordonnances de police, on ne peut plus affirmer
paresseusement que la société médiévale est indifférente à la distinction
entre privé et public. Les études sur la fiscalité complètent ce savant
itinéraire, qui aura mené son lecteur du plus abstrait au plus concret, de
la force des mots à la puissance de l’argent.




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